LE SORELTRACY MAGAZINE     *  Dernière mise à jour : mercredi 27 novembre 2013 11:07

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mercredi 27 novembre 2013

Poursuite de 22 M$ - SDD / Conporec : « 100 jours » pour en finir

Normalement, l’individu (et l’équipe) qui prend de nouvelles fonctions dispose d’une période de grâce, les fameux « 100 jours ». Au Québec, les années d’élection municipale, les élus ne disposent pas de ce délai en matière budgétaire. Déjà, ils sont plongés dans la préparation du budget 2014, avec les contraintes que ce genre d’exercice impose, notamment la multitude de promesses électorales encore fraîches à la mémoire des électeurs (et des chroniqueurs).  

Ceci étant, en campagne électorale et sans qu’on ne lui demande, probablement inspiré par un intempestif besoin électoraliste et voulant faire preuve de leadership, Serge Péloquin s’est engagé à régler rapidement le dossier de la poursuite de 22 M$ de SDD/Conporec contre la ville de Sorel-Tracy et la MRC Pierre-de-Saurel (ST/MRC ci-après). « 100 jours », c’est ce que j’ai retenu. Mais je ne sais pas s’il s’agit de (re)lancer une tentative de règlement hors cour*, 100 jours après le 3 novembre 2013; ou si Serge Péloquin compte obtenir un règlement avant le 3 février 2014. Dans le premier cas, c’était une promesse inutile. Dans le second, elle était ambitieuse, voire téméraire. 

Globalement, nous devons comprendre que Serge Péloquin s’est engagé à trouver RAPIDEMENT un règlement hors cour avec SDD/Conporec, pour que nous puissions en finir avec cette poursuite. 

La poursuite de 22 M$ 

Titre du document déposé en cour Supérieur le 6 juillet 2011 : « Requête introductive d’instance pour jugement déclaratoire et pour l’octroi d’une indemnité pour expropriation déguisée » (Référence : 415679-1, texte intégral, cliquez sur 22M$). C’est uniquement sur cet aspect que la cause porte, notamment la seconde partie.  

Comme non-avocat, je comprends du document que la prétention de SDD/Conporec est à l’effet que ST/MRC a favorisé la relance de ses installations situées au 3125 rue Joseph-Simard, comme seul partenaire dans l’activité de tricompostage pour la région de la MRC Pierre-de-Saurel. À un moment donné, ST/MRC s’est retiré de la démarche, coupant tout lien et laissant SDD/Conporec avec des installations devenues sans valeur. Ce faisant, SDD/Conporec considère que ST/MRC a pratiqué une expropriation déguisée pour faire baisser la valeur de ses installations. SDD/Conporec réclame donc 21 850 000$ (juillet 2011) comme coût estimé pour la relocalisation de ses installations. 

Les enjeux 

Pour SDD/Conporec, l’enjeu est essentiellement financier. Cette réclamation s’appuie sur un ensemble de documents, échangés avec ST/MRC dans le cours d’une activité de démarchage normale. Point majeur : aucune lettre d’intention (« memorendum of understanding – MoU ») n’a été convenue entre les parties pour encadrer les discussions précontractuelles. Il va de soi qu’aucun contrat n’a été signé. 

Pour Sorel-Tracy et la MRC Pierre-de-Saurel (ST/MRC), outre l’aspect financier, l’enjeu se situe au niveau de sa réputation (et de la parole donnée) comme terre d’accueil pour les investisseurs. D’ailleurs, Serge Péloquin se montre conscient de cet enjeu (cliquez sur « 100 jours »). 

Se peinturer (un peu, beaucoup) dans le coin 

On ne reviendra pas sur l’ensemble des erreurs d’exécution des anciens élus ayant mené à cette poursuite de SDD/Conporec. Nier qu’il y a eu des erreurs, c’est comme nier cette poursuite, peu importe sa robustesse. 

Stratégiquement, la promesse des « 100 jours » de Serge Péloquin n’était pas réellement nécessaire dans l’état de la campagne électorale le 31 octobre 2013, 3 jours avant le vote. Ce faisant, celle-ci induit au minimum 3 erreurs tactiques, qu’il convient de rapporter comme éléments contextuels, pouvant influencer les résultats de la négociation à venir. 

Premièrement, au 31 octobre 2013 en principe, Serge Péloquin ne devait détenir qu’une connaissance citoyenne du dossier, idem à celle de votre humble chroniqueur. Il n’avait donc aucunement accès aux conseils des avocats au dossier ou à toutes autres informations privilégiées, avant de promettre dans les circonstances, ce « 100 jours » inopiné. 

Deuxièmement, Serge Péloquin n’avait aucun mandat (et les balises correspondantes) de son éventuel conseil municipal, pour entreprendre des négociations hors cours. On sait en politique municipale, qu’une grande partie du pouvoir d’un maire provient des conseillers municipaux. En ce sens, Serge Péloquin a promis les « 100 jours » sur la base d’un conseil municipal qui n’existait pas. Une promesse hasardeuse, surtout que 5 des actuels conseillers sont issus de l’administration Dauplaise. 

Troisièmement, erreur majeure, Serge Péloquin se prive d’un levier important dans le cadre d’une négociation : le temps. Contraint par le temps de livrer un résultat, il permet à SDD/Conporec d’attendre une offre intéressante. Si ST/MRC (Serge Péloquin) dépasse le « 100 jours », alors il ne respecte pas sa promesse électorale. S’il conclut avant les « 100 jours », il pourrait être soupçonné d’avoir obtenu une entente à rabais. Dans ce dernier cas, Serge Péloquin ne doit jamais perdre de vue qu’il est le maire de tous les citoyens de Sorel-Tracy. Il n’est pas le représentant de quelques groupes de pression qui gravitent autour de ce dossier. 

Dans tous les cas, avec cette promesse peu pertinente sur les « 100 jours », Serge Péloquin pourrait être amené à marcher sur la peinture. 

Les scénarios de règlement 

Si ST/MRC décide que la réputation de la ville de Sorel-Tracy et de la région est primordiale, alors il faut acheter la paix et mettre un terme à cette poursuite, en négociant un « deal ». 

Dans l’hypothèse où aucun règlement hors cour n’est possible ou que ST/MRC conclut que SDD/Conporec n’a pas de cause parce qu’effectivement, il n’y a aucune lettre d’intention préalable ou de contrat, c’est le procès devant juge avec tous les frais et risques afférents pour les parties. 

Dans cette hypothèse, le juge devra interpréter l’état du droit et la jurisprudence en fonction de la nature du risque de l’entrepreneur, en l’occurrence SDD/Conporec. Autrement dit, est-ce que SDD/Conporec dans le développement normal de ses affaires, a interprété (trop) en sa faveur, les paroles et les gestes (documents légaux et administratifs, lettres, courriels, etc.) de ST/MRC. Alternativement, dans quelle mesure ST/MRC a-t-il induit en erreur SDD/Conporec, consciemment ou non. En ce sens, où tracer la frontière entre stratégie de négociation et mauvaise foi? Finalement, comment déterminer s’il y avait réelle intention (planifiée) de la part de ST/MRC de favoriser une « expropriation déguisée »? 

Vers le 3 février 2014 

Considérant qu’il n’y a pas de lettre d’intention ni de contrat entre les parties. Considérant le passage du temps, le changement d’administration municipale et de maire à Sorel-Tracy, j’offrirais à SDD/Conporec un règlement hors cour en deux volets :  

1)    Un montant pour préserver notre réputation comme milieu accueillant pour les investisseurs, lequel inclura l’achat du terrain du 3125 Joseph-Simard.

2)    La création d’une coentreprise dont l’objectif serait le démantèlement ou la reconversion des installations sises au 3125 Joseph-Simard. 

Jocelyn Daneau 
Courriel : jocelyndaneau@gmail.com
Blogue - Sorel-Tracy dans l’univers : http://wp.me/2JVSB

* Selon mon logiciel de correction Antidote 8, « règlement hors cour » est un anglicisme. Il faudrait utiliser « entente à l’amiable ». De même, les « frais légaux » sont des « frais de justice » en français. 

Voir aussi : Négocier quoi avec SDD Conporec ?, André Mandeville, 2 novembre 2013. 

Suggestion de lecture (en anglais) : Tips from a master negotiator, Procurement Leaders, 18 novembre 2013.

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