SorelTracy Magazine - Mardi, 18 juin 2024

Mercredi 11 janvier, 2023

Débordement de l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sorel

« Ça devient dangereux d’être soigné par des infirmières épuisées » – Brigitte Petrie

(Stéphane Martin, 11 janvier 2023) – Le taux d’occupation de l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sorel est de 205% en ce 11 janvier et les effets se font sentir dans tous les départements du centre hospitalier.

Brigitte Petrie

« Ça déborde partout parce que l’urgence déborde. L’employeur veut monter les patients à l’étage, mais on a un département au complet qui est fermé. Le 4D est un département où l’on avait de la clientèle, mais actuellement il n’y a plus de personnel pour le faire rouler. Ils ont tenté de l’ouvrir à quelques reprises en décembre, mais ça causait du temps supplémentaire obligatoire parce qu’on manque de personnel. Alors ils font ce qu’ils appellent du surnuméraire. Ils remplissent les étages en mettant des patients dans des endroits où un lit ou une civière peut entrer. Il y en a dans des salles de repos des employés, d’autres dans un cul-de-sac de corridor. C’est étonnant puisqu’il s’agit d’un projet ministériel. J’ai été surpris que le ministère endosse cette pratique », explique la présidente de la FIQ-SPSME, Brigitte Petrie.

« S’ils pouvaient en entrer dans un garde-robe, ils le feraient. Il y a des patients qui se retrouvent dans des endroits sombres et sans ventilation. Il fait extrêmement chaud. C’est inhumain. Il m’arrive de recommander aux patients ou à leur famille d’exiger d’être placé ailleurs », laisse savoir une infirmière qui tenait à partager, de façon anonyme, son ras-le-bol en entrevue au SorelTracy Magazine.

Tous ces patients additionnels ajoutent à la tâche du personnel déjà épuisé sur les départements. « Ça fait longtemps qu’on dit qu’ils sont à bout et qu’un jour, ils ne seront plus là. Nous avons des démissions toutes les semaines. L’Hôtel-Dieu de Sorel, ce n’est pas gros. Ça ne sera pas long avant de rendre l’hôpital encore plus en crise. La surcharge est intense, il y a du temps supplémentaire obligatoire presque partout quotidiennement. On déplace également des infirmières sur des départements qu’elles ne connaissent pas. […] Dernièrement, il y a un patient en phase terminale qui s’est retrouvé dans le département de la natalité. On s’entend que les infirmières ne sont pas habituées avec cette clientèle-là », ajoute Madame Petrie qui représente les infirmières, mais qui assure qu’il en est ainsi pour tous le personnel de la santé.

L’une des chambres aménagées en dernier recours.

« Tout le monde tente de faire de son mieux. On ne veut pas faire peur à la population, mais il faut le dire que ça devient dangereux d’être soigné par des infirmières épuisées et au bout du rouleau. Les patients qu’on ajoute dans des salles et dans les bouts de corridors tombent dans des équipes déjà épuisées et en manque de personnel. »

Ce débordement pourrait s’expliquer, en partie, au fait qu’on demande à la population de se présenter aux urgences qu’en dernier recours. « Quand la clientèle arrive à l’hôpital, elle est hypothéquée. Les gens ont tellement attendu qu’ils ont besoin d’être hospitalisés. Ça ajoute des patients sur les départements déjà remplis à pleine capacité. La gestion de la santé est un cercle vicieux et l’on ne voit pas la fin du temps supplémentaire obligatoire. Si demain matin on mettait fin au temps supplémentaire obligatoire, il faudrait fermer la moitié de l’hôpital parce qu’il serait impossible de rouler avec juste le personnel en place à temps régulier », se désole en conclusion, Brigitte Petrie.

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