« Sans une préoccupation environnementale, le Québec court à sa ruine » - Stéphane Bergeron

8 janvier 2007 - C’est non sans une certaine surprise que j’ai pris connaissance de la lettre ouverte qu’a signée monsieur J. Léopold Hamel, le 17 novembre 2006 sur le site internet Le Sorel Tracy Magazine et intitulée «Les groupes environnementaux veulent-ils la ruine du Québec!».
( Ref. : http://www.soreltracy.com/liter/2006/novembre/17n.html )

Si j’ai décidé d’y rétorquer, c’est tout simplement que je me suis senti personnellement et directement interpellé par le signataire de cette lettre ouverte. En effet, celui-ci écrivait: «(…) les groupes environnementaux (…) se targuent avec la complicité (…) de quelques politiciens opportunistes d’avoir arrêter (sic) le (…) développement et la privatisation du golf et de la station de ski du Mont Orford (…)». Or, il n’y a aucun «politicien» qui ait été aussi directement et publiquement associé à la lutte contre la privatisation partielle du Parc national du Mont-Orford que moi. Aussi, j’en conclus que c’est à moi que monsieur Hamel faisait référence lorsqu’il évoquait l’intervention opportuniste de certains «politiciens», auprès des groupes environnementaux, afin de faire obstacle à des projets qu’il juge structurants.

J’aborderai donc, dans un premier temps, les raisons pour lesquelles j’estime qu’il n’est pas opportun de procéder à la privatisation partielle du Parc national du Mont-Orford, puis, à travers ce propos, les motifs faisant en sorte que je ne partage absolument pas l’opinion de monsieur Hamel quant à l’opportunité de se lancer tête baissée dans une panoplie de projets pouvant apparaître séduisants, à première vue, mais qui ne sont tout simplement pas viables à long terme.

En vertu de la Loi sur les parcs, les territoires protégés le sont à titre perpétuel. Lorsqu’un gouvernement se permet ainsi de contrevenir à sa propre législation pour des motifs difficilement discernables, il ouvre la porte à ce que des gouvernements ultérieurs puissent faire exactement la même chose. Dans ces circonstances, quelle sera dorénavant la valeur réelle de quelque parc national? Une fois établi le principe fallacieux selon lequel le gouvernement n’a rien à voir dans la gestion d’infrastructures récréo-touristiques, il y a lieu de craindre, plus près de nous, qu’un sort analogue puisse être réservé au Parc national du Mont-Saint-Bruno, à l’intérieur duquel on trouve une piste de ski, ou celui du Parc des Îles-de-Boucherville, qui compte un club de golf.

La décision de privatiser une partie du Parc national du Mont-Orford pose donc un problème par rapport à un principe de gouvernance absolument fondamental, celui de la continuité de l’État. La décision n’est pas davantage justifiable en terme de développement économique. Est-il absolument nécessaire, pour rentabiliser des installations de ski et de golf, de vendre quelque 500 hectares de terres publiques, suscitant, par le fait même, une controverse éminemment dommageable pour la région qu’on prétend vouloir aider? Bien sûr que non. Nombre d’intervenants régionaux ont fait valoir qu’il aurait été possible de construire des unités d’habitation, sous forme d’un village touristique, au pied des montagnes.

L’argument présenté par monsieur Hamel m’apparaît donc invalide. Cet argument me semble faire écho aux déclarations simplistes et incendiaires prononcées récemment par le ministre du Travail et ministre responsable de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, Jean-Pierre Blackburn, à l’effet que les préoccupations environnementales seraient responsables de la crise que traversent présentement le Québec et le Canada dans le domaine forestier.

Pourtant, rien n’est plus faux. Les groupes écologistes, qui se font les porte-voix de ces préoccupations environnementales, tentent simplement d’imprimer aux économies canadienne et québécoise un nécessaire et indispensable virage vers des pratiques s’inscrivant dans une perspective de développement durable. Comme l’indique ce concept, il est certes questions de «développement», ce qui implique nécessairement une croissance économique et la création d’emplois, mais de telle sorte que les choix que nous effectuons aujourd’hui n’affectent pas la capacité des générations suivantes de faire les leurs et nous permette, par conséquent, de leur léguer une planète qui soit demeurée dans un aussi bon état que celui de la terre dont nous avons nous-mêmes hérité de nos ancêtres.

Comme l’évoquait le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, lors de la récente conférence de Nairobi, les changements climatiques constituent la principale menace à laquelle l’humanité sera confrontée. Plus importante que les confits armés, les famines, les variations boursières ou les délocalisations découlant de la mondialisation; plus importante, parce que les changements climatiques pourraient eux-mêmes être à la source de tous ces maux. Déjà, la température moyenne de la planète a augmenté d’environ 0,5°C au cours des 100 dernières années et les augmentations de température anticipées pour les 100 prochaines années dépasseront vraisemblablement toutes celles survenues depuis 10 000 ans.

L’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, sir Nicholas Stern, dans un rapport déposé récemment au gouvernement britannique, évaluait à quelque 7 000 milliards de dollars, les coûts potentiellement liés aux réchauffement de la planète. Il s’agit d’impacts économiques beaucoup plus importants que ceux survenus lors des deux confits mondiaux. Il y a donc urgence d’emprunter le virage du développement durable, car si nous continuons, en matière économique, à nous comporter comme des dinosaures, reproduisant bêtement et machinalement ces modèles de développement traditionnels qui nous ont conduits au bord du gouffre, nous pourrions bien, tout comme eux, disparaître au terme d’un cataclysme naturel dont nous serions, cette fois, les auteurs coupables…

Stéphane Bergeron
Député de Verchères

Publicité
 
 
Copyright © 2000-2006
 Tous droits réservés.