Courriel Saurelois
Une chronique sur l'histoire de Sorel
de Roland Plante

21 juin, 2019

En collaboration avec :

Les premières écoles
Madeleine B. Lussier et Roland Plante

Un résumé certes incomplet de l’histoire de l’instruction au Québec!

Dès les débuts de la Nouvelle-France, l’instruction des enfants a été présente. Qu’on pense aux Ursulines à Québec, à Marguerite Bourgeois à Montréal. Au début du XVIIIe siècle, seules les trois principales villes connaissent le développement de l’instruction. Dans les paroisses rurales, en milieu rural éloigné, faute d'écoles, les chemins mal entretenus, la dispersion de la population font que ce sont les mères qui doivent enseigner aux enfants, compensant tant bien que mal l’absence d’institutions. Il faut dire que les familles n’accordent pas beaucoup d’importance à l’instruction et que le clergé appuie davantage la vocation « agricole » que l’instruction. En général, les programmes sont minimaux lecture, écriture e: arithmétique. Les filles sont en plus initiées aux arts ménagers. L’enseignement de la religion occupe une place prépondérante. Aucun cours d’histoire, de géographie.

L'objectif premier du cours primaire est bien plus de former de bons citoyens catholiques aux mœurs exemplaires que de les préparer aux études avancées. Dans un tel contexte, toutes les matières servent à transmettre les valeurs chrétiennes aux enfants; par exemple, l'apprentissage de la lecture se faisait au moyen de textes dévots. Les connaissances acquises y sont plutôt sommaires étant donné la durée réduite des études qui se limite généralement à deux ans pour les hommes et à quelques années supplémentaires pour les femmes qui doivent assimiler les travaux ménagers.

La majorité des enfants ne dépassera pas l’école primaire. Certains enfants privilégiés fréquenteront l’école secondaire. Le cours classique est offert par les Jésuites à Québec dès 1665. Dès 1668, on ouvre un séminaire à Québec, destinés à former les futures générations de prêtres. On crée aussi des écoles de métier, Québec, Montréal et Saint-Joachim, rattaché au séminaire de Québec. Sur les terres du séminaire de Québec, à Cap-Tourmente, on crée une ferme modèle où on vient s’exercer aux métiers de la terre.

Tout au cours du Régime français, c'est aux membres des communautés religieuses que revient la tâche de transmettre les connaissances élémentaires aux jeunes coloniaux. À ceux-ci s'ajoutent certains érudits laïques, tels les notaires et les maîtres ambulants qui exercent surtout leur profession dans les régions reculées de la colonie en allant d'une paroisse à une autre pour dispenser leur savoir. Pour exercer le métier, ces derniers devaient détenir une autorisation du Gouverneur certifiant leurs compétences en matière d'enseignement ainsi que faire preuve d'une moralité exemplaire.

La conquête viendra changer tout cela. Les manuels cessent d’arriver de France, il y a pénurie d’outils, d’enseignants. Le Séminaire de Québec s’ouvre en 1765 à tout écolier qui désire poursuivre ses études, nonobstant son choix de carrière, laïque ou ecclésiastique. Les messieurs de Saint-Sulpice ouvrent le collège de Montréal en 1773.

En 1787, le gouverneur crée une commission d’enquête visant à formuler des recommandations pour rehausser le niveau d’instruction des habitants de la colonie. Ce sont les premières pierres d’une structuration de l’enseignement.

À ces principes, les membres de la commission suggèrent que chaque paroisse de la colonie soit pourvue d'une école primaire où l'on y enseignerait les matières fondamentales utiles à tout citoyen, telles la lecture, l'écriture et les mathématiques. De plus, chaque comté serait doté d'une maison d'enseignement où l'on dispenserait des cours de mathématiques appliquées, d'arpentage, de navigation et de grammaire. À cette structure, une université d'état, bâtie sur le modèle des institutions européennes, coifferait le tout en orientant et en dirigeant, un peu comme le ferait un ministère de l'Éducation, le système scolaire.

Le clergé, quoique divisé, ne voit pas d’un œil favorable toutes ces recommandations et la création d’une université n’a pas lieu, le gouverneur ne voulait pas « heurter le clergé ».

Les pressions du clergé amènent l’adoption en 1824 de la Loi sur les fabriques, modifiant le régime en place. Désormais, c’est aux curés et aux marguilliers que reviennent la construction et la gestion des écoles primaires. On pourra consacrer jusqu’à 25% des revenus au secteur scolaire pour l’entretien, le fonctionnement des écoles « au prorata d’un bâtiment pour 200 familles et d’un par cent familles additionnelles qui s’établissent dans la paroisse » . On a donc maintenant des écoles confessionnelles. On modifiera plusieurs fois cette loi, tant en matière de financement qu’en matière pédagogique. Ainsi, en 1832, on porte à 190 jours le nombre de jours d’une année scolaire. (Aujourd’hui, on a 182 jours).

On crée le poste de surintendant de l’Instruction publique qui doit veiller à l’application de la législation scolaire. Il pourra s’adjoindre des inspecteurs (Loi des inspecteurs d’école 1851).

C'est en septembre 1841 que le Parlement du Canada-Uni entérine l'ensemble des propositions Buller par l'adoption de l'Acte établissant des écoles publiques pour toute la province qui instaure des écoles communes sans distinction de langue ou de religion, mais qui permet à un groupe minoritaire de revendiquer la dissidence. Grâce aux pressions exercées par les clergés protestant et catholique, la loi garantit et consacre le droit à la dissidence pour les minorités religieuses.

Par exemple, dans une municipalité où la confession protestante (catholique) serait minoritaire, les anglophones (francophones) possèdent le privilège de revendiquer des établissements dispensant un enseignement compatible avec leur foi religieuse. Du même coup, ils ont également droit à des subsides de l'État afin d'assurer le fonctionnement de cette institution dissident.

Les lois de 1845-46 instituent des commissions scolaires

Voici quelques informations sur les premières écoles de Sorel qui auront trois rôles à jouer :

• « Soutenir le développement d'un réseau scolaire à l'échelle du Québec;

• Par le prélèvement obligatoire d'impôt, appeler le peuple à participer au financement du système d'éducation,

• Le caractère démocratique de la corporation scolaire devait permettre la participation des propriétaires fonciers à la structure scolaire locale et, par la même occasion, leur conscientisation aux avantages que la communauté peut retirer de l'éducation. »

L’instruction à Sorel
L’école anglaise et l’école française


Lors de la création de la Commission scolaire en 1846, il y avait déjà deux écoles à Sorel.

L’école catholique était bâtie sur le côté nord de la rue George, face au presbytère actuel. Quant à l’école protestante anglaise, elle était située sur la rue Élizabeth, sur le terrain en arrière de l’église Christ Church.

Les deux écoles étaient administrées par le même secrétaire. Selon Couillard-Després, les frais d’exploitation en 1846 et en 1847 étaient de « 1777 piastres ».

La première école anglaise de Sorel fut créée par William Nelson, le père du docteur Wolfred Nelson, patriote. Dans la Gazette de Sorel, en date du 14 février 1795, il annonçait:

Les jeunes messieurs sont pris en pension, bien traités et promptement instruits dans la langue angloise, françoise, latine et grecque.

En 1830, le recteur John Jackson cède un terrain situé à l’arrière de l’église anglicane pour la construction d’une école. (Source : Walter S. White)

Faisant suite à la loi de 1824 qui créait les écoles de fabrique autorisant le curé et les marguilliers à utiliser le quart des recettes de la paroisse pour le financement des écoles, le curé Jean-Baptiste Kelly obtint, en 1848, la prise en charge d’une école ayant une capacité de 80 places par trois frères des Écoles Chrétiennes. Elle était située dans l’ancien presbytère de l’église Saint-Pierre.

École anglaise, rue Élisabeth.

En face de ce presbytère, il y avait une école pour les filles. C’est aussi en 1848 que l’on décida de construire le couvent Saint-Pierre au coin des rues George et Phipps. (Source: Walter S.White)

Le collège classique

En 1868, une souscription permet d’ouvrir un collège classique pour 350 élèves. Les professeurs sont fournis par l’Évêque de Saint-Hyacinthe. L’espace manquant, le collège est reconstruit voisin du cimetière protestant, sur la réserve militaire. Les subventions venant à manquer, le collège est vendu aux enchères pour y établir une école supérieure de langue anglaise, le Lincoln Collège. Ce dernier ferma ses portes en 1888.

Le collège fut acheté en 1896 par les Frères de la Charité, communauté originaire de Belgique, qui s’occupait des vieillards et des orphelins. Ils ont créé à Montréal, le Mont Saint-Antoine pour y accueillir les jeunes délinquants et le Mont Saint-Benoît pour aider les personnes victimes d’alcoolisme et y héberger des malades mentaux.

La communauté en fit un collège privé qui dispensa des enseignements de qualité jusqu’aux classes supérieures.

En 1860, une ère de prospérité règne à Sorel. Les contrats pour plusieurs édifices furent mis en marche. Après le Palais de Justice en face du carré royal, on construit le Collège Sacré-Cœur sur la rue Prince, un couvent et un hospice sur la rue George



En 1861, les citoyens passent une requête pour avoir un collège classique. Ce n’est qu’en 1871 que l’évêque donne son autorisation. Des lettres d’incorporation en font un collège classique. Un prêtre et six ecclésiastiques enseignent à soixante-dix-huit élèves.

La bâtisse est sur les bords du Saint-Laurent, rue Ramezay mesure 90 pieds de long par 30 et possède une belle chapelle. Sans appui financier, le collège ferme ses portes en 1885.

L’école des Arts et École de Mademoiselle Alain

En février 1883, une classe est logée au coin des rues George et de la Reine. Ces cours s’adressent en particulier aux gens de métiers et aux les mécaniciens.

Ces cours sont offerts gratuitement et subventionnés par le gouvernement. Le professeur, Monsieur Rouleau, est un jeune architecte de talent.

En juillet et en août de la même année, l’examen des 80 élèves masculins et féminins de Mademoiselle Alain s’est tenu au Palais de Justice en présence de plusieurs membres du clergé. Son œuvre est grandement secondée par Mademoiselle Cardin, une institutrice de talent.


L’Académie du Sacré-Cœur

La Commission scolaire achète en 1869 l’édifice de la rue Prince et l’enseignement est confié aux Frères des Écoles Chrétiennes. (FEC) Ces religieux se retireront en 1886 et seront remplacés par les Pères de Sainte-Croix qui, eux aussi, quittent en 1909.

Le 15 septembre 1909, en présence du notaire J.B. Théophile Lafrenière, président de la commission scolaire, de docteur Jean-François-Régis Latraverse, et du Révérend Frère Philémond S. Papen, un contrat est signé en vertu duquel, les Frères de la Charité dispenseront l’enseignement primaire au salaire annuel de 250$ par professeur.

En 1909, on compte 500 élèves. Ceux qui désirent poursuivre des études supérieures pourront le faire en s’inscrivant au Mont-Saint-Bernard, qui est une école privée.

Reconnaissez-vous un des vôtres?

On peut voir ci-dessous la photo d’une classe de 1897. Un père de Sainte-Croix est professeur et on peut reconnaître Alfred Plante, debout à l’extrême droite.




Dr. François Régis Latraverse, président de la Commission scolaire
Lors de la fermeture du Mont-St-Bernard, l’Académie prit en charge l’enseignement supérieur avec les religieux du Mont-St-Bernard.



Vers 1935, la section face à la rue Prince fut construite. Une partie du vieux bâtiment est démolie.

Premiers diplômés du cours supérieur à l’Académie du Sacré-Cœur.

Le Mont-St-Bernard

Pour ériger une construction plus grande, les autorités achètent, en 1877, une partie de la réserve militaire pour 1 300$ et empruntent 25 091$ pour y ériger ce qui deviendra le Mont-Saint-Bernard, avec le soutien du gouvernement provincial. Les plans sont dessinés par l’architecte Louis-Zéphirin Gauthier (1842-1922). Gauthier crée plusieurs bâtiments dans la région, le collège Sacré-Cœur, l’église Immaculée-Conception de Saint-Ours, l’église de Sainte-Anne et celle de Saint-Joseph.



Faute de financement, ce collège est vendu à l’Université Bishops de Lennoxville pour en faire un collège commercial anglophone qui fermera ses portes en 1888. Les Frères de la Charité l’achètent pour 12 000$ en 1896.

Le Lincoln Collège est renommé «Le Mont Saint-Bernard». Ce collège privé donna des cours de commerce et de sciences très appréciés par la population soreloise jusqu’en 1928.

Le couvent Saint-Pierre

En 1849, la paroisse achète la maison du révérend John Jackson au coin des rues Phipps et George.

Les sœurs de la Providence fondent, en 1850, le premier couvent, mais furent rappelées par Monseigneur Prince, évêque de Saint-Hyacinthe.

Les religieuses de la Congrégation Notre-Dame s’y établissent en 1858. On construit une bâtisse en 1864, qui est agrandie en 1867. Elle comprend une chapelle, un dortoir, un parloir, une salle de musique et des classes. Un incendie détruit le couvent en 1915 et on reconstruira rapidement une nouvelle bâtisse.

Ce magnifique couvent, qui a accueilli beaucoup de jeunes filles de la région, tant au cours classique qu’à ceux du scientifique ou général, est démoli en1979, pour faire place à des logements.

Les Dames de la Congrégation Notre-Dame à Sorel

 

Roland Plante
Collaboration de Madeleine B. Lussier.

Source : Roland Plante, Courriel Saurelois

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