SorelTracy Magazine - Mardi, 14 juillet 2026

Mardi 14 juillet, 2026

« Je n’aime plus ce métier » – un pompier

La rédaction du STM a reçu ce matin un courriel du Président de l’association des pompiers et pompières de Sorel-Tracy, Bruno Berthiaume, adressé aux membres du Conseil de ville de Sorel-Tracy.  Il précise qu’il s’agit d’un texte rédigé par un pompier du Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal et partagé sur sa page Facebook.

« Nous souhaitons vous en faire prendre connaissance et vous dire que l’ensemble des membres de l’Association des pompiers et pompières de Sorel-Tracy partage le même état d’esprit que celui exprimé dans ce message percutant. », termine-t-il.


À LIRE EN RÉFÉRENCE:

Négociations dans l’impasse chez les pompiers de Sorel-Tracy
24 avril 2026

—–

« Je n’aime plus ce métier »

Cette phrase là est souvent mal comprise.

Bien du monde pense qu’elle vient de quelqu’un qui est devenu paresseux, épuisé ou qui n’a plus le goût de travailler.

Mais la plupart du temps, elle vient de quelqu’un qui a passé des années à tout donner.

Le pompier qui répondait présent à chaque appel.
Qui a manqué des fêtes, des anniversaires et des congés en famille.
Qui s’est entraîné sans relâche.
Qui a sacrifié des nuits de sommeil.
Qui a porté sur ses épaules les pires journées de la vie des autres.

Puis, un jour…

Ce n’est pas le métier qui a changé.

C’est tout ce qu’il y a autour.

Les batailles politiques qui n’en finissent plus.
Les critiques du public venant de gens qui n’ont jamais fait ce travail.
L’obligation constante de justifier chaque avantage, chaque régime de retraite, chaque journée de vacances, chaque dollar gagné.

On dit que les pompiers sont trop payés.

Les gens voient une paie.

Ils ne voient pas les décennies passées à respirer de la fumée remplie de substances cancérigènes qui augmentent de façon permanente le risque de développer un cancer.

Ils voient les journées de congé.

Ils ne voient pas les nuits passées sans dormir après un accident mortel, un suicide, le décès d’un enfant ou un incendie où une famille a tout perdu.

Ils voient un fonds de pension.

Ils ne voient pas le prix physique qu’il faut payer pour le mériter : les genoux usés, le dos abîmé, les épaules démolies, les poumons, le cœur… ni les nombreuses opérations qui viennent après une vie à transporter de l’équipement lourd dans des environnements dangereux.

Ils voient une retraite dans la cinquantaine.

Ils ne voient pas tout ce que ça demande pour garder un corps capable de monter des escaliers en habit de combat complet, de défoncer des portes, de tirer des tuyaux, de transporter des victimes et de prendre des décisions où une vie est en jeu, bien après que la plupart des autres métiers soient devenus physiquement routiniers.

Ils voient un horaire.

Ils ne voient pas les Noëls manqués, les anniversaires interrompus, les fêtes regardées à travers un écran de téléphone, ni les conjointes, les conjoints et les enfants qui portent eux aussi, en silence, le poids du métier à la maison.

Ils voient de l’assurance.

Ils ne voient pas les traumatismes qui s’accumulent.

Les visages qu’on n’oublie jamais.
Les sons qui nous réveillent encore des années plus tard.
Les moments qu’on repasse sans cesse dans notre tête en se demandant s’il y avait quelque chose de plus qu’on aurait pu faire.

On juge cette profession de l’extérieur sans jamais chercher à comprendre ce qu’elle exige de ceux qui la vivent de l’intérieur.

Et trop souvent, on ne veut même pas comprendre.

Parce que comprendre, ce serait reconnaître que les avantages sociaux, le régime de retraite et les protections dont bénéficient les pompiers ne sont pas des privilèges accordés gratuitement.

Ils ont été gagnés au prix de générations de sacrifices, de blessures, de maladies professionnelles, de traumatismes psychologiques et de vies écourtées au service des autres.

C’est plus facile de dire qu’ils en ont trop que d’admettre pourquoi ces protections existent.

C’est ça qui, tranquillement, fait disparaître l’amour du métier.

Ce ne sont pas les appels d’urgence.

Ce n’est pas le travail exigeant.

Ce n’est pas le danger.

C’est le fait de devoir constamment défendre une profession qui demande énormément, tout en se faisant dire qu’elle mérite moins.

Les pompiers ne demandent pas un traitement de faveur.

Ils demandent qu’on comprenne honnêtement la réalité de leur travail.

Que le public reconnaisse que le salaire, les protections et la retraite qu’ils obtiennent après une carrière ne sont pas des récompenses pour un métier facile.

Ils représentent la reconnaissance d’une des professions les plus exigeantes physiquement, les plus éprouvantes mentalement et émotionnellement, et parmi les plus dangereuses pour la santé dans nos communautés.

Avant de conclure que les pompiers en ont trop…

Prenez le temps de comprendre tout ce que ce métier leur demande de donner.

Vous réaliserez peut-être que ce qui semble être une rémunération généreuse est, en réalité, le prix à payer pour demander à des gens ordinaires de faire face, encore et encore, à des situations extraordinaires au nom de toute la société.
—–

 

 



Publicité

Publicité

Publicité