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La pasteure de Christ Church pointe l'éducation
des jeunes comme clé à la lutte contre le vandalisme dans les
cimetières
par Louise Grégoire-Racicot - Journal Les 2 Rives - 5 juin
2007
"En regardant les effets du vandalisme c'est facile de les
associer aux jeunes, de mettre la faute sur une autre
génération. Mais le problème du vandalisme est un cri du coeur
lancé par nos jeunes. Je ne comprends pas leur langage, mais
je veux le comprendre."
C'est en ces mots que le mardi 29 mai, la pasteure de l'église
Christ Church, Holly Ratcliffe, s'est adressée à la
quarantaine de personnes qui avaient répondu à son invitation
à une rencontre au cimetière anglican, rue du College, à
Sorel-Tracy, qui fut la cible, il y a quelques semaines de
vandales non encore identifiés.
"Le vandalisme du cimetière porte à croire que la communauté
de Sorel-Tracy a besoin d'être mieux informée de ce qu'il
advient de cet héritage et de son caractère patrimonial", a
dit Mme Ratcliffe, et ce même si les Québécois ont rejeté
depuis la révolution tranquille l'emprise de l'église - ce
qu'elle admet vouloir mieux comprendre aussi.
"Pourtant, les jeunes les plus vulnérables ont bien saisi le
concept du rejet de telles valeurs. Comment les éduquer? Peu
importe si nous en sommes conscients, nous enseignons à nos
jeunes des valeurs qu'ils expriment par leurs actions. J'ai
lancé cet appel à la communauté soreloise pas seulement à
cause des pierres tombales brisées. Mais par grand souci que
nos enfants puissent développer un sens de leur vie en lien
avec toutes les meilleures valeurs que nous avons reçues en
héritage."
Ainsi a-t-elle appelé à une réflexion sur ce qu'un cimetière
signifie aujourd'hui, site patrimonial bien sûr, mais aussi
lieu sacré où sont inhumées des personnes.
Pour la pasteure Ratcliffe, la présence à cette rencontre ,
tant des gens de sa communauté que des pasteurs de l'église
catholique, d'élus de Sorel-Tracy et des représentants des
deux députés, de membres de la Société historique, de Mme
Louise Blain, travailleuse de rue de la maison des jeunes,
Sorel et co-coordinatrice du Café Christ Church, était
significative.
Malheureusement, a-t-elle déploré, ni le directeur de l'École
Fernand Lefebvre - voisine du cimetière - ni ses adjoints
n'ont pu assister à cette rencontre, préparant le gala des
mérites à l'école, le même soir.
"Ce n'était pas un appel lancé seulement pour marquer des
actes de vandalisme mais plutôt un appel à conscientiser notre
fierté civique et même notre engagement à éduquer nos jeunes.
Nous sommes tous concernés : le cimetière anglican est un lieu
patrimonial partagé qui risque de disparaître. Mais c'est
aussi un lieu sacré, et à ce niveau le problème touche à la
qualité de notre vie commune représentée par les valeurs du
patrimoine religieux. Notre conscience morale, le respect de
notre histoire et le sens du caractère sacré de certains lieux
sont précieux. Ou bien nous les transmettons à nos jeunes en
les cultivant nous-mêmes collectivement. Ou bien nous nous
associons à ce qui est reflété dans leur destruction. Je ne
blâme pas. Je souligne seulement que nous sommes tous
concernés", a-t-elle expliqué.
Toute seule, personne n'a de solutions, pense-t-elle. "Ce
qu'on a fait est le début d'un questionnement public qui
pourrait avoir des conséquences positives pas seulement ici à
Sorel-Tracy, mais partout où le vandalisme et la profanation
des cimetières (et d'autres lieux) est en croissance. J'espère
qu'il va y en avoir une suite, qu'elle vienne des autorités,
du monde de l'éducation ou de gens qui croient en ces valeurs.
C'est la mémoire de notre histoire que sont en train de
détruire des gens qui ne savent pas ce qu'il font. "
La plupart des pierres tombales qui ont été vandalisées ont
plus de 150 ans, a-t-elle précisé. Elles ne peuvent être
réparées mais seulement remplacées par des pierres tombales
modernes au coût estimé de 40 000$.
La société historique en appelle à tous
Présent à la rencontre, le président de la SHPS, Michel Duclos
a dit la profonde indignation de ses membres devant le saccage
de ce lieu.
"Dans toutes les civilisations, les lieux d'inhumation sont un
espace qui suscite le respect et pour plusieurs d'entre elles,
un endroit où le sacré rejoint le profane. S'attaquer ainsi
sauvagement aux tombes de nos proches, de nos pères, de nos
aïeux est le signe d'un grave malaise de société qui ne doit
laisser personne indifférent", a-t-il commenté.
Ce cimetière témoigne des multiples facettes de notre
histoire, a-t-il souligné.
"C'est un lieu de mémoire patrimonial qui témoigne de la
présence et de l'influence de la communauté britannique après
la conquête puis de celles des loyalistes après la
proclamation d'indépendance des États-Unis d'Amérique."
Ce terrain fut acquis dès 1884, a-t-il rappelé, situé en
dehors des limites de la ville d'alors. Vers 1911, les restes
des personnes inhumées dans le vieux cimetière créé en 1833 et
situé entre les rues Charlotte, Élisabeth et Sophie
(aujourd'hui Rue Hôtel-Dieu) -actuel terrain de l'ancienne
station de police - furent transférés dans l'actuel cimetière
anglican. Depuis y reposent soldats britanniques, immigrants
loyalistes et même des Patriotes de 1837. "Plusieurs furent
des officiers supérieurs de l'armée, d'autres furent des
administrateurs civils, des magistrats"
Parmi ces familles, il a mentionné en particulier, les Nelson,
les Jones, les Walker, les Würtele. Le plus célèbre d'entre
eux est sans doute Wolfred Nelson, a-t-il dit, médecin, élu
deux fois représentant de Sorel à l'assemblée législative du
Bas-Canada . Patriote, il a été un des organisateurs de la
rébellion de 1837 et a participé aux combats qui eurent lieu à
St-Denis et St-Charles.
Enfin M. Duclos a invité les autorités politiques à apporter
une contribution financière pour restaurer et valoriser ce
lieu. Ainsi qu'à poursuivre les mesures entreprises en 2002,
pour classer ce lieu de mémoire.
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