La fraude en entreprise connaît une progression remarquable
Hélène Goulet - Journal La Voix - 27 janvier 2007

D'entrée de jeu, on pense aux fraudes majeures chez Enron, ou encore à celle des fonds Norbourg de Vincent Lacroix.

Pourtant, la fraude en entreprise n'est pas seulement l'apanage de grandes entreprises. Au contraire, elle connaît une progression remarquable ces dernières années autant dans les petites, que les moyennes et grandes entreprises.

Ce constat a été fait par Richard Forand (à droite), un expert en la matière et juricomptable qui procède régulièrement à des enquêtes concernant des fraudes économiques.

M. Forand prononçait, mercredi midi, une conférence sur le sujet organisée par la Chambre de commerce et d'industrie Sorel-Tracy métropolitain, et à laquelle ont assisté une quarantaine de commerçants locaux.

Les statistiques sont étonnantes, a-t-il fait remarquer, spécifiant toutefois qu'elles ne représentaient qu'une infime partie de l'ensemble des fraudes, car souvent les victimes ne portent pas plainte.

Selon ces statistiques, les fraudes au Canada représentent des pertes de 25 à 30 milliards de dollars par année. Plus de 100 000 cas sont rapportés annuellement à la police.

Et dans la plupart des cas, la plupart des victimes "n'ont jamais pensé que CETTE personne-là aurait commis une fraude. C'est un classique. Le fraudeur, c'est souvent quelqu'un qui est dans l'entreprise depuis longtemps, et en qui on a confiance, a-t-il laissé entendre.

Dans 85 % des fraudes, il s'agit de détournement d'actifs, que ce soit d'argent ou le vol de biens. Dans 12% des cas, on parle plutôt de corruption (pots de vin, cadeaux) et enfin, 5% des fraudes sont constituées d'états financiers frauduleux, tel que l'on a vu dans le cas d'Enron.

Pour devenir fraudeur, ça prend des opportunités et des motifs, précise M. Forand. Parmi les opportunités, la principale est un contrôle interne et comptable déficient. Il est remarquable, selon M. Forand, qu'une entreprise - même une grande entreprise - n'ait pas un plan de contrôle des dépenses internes adéquat. Une situation qui n'est pas rare, a-t-il constaté au cours de ses enquêtes.

Pour ce qui est des motifs, il y a bien sûr la cupidité. Mais il y a aussi la vengeance, l'idée d'un "emprunt" et la dépendance (toxicomanies, jeu compulsif). En général, le fraudeur ne se considère jamais comme un vrai criminel.

58% des fraudeurs sont des employés, alors que 36% sont des membres de la direction. Enfin, 6% des fraudeurs sont des hauts-dirigeants.

Souvent, le fraudeur est une personne qui prend très peu de vacances et qui travaille énormément.

Le montant moyen d'une fraude s'établit à 60 000 $ dans le cas d'un employé fraudeur, à 250 000 $ pour un membre de la direction, et à 500 000 $ pour un membre de la haute direction. 54% des fraudeurs sont des hommes, pour une fraude moyenne de 200 000 $, et 46% des femmes, pour une fraude moyenne de 60 000 $.

En terme d'âge, les fraudeurs de 31 à 35 ans réussissent à empocher une moyenne de 100 000 $, alors que chez les plus de 60 ans, le montant moyen volé est de 500 000 $.

Le niveau scolaire des fraudeurs s'établit comme suit : les fraudeurs possédant un niveau d'études secondaires (56,9%), réussit en moyenne à voler 70 000 $. Au niveau collégial, ce qui représente 10% des fraudeurs, le vol moyen est de 163 000 $. Enfin, les fraudeurs de niveau universitaire (32,7%) réussissent à voler des montants moyens de 243 000 $.

Cela prend de 18 à 24 mois aux enquêteurs pour découvrir les preuves d'une fraude, a fait savoir M. Forand.

Factures fictives, falsification de soumissions, irrégularités dans les achats, surfacturation, vol de biens. d'équipement, de fourniture de bureau, dons de cadeaux à des entreprises, extorsion, employés fictifs sur la liste de paie, fausses déclarations, vol de temps, comptes de dépenses gonflés, chèques contrefaits, voilà autant de façons utilisées par les fraudeurs, a constaté M. Forand.

En conclusion, ce dernier a invité les gens d'affaires à se doter d'une structure de contrôle stricte et d'une politique de procédures en cas de fraude, de façon à réagir sans panique lorsqu'une telle situation se présente. Il faut obtenir des preuves. Une mauvaise intervention peut augmenter le préjudice économique, a-t-il enfin conclu.
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