Entrevue Hélène Gignac, directrice
du Centre de transfert technologique en écologie industrielle
« Ce qui est différent dans la mentalité
depuis 10 ans, c’est qu’on veut protéger l’environnement, mais aussi
s’en servir pour développer l’économie »
par Joey Olivier - Journal
L'annonceur - «collaboration spéciale»
Native de la région du Saguenay, elle
arriva dans la région en 1984 et elle occupe le poste de directrice
du CTTEI depuis 2000. En 2001, à son retour de Paris où se tenait le
Salon Pollutec, un salon international sur l’écologie industrielle,
l’idée de faire de l’écologie industrielle le futur axe de
développement régional du Bas-Richelieu était née. Elle est loin
d’être la seule intervenante à
promouvoir
le développement durable comme levier économique, mais sa passion
contagieuse a fait en sorte que les intervenants qui étaient plus
solitaires auparavant se sont mis à marcher dans la même direction.
C’est d’ailleurs pour ces qualités qu’elle a été nommée Femme de
l’année récemment par Femme Club.
Elle croit profondément que la région peut contrôler son économie et
son développement, elle attribue ce titre de femme de l’année à la «
victoire de l’environnement ». Il ne faut pas retourner très loin en
arrière pour constater que plusieurs entreprises de la région
pensaient que le recyclage s’avérait être un acte de bénévolat
plutôt qu’une possibilité d’affaires. C’est un mythe que son équipe
a affronté. Entre deux rendez-vous inscrits à son agenda chargé, le
représentant de L’annonceur s’est entretenu avec la nouvelle femme
de l’année ! À peine assise sur sa chaise, elle avait déjà commencé
à parler de sa passion !
(J0) Premièrement, comment se sent Hélène
Gignac après avoir été nommée Femme de l’année par d’autres
Soreloises ?
(HG) C’est un bel hommage que je prends comme un compliment pour
deux raisons. Premièrement, certaines personnes croient que je suis
née ici alors que je viens du Saguenay et je trouve cela touchant.
Deuxièmement, c’est une reconnaissance de notre travail en
environnement et cela démontre que les gens accordent une valeur à
l’environnement. Ce qui est différent dans la mentalité depuis 10
ans, c’est qu’on veut protéger l’environnement, mais aussi s’en
servir pour développer l’économie.
Le développement durable, est-ce encore un
processus méconnu des entreprises ?
Bien que plusieurs entreprises comprennent très bien les avantages
du développement durable, il y a encore un travail de
sensibilisation à faire. C’est pour cette raison que le CTTEI offre
un service d’accompagnement aux entreprises dans leurs recherches et
que l’on développe, avec le Cégep Sorel-Tracy et son programme de
DEC en environnement, cette compétence chez les étudiants. Il est
encourageant de voir qu’à l’heure actuelle, on reconnaît de plus en
plus la recherche faite au collégial.
Quel a été votre premier défi lors de votre
arrivée à la barre du CTTEI?
Le défi du financement est toujours un défi parce que nous
fonctionnons comme une entreprise privée. Nous sommes subventionnés
à 25 % par le gouvernement et le reste vient projet par projet. Ce
qui fait en sorte que la marge de manœuvre n’est pas élevé. C’est
pour cette raison que la création d’une équipe dynamique a été un de
nos premiers objectifs pour être le plus efficace possible.
On a appris récemment que l’ancienne mairie de
Tracy deviendra le Technocentre en écologie industrielle du
Bas-Richelieu, cela doit être une belle réussite pour votre équipe ?
Dans l’élaboration du plan stratégique du Bas-Richelieu, on avait
identifié dans le processus du développement durable une opportunité
de faire de l’écologie industrielle un axe de développement. Le
Technocentre est la concrétisation de cette vision et ceci démontre
que cet axe devient plus important et assume son rôle.
Qu’est-ce qu’un Technocentre en écologie
industrielle ?
Le Technocentre regroupera des partenaires stratégiques comme le
CTTEI, le Centre de recherche universitaire (CREUST), le Cégep et la
Ville de Sorel-Tracy. On peut dire qu’il s’agit d’une convergence
des connaissances. Il y aura un laboratoire, six bancs d’essai
–servant à l’expérimentation- de 1000 pieds carrés et quelques
bureaux. Avec ces installations, on pourrait, par exemple, offrir
une formation en développement durable ou contribuer à la
préparation d’une guide sur le sujet.
Avec cette volonté commune des intervenants de
la région, commencez-vous à rêver à ce que Sorel-Tracy devienne la
Technopole de l’écologie industrielle ?
(Rire) Oui, nous n’avons pas déposé une demande officielle, mais on
y pense. Une chose est sûre, c’est qu’avec le Technocentre, nous
aurons un carrefour du savoir qui regroupera les institutions
d’enseignements et de recherches industrielles. Mais ce sera la
ville la Technopole et non pas le Technocentre.
Parlant de travail commun, est-ce qu’il était
dans la culture soreloise de travailler dans le même sens?
Je crois que les intervenants de la région ont appris à travailler
dans le même sens. On ne peut pas, selon moi, parler de culture
particulière parce qu’ailleurs aussi les gens ont appris à
travailler collectivement. Ce qui fait la force de Sorel-Tracy,
c’est que les gens ont appris à travailler ensemble et ils ont
découvert les bénéfices de la coopération sur la région. La plus
belle preuve est que lors du Conseil régional de l’Environnement de
la Montérégie, la MRC du Bas-Richelieu a mérité le prix Conscientia
soulignant la qualité du travail de concertation.
Nous n’avons donc pas fini d’entendre parler de l’écologie
industrielle, du Technocentre, de la recherche et des nouvelles
technologies de recyclage. En 2002, la compagnie Recmix, a mis sur
le marché un nouvel abrasif servant au sablage par jet et, le mardi
22 mars dernier, l’usine Fermag, a annoncé la mise en marché d’un
nouveau procédé de transformation des poussières d’aciérages en
pigments industriels de haute performance.
Joey Olivier