SorelTracy Magazine - Samedi, 2 mai 2026

Vendredi 1 mai, 2026

Économie circulaire: Quand l’art devient le levier de la transition industrielle

(Céryce Coutu, 1er mai 2026) – Le Centre des arts contemporains du Québec à Sorel-Tracy est devenu, le 30 avril dernier, le théâtre d’une réflexion audacieuse: et si la clé de la transition écologique résidait dans notre capacité à changer de regard sur nos «déchets»? En marge de l’exposition Tracés de matières : récits en transformation, un panel d’expertes a démontré que l’économie circulaire est bien plus qu’une simple gestion de ressources; c’est une véritable révolution culturelle.

L’initiative, portée par le Comité 21 Québec en collaboration avec la MRC de Pierre-De Saurel, s’inscrit dans la démarche «Affiche ta culture circulaire». Pour Lorraine Simard, directrice générale et cofondatrice du Comité 21, l’enjeu est clair: il faut cesser de voir les résidus industriels comme des rebuts pour les traiter comme des ressources à haute valeur ajoutée.

L’artiste : le nouvel allié de l’ingénieur

Le cœur de la démarche repose sur un mariage inusité entre le monde de l’entreprise et celui de la création.  «Les artistes ont un regard nouveau sur les matières. On a besoin de ça pour accélérer le développement durable.», explique Mme Simard.

Lorraine Simard

Elle cite en exemple des retailles de feutre industriel transformées en panneaux acoustiques haute performance en forme de «brioche», dont l’efficacité a été validée par les tests du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI). Ce changement de perspective ne profite pas qu’à l’esthétique: il transforme l’entreprise de l’intérieur. Lorsque les employés voient la valeur de ce qu’ils manipulent, le tri s’améliore, la contamination diminue et la valeur économique globale augmente.

Un écosystème en action

Le panel, animé par Mme Simard, a réuni des figures clés du développement régional, dont Alexandra Gagné, cheffe d’équipe gestion des matières résiduelles et économie circulaire à la MRC de Pierre-De Saurel; Annie Belhumeur, directrice générale de la SADC Pierre-De Saurel; Marie-Pier Lussier, chargée de projets au CTTÉI; Mélodie Georget, chargée de projets du PECEM et Nancy Annie Léveillée, coordonnatrice du projet Économie circulaire de Montérégie Économique. Ensemble, elles ont brossé le portrait d’un écosystème où chaque acteur doit se parler pour que la boucle se boucle.

«Pour avancer dans l’économie circulaire, c’est un écosystème. Comme la nature, tout doit se parler.», martèle Lorraine Simard.  Elle plaide d’ailleurs pour l’intégration d’une quatrième dimension dans la loi sur le développement durable: la culture. Selon elle, la culture est le levier manquant pour opérer une transition réelle et durable.

Le Plan climat en toile de fond

Pour le préfet de la MRC, Vincent Deguise, ce panel était l’occasion de lier ces initiatives au Plan climat de la région.  L’économie circulaire n’est pas qu’une théorie artistique, c’est un outil pragmatique pour réduire l’empreinte carbone du territoire et optimiser l’usage des ressources locales.

Dans la salle, l’exposition témoignait de cette ingéniosité: luminaires façonnés à partir de cartons protecteurs de la SAQ ou de pellicules plastiques, chaises nées de palettes de bois et de tuyaux de métal. Des objets qui prouvent que la transition peut être aussi belle qu’efficace.

Un appel à l’audace financière

Malgré l’enthousiasme, le défi demeure financier.  En conclusion de notre entretien, Lorraine Simard a lancé un message clair quant à son souhait pour la suite des choses: « Que tous les décideurs augmentent les budgets pour financer la transition, à la hauteur des enjeux. Il faut avoir le courage, pour nos enfants et pour demain. »

L’exposition Tracés de matières quitte Sorel-Tracy ce 3 mai pour poursuivre sa route vers Vaudreuil-Soulanges, laissant derrière elle une question fondamentale pour nos industries: qu’avez-vous jeté aujourd’hui qui pourrait devenir la ressource de demain ?

 



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