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Voir et faire l’agriculture différemment
par Patrick Turgeon - Journal Les 2 Rives - 5 juin 2007
Le monde actuel est complexe et interdépendant et les
profondes mutations dans lesquelles il s’est engagé amèneront
les gens à revoir leurs façons de produire et de consommer.
C’est dans cette optique que neuf organismes, reliés au monde
agricole bas-richelois, ont présenté
récemment un mémoire à la Commission sur l’avenir de
l’agriculture et l’agroalimentaire québécois, une approche
collective qui met en perspective une avant-gardiste vision
qui correspond aux nouveaux enjeux sociaux, environnementaux
et économique auxquels sont confrontés les agriculteurs. Et
ce, bien que peu de personnes sont convaincues de l’urgence et
de la pertinence d’envisager des changements en profondeur.
«Les enjeux sont complexes et nous vivons dans un monde
d’interdépendance. Malgré les difficultés que cela suppose,
nous croyons non seulement qu’il est possible de faire
autrement, mais que nous en avons l’obligation. Toutefois,
cela ne pourra se faire sans un changement de perspective. Il
s’avère urgent de changer de paradigme et de se doter des
moyens qui nous permettront d’exercer un certain contrôle sur
le changement et sur l’innovation dans le cadre d’approches
multisectorielles et d’une culture de la collaboration,
c’est-à-dire une approche par processus plutôt que par silo
(parallèle). Ce mémoire, c’est notre façon de faire et nous
allons la faire», a mentionné Philippe Rochat,
président du Club agroenvironnemental Lavallière, lors d’un
point de presse annonçant les grandes lignes de ce mémoire
régional.
Yves Fortin, rédacteur du mémoire, convient aussi que la base
du document de 25 pages doit amener les gens à voir les choses
différemment, sinon, la société aura de gros problèmes d’ici
quelques années. Cette vision commune ne doit pas se
concrétiser de façon aléatoire, mais ses acteurs doivent être
systématiques dans leur processus. «Nous ne pouvons trouver
des moyens pour y arriver sans être systématique dans notre
démarche. Le Bas-Richelieu veut être une région pilote en
matière agroenvironnementale mais ce n’est pas avec des
discussions sur les quotas de lait que nous allons régler les
problèmes liés aux nouveaux enjeux de la société québécoise.
Il faut donner un pouvoir aux administrateurs locaux, donner
les moyens et une flexibilité à la communauté de se développer
en innovant», a-t-il résumé son propos.
Notre but n’est pas de repenser entièrement l’agriculture,
mais plutôt de se diriger notre production vers des produits
innovants, a souligné à son tour Alain Beaudin,
producteur de fines herbes et président de la Table de
concertation agroalimentaire du Bas-Richelieu. «L’objectif à
court et moyen terme, c’est aussi de changer les façon de
faire des élus, de les amener à voir l’agriculture
différemment. De petits pas ont été faits, mais de plus grands
doivent l’être pour faire avancer la profession. Pour y
arriver, il faudra obtenir une ouverture du monde des
affaires. Nous ne voulons pas entrer en compétition avec eux,
mais plutôt se guider d’une vision commune à laquelle on se
ralliera après avoir débattu ensemble des enjeux», a-t-il dit,
tout en notant que 91 % du territoire bas-richelois est
agricole.
Propositions et moyens
La vision des signataires du mémoire est claire : une
agriculture à l’échelle humaine, respectueuse des femmes et
des hommes qui la pratiquent, des communautés où elle exerce
et de l’environnement qui la soutient. Ils veulent donc se
doter d’une vision du secteur agricole et agroalimentaire qui
correspond aux nouveaux enjeux de société auxquels ils sont
confrontés et sur laquelle le gouvernement et les différentes
parties prenantes pourront s’appuyer à long terme pour
développer et mettre en œuvre des solutions de rechange au
modèle actuel. Il responsabilise les parties et est basé sur
l’innovation multisectorielle et pas uniquement dans le volet
technologique, soutenu par une culture d’amélioration continue
visant la performance globale des entreprises et des
organisations du secteur, indiquent-ils.
«Il est important d’encourager l’innovation et d’orienter
rapidement l’affectation des ressources en ce sens, de façon à
soutenir le développement de nouveaux modèles de référence qui
pourront inspirer de nouvelles initiatives et offrir une
solution de remplacement aux politiques et pratiques
actuelles», a poursuivi M. Rochat, rappelant l’importance de
développer une approche par résultats plutôt que par fonction.
«Il faut créer de nouveaux espaces qui permettront et
favoriseront l’expérimentation. Il importe de réduire les
contraintes structurelles et réglementaires pour augmenter la
capacité d’initiative et la tolérance au risque des décideurs
et intervenants de différents niveaux décisionnels, en
reconnaissant leur droit à l’erreur comme fondement à la mise
en place d’une culture de l’amélioration continue.»
Dans cette optique, des structures et des outils flexibles
orientés vers l’innovation et capables d’adaptation rapide
face aux mutations du milieu social, environnemental et
économique sont souhaitées par les signataires du mémoire.
«Deux solutions s’offrent à nous. Attendre une crise majeure
ou se doter d’une véritable stratégie de gestion du changement
et de l’innovation. Notre expérience à petite échelle nous
indique qu’il vaut mieux être proactif que réactif. Cette
façon de faire est plus exigeante et demande de la
détermination, de la constance et un engagement inébranlable
de la part de nos leaders. On se doit donc de créer un
observatoire sur l’adaptation des secteurs agricoles et
agroalimentaires aux nouveaux enjeux et élaborer et mettre en
place une stratégie de gestion du changement et de
l’innovation.»
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