LE SORELTRACY MAGAZINE     *  Dernière mise à jour : jeudi 09 février 2012 14:25

14 000 pages par jour

 

NÉCROLOGIE

NOUS JOINDRE



           
LA CHRONIQUE, DE JOCELYN DANEAU
 

jeudi 09 février 2012

Aller au-delà des chiffres. Entrevoir l’avenir.

C’est l’empereur romain Vespasien (1er siècle apr. J.-C.) qui prononça la phrase célèbre : « L'argent n'a pas d'odeur ». Homme à l’imagination fertile, on lui doit une taxe sur la collecte des urines dans les urinoirs publics. C’est à ce spécialiste que je me suis adressé pour une opinion sur le niveau des taxes municipales à Sorel-Tracy, un sujet complexe. 

Pour réchauffer notre homme, quand même froid depuis un certain temps, je lui ai fait parvenir une copie des lettres ouvertes de 3 intervenants récents sur le sujet, celle de madame Dominique Ouellet, conseillère municipale (Sorel-Tracy, la Ville la plus taxée? Faux!) et des citoyens Michel Piché (Sorel-Tracy est la ville la plus taxée) et Patrick Gauthier (Sorel-Tracy est-elle vraiment la ville la plus taxée?). J’ai joint à mon envoi une simple question, ouverte : « Qu’en pensez-vous? » 

Résumé des propos de Vespasien 

Déterminer le bon niveau de taxation est à la fois un exercice technique et politique. C’est a priori, la responsabilité des comptables, des économistes et des fiscalistes. Mais à la fin, la décision est toujours celle des élus, qui selon les circonstances, détermineront ce qui sera imposé aux citoyens. 

Pour déterminer le « bon » niveau de taxation, les citoyens doivent se poser 2 questions. Premièrement, d’un point de vue subjectif : « En avons-nous pour notre argent ? » Deuxièmement, d’un point de vue plus objectif : « Avons-nous une fiscalité municipale compétitive? » 

Pour être en mesure d’obtenir des réponses, les citoyens doivent disposer d’un état de la situation c.-à-d. de données fiscales de comparaison. C’est ce que nous fournit le Ministère des Affaires municipales, des régions et de l’occupation du territoire (MAMROT). Les données sont disponibles, mais encore faut-il les utiliser de façon rigoureuse. Quelles sont alors les conditions pour obtenir un échantillon représentatif de villes québécoises de comparaison pour déterminer la position fiscale de Sorel-Tracy et ce, avec confiance? 

Il y a minimalement 3 conditions et les données disponibles du MAMROT les remplissent.  

Premièrement, il faut que les villes comparées soient homogènes, c.-à-d. qu’elles montrent au moins un facteur de comparaison uniforme et indépendant. Le seul qui existe au Québec et dans le monde, c’est la taille de la population. C’est pourquoi le MAMROT utilise la classe de population de 25 à 99 999 personnes.  

Deuxièmement, il faut que le nombre de villes de comparaison c.-à-d. la taille de l’échantillon soit statistiquement suffisante pour tirer une conclusion. En statistique, universellement, un échantillon de 30 individus est le minimum acceptable. Il y a 33 villes au Québec dans la classe des villes de 25 à 99 999 personnes. Les deux premiers critères se renforcent mutuellement. 

Troisièmement, il faut que tous les individus pouvant faire partie d’un échantillon aient la même chance d’être pigés. Autrement dit, on ne peut ajouter ou enlever sans raison valable, une ville d’un tableau de comparaison fiscale.  

Le tableau suivant est tiré des données du MAMROT. Il respecte les règles précédemment mentionnées. Il permet de comparer des comparables et donc, d’obtenir des éléments de réponses à nos deux questions.  

On y remarque immédiatement que Sorel-Tracy avec 1,5585 $ du 100 $ d’évaluation se retrouve en 30ième position sur 33 villes, du point de vue du Taux de global de taxation uniformisé (TGTU). Le TGTU est l’un des principaux indicateurs de comparaison retenu par le MAMROT. Il est aussi à l’origine du présent débat. 

Ceci étant, un unique indicateur ne peut traduire à lui seul une situation complexe comme les finances d’une ville. Dans le tableau, la « Charge nette par habitant » montre ce que Sorel-Tracy dépense par citoyen. Sur la base de ce ratio, nous sommes 9ième sur 33. 

Analyse des lettres ouvertes 

Monsieur Piché tire des conclusions à partir d’un tableau qui n’est pas conforme aux conditions ci-haut. Son argumentaire à saveur populiste est basé sur un échantillon incomplet de 17 villes dont 3 qui ne devrait pas y être : Contrecoeur (pop. 6 131), Verchères (pop. 5 519) et Varennes (pop. 20 889). Non, du point de vue du TGTU, Sorel-Tracy n’est pas la ville la plus taxée dans sa catégorie. 

Madame Ouellet dans un bref texte coup-de-poing qui rate la cible, utilise des données de la ville de Victoriaville. Celles-ci ne respectent pas les règles de base en matière de statistique comparative. On y note la présence de seulement 18 villes dont 2 n’y ont pas leur place : Trois-Rivières (pop. 130 363) et Sherbrooke (pop. 154 793).  

Notons que l’indicateur « Charge fiscale moyenne » à la base de l’opinion de madame Ouellet mériterait d’être étudié plus en profondeur. Cet indicateur, équivalent à celui de « Charge nette par habitant », n’est pas privilégié par le MAMROT. Ce n’est probablement pas un indicateur de la charge fiscale de premier rang. Il montre deux défauts : plus il y a de citoyens « à logement », plus le ratio diminue ET il ne rend pas justice aux propriétaires de maisons au-dessus du prix moyen. 

Dans un texte confus il faut le dire, M. Patrick Gauthier y va d’une série d’arguments où il mêle l’âge vénérable de la ville de Sorel-Tracy (note : Boucherville a été fondé en 1635) avec son niveau de taxation, les frais de condos, le fonds de pension des employées, les revenus de Sorel-Tracy en 2001 (???), etc. Ces causes (ex. : bibliothèques) pourtant communes à l’ensemble des villes du Québec lui servent à justifier notre niveau de taxation différent et donc, plus élevé. Il y va d’affirmations sur le niveau de la dette municipale en terme absolu sans tenir compte de son poids relatif dans le bilan de la ville. Finalement, il conclut sans présenter aucun fait que Sorel-Tracy « n’est pas la plus taxée ».  

Par contre, indirectement, monsieur Gauthier (réf.: discussion sur le prix des maisons Sorel-Tracy) a énoncé une hypothèse intéressante. Sorel-Tracy se paye depuis plusieurs années, un niveau de vie supérieur à sa richesse collective. Si vous regardez le tableau ci-haut, vous remarquerez que notre richesse foncière est relativement faible (28ième sur 33). Ce qui implique qu’un haut taux de taxation signifie peut-être que nous vivons au-dessus de nos moyens. De là, le niveau de surendettement de Sorel-Tracy.  

Aller au-delà des chiffres 

Réglons une chose immédiatement, comme citoyen payeur de taxe, je réponds « non » aux deux questions du début (voir entre autres : Agrandir par en-dedans et l’Ère des illusions). Réglons-en une autre, j’ai passé l’âge de vouloir avoir raison. Ce qui me préoccupe, c’est l’avenir de ma ville. Celle de mon enfance. Celle où je suis revenu. Celle où je reviens chaque jour avec bonheur. Celle de mes vieux jours (à venir).  

Ceci étant, le hasard fait bien les choses. Le maire Dauplaise a annoncé au conseil municipal du 6 février 2012, ce sur quoi je voulais conclure cette chronique*. À savoir, l’intention de la ville de Sorel-Tracy de faire valoir son point de vue au sujet de notre niveau de taxation. 

Voici donc ce que j’attends comme explication dans un document qui pourrait avoir comme titre : Taxation, endettement et situation financière de Sorel-Tracy : Perspectives 2012 – 2016. 

Ce document doit à la fois adresser le présent et l’avenir. Il doit être à la fois concret et pédagogique sans tomber dans le publi-reportage. 

Considérant que la taxation est une conséquence plutôt qu'une cause, ce document devrait s’articuler autour des axes suivants, à l’horizon 2016:

1.     Répondre aux deux questions mentionnées au début de cette chronique concernant le niveau de taxation.

2.     Présenter la situation de la dette de Sorel-Tracy y incluant sans s’y limiter, un plan de gestion de celle-ci ainsi que l’impact des différents engagements de la ville.

3.     Présenter une synthèse de la santé financière de la ville de Sorel-Tracy incluant des cibles, pour se positionner vis-à-vis des ratios financiers moyens des 33 villes de comparaison.

4.     Présenter un plan de rationalisation des opérations de la ville de Sorel-Tracy avec des cibles et des dates concrètes. Sans s’y limiter, celui-ci portera sur la réduction des effectifs, l’amélioration continue c.-à-d. la rationalisation des opérations et la mise en œuvre des meilleures façons de faire, le contrôle de dépenses en biens et services, etc. 

Ce qui précède, c’est ce que font les meilleures entreprises publiques. Il n’y a aucune raison qu’une ville soit différente. C’est le prix de l’excellence. C’est le prix à payer pour donner confiance aux citoyens. C’est concret et c’est un pas dans l’avenir. 

 

Jocelyn Daneau

Saurelois, fier citoyen de Sorel-Tracy!
Adresse courriel :
jocelyndaneau@gmail.com
Site internet : www.jocelyndaneau.com
Sur TWITTER: http://twitter.com/#!/JocelynDaneau

* Merci aussi à monsieur Patrick Gauthier qui a introduit le sujet lors de la période des questions du conseil municipal du 6 février 2012. 

Matière à réflexion (pour ceux et celles qui se rendent à la fin de cette chronique) 

Considérant que notre Taux global de taxation uniformisé (TGTU) est élevé en terme absolu et donc, qu’il pénalise les propriétaires de maison dont le prix est au-dessus de la moyenne. 

Considérant que Sorel-Tracy depuis quelques années, affiches une excellente performance en matière de construction résidentielle. 

Considérant que Statistique Canada (8 février 2012) dans son recensement 2011 montre que la population de la ville de Sorel-Tracy est stagnante. Celle-ci est passée de 34 076 personnes en 2006 à 34 600 en 2011. 

Je me pose la question suivante : « Est-ce que le programme « On construit » est économiquement rentable? »  

À suivre.

Bookmark and Share

PUBLICITÉ

Le SorelTracy Magazine
une filiale des Productions Kapricom
Tous droits réservés -
© 2000-2010