Sylvain Simard rend tout un
hommage à Bernard Landry
7 juin 2005 - À
l'assemblée nationale ce matin, le député de Richelieu Sylvain
Simard y est allé de tout un hommage à Bernard Landry, suite à sa
démission. En voici le texte intégral.
Débats de l’Assemblée nationale,
le mardi 7 juin 2005
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Intervention de M. Sylvain Simard, député de Richelieu
suite à la démission de M. Bernard Landry à titre de député de
Verchères
et de chef de l’Opposition officielle
M. le Président, de toutes les tâches que j'ai eu à accomplir dans
cette Assemblée, celle-ci est et de loin la plus difficile. Bernard
Landry, le leader d'un parti qui mène largement dans tous les
sondages par une marge historique, le leader d'une cause, la
souveraineté nationale, à laquelle adhère désormais une majorité de
Québécoises et de Québécois vient de démissionner non pas
pour des raisons de santé, elle est resplendissante, non pas pour
une tache quelconque à sa réputation, sa vie est et demeurera à
jamais irréprochable et exemplaire.
Non, Bernard Landry a démissionné,
parce qu'il ne croyait plus, à la suite du vote de confiance des
délégués de son parti, avoir l'appui nécessaire pour poursuivre la
tâche ambitieuse qui était la sienne, remporter les prochaines
élections et mener son peuple à la libération nationale. J'espère
que l'histoire, avec son recul, nous expliquera un jour comment nous
en sommes arrivés là. Mais, pour l'instant, cela demeure
complètement et profondément incompréhensible et, disons-le,
inacceptable.
Des millions de Québécois et
Québécoises sont encore sous le choc et nous avons raison d'être
sous le choc. Ce matin à Verchères, dans sa belle résidence
ancestrale sur les bords du magnifique Saint-Laurent, il nous
regarde. Il nous entend tenter de lui rendre hommage alors que lui
ne demandait qu'une chose, poursuivre son travail. Il est, M. le
Président, des êtres si magnifiques poussés par des motivations si
nobles dont la grandeur est telle qu'elle devrait d'abord imposer le
silence et le respect. Mais je dirai, ce matin, à la face du monde
la profonde richesse de cette intelligence, la culture profonde de
ce grand intellectuel, le courage indomptable de ce guerrier
amoureux fou de son pays.
Il est, comme René Lévesque avant
lui, de la race des libérateurs de peuple, fauché en plein vol au
moment où il allait atteindre l'idéal de sa vie. Comment ne pas
crier notre désarroi ce matin, nous qui avons été ses compagnons et
ses compagnes de combat durant toutes ces années. Je dirai ce matin
le mien, qui est absolu, je vous dirai ma douleur devant le sort
injuste réservé au meilleur d'entre nous. Devant le tort, peut-être,
ainsi fait à notre cause nationale, je vous dirai la douleur des
citoyens du Bas-Richelieu qu'il avait puissamment accompagnés dans
leur relance économique, je vous dirai la douleur de la Gaspésie et
de toutes les régions qui perdent aujourd'hui leur meilleur appui,
je vous dirai la douleur de tous ces Québécois et Québécoises de
toutes origines et de toutes conditions qu'il aimait tant et à qui
il a consacré chaque minute de sa vie adulte, je vous dirai aussi,
quelle ironie, la douleur de ces dizaines de milliers de militants
et de sympathisants d'un parti qui a été sa famille fondamentale,
une famille qu'il aimait d'un amour fou, déraisonné, au point de lui
sacrifier, le premier ministre l'a rappelé tout à l'heure, chaque
minute de sa vie.
Combien de milliers de discours, de
réunions, de rencontres depuis 40 ans avec ces militants qu'il aime
tant et qui l'ont toujours considéré le meilleur d'entre eux.
Combien de synagogues et de sous-sols d'église, combien de salles
d'école et de salons d'hôtel à construire avec d'autres un parti qui
soit ouvert sur le monde: inclusif, généreux, solidaire et
progressiste. Combien de réunions de notre caucus auxquelles il
était fidèle, qu'il ne manquait jamais et qu'il respectait au-dessus
de tout. Combien de réunions de l'Exécutif national, le seul chef à
n'avoir jamais manqué une réunion de son Exécutif national. Nous,
ses députés, je veux qu'il le sache, nous l'avons aimé et nous
l'aimons plus que jamais. Pour une immense majorité d'entre nous, la
fidélité a été active et constante, et pour nous tous aujourd'hui,
cette admiration, elle est sans limite, notre amitié, palpable et
intense.
Bernard, ton rôle sera maintenant
différent puisqu'un sort injuste en a ainsi voulu. Je veux te le
dire avec sérénité: Sois prêt pour les étapes ultimes du combat qui
est le nôtre. Toi qui as tant contribué à construire l'économie
québécoise, à bâtir ce Québec moderne dont nous sommes si fiers, qui
a imposé ta marque indélébile sur la démocratie québécoise, tu
seras, j'en suis certain, le premier combattant à nous conduire dans
ce pays magnifique vers lequel, selon les vers de Miron, tu n'as
jamais cessé de voyager. À bientôt, M. Landry. Au revoir, Bernard.