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dimanche 16 janvier 2005

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Malgré certains atouts indéniables
L'urbaniste Gérard Beaudet trace un portrait peu flatteur du centre-ville de Sorel-Tracy
par
Hélène Goulet - Journal La Voix - 15 janvier 2005

L'urbaniste Gérard Beaudet, directeur de la faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, y est allé d'un constat assez sévère concernant le paysage urbain du centre-ville de Sorel-Tracy qui, selon lui, a été passablement dégradé, malmené et qui est aujourd'hui, dans l'ensemble, "plutôt moche".

C'est devant une centaine de membres de la Chambre de commerce et d'industrie Sorel-Tracy métropolitain qu'il a fait cette intervention percutante, mercredi, à l'occasion du premier dîner conférence de l'année 2005 organisé par l'organisme.

On s'est fait parler dans la face ! a résumé le président ex-officio de la Chambre, Jean-Pierre Letarte à la fin de l'exercice.

Il ne faut toutefois pas croire que l'assistance était contre les affirmations de M. Beaudet, qui a présenté un exposé clair, dense et très fouillé. M. Beaudet dit d'ailleurs connaître la région depuis une trentaine d'années.

Au contraire, l'assistance a approuvé avec force les propos de l'urbaniste, qui a mis différents éléments disparates en parallèle pour permettre de mieux saisir certaines vérités parfois difficiles à admettre.

Je vais débuter par quelques méchancetés, a-t-il lancé mi-figue, mi raisin, pour décrire la situation actuelle, après avoir pris quelques minutes pour expliquer les tendances modernes en terme de développement commercial.

Tout d'abord, il a déploré la position "excentrique" de Sorel-Tracy ("on aboutit à Sorel-Tracy, on ne traverse pas la ville") et son front fluvial complètement verrouillé. C'est comme si la rivière et le fleuve n'existaient pas, on ne les voit pas du tout, a-t-il noté.

Il ne s'agit pas de faire disparaître l'activité portuaire, a-t-il précisé, mais bien d'harmoniser un certain accès au public. À cet égard, il a salué l'achat, par la Société des parcs et du port, des quais le long de la Richelieu, pour des projets futurs en ce sens.

L'environnement bâti est également, somme toute, relativement modeste. Votre patrimoine n'est pas si riche que les gens le pensent, il est très fragmenté. Le centre-ville a aussi été très malmené. Du patrimoine bâti, a-t-il fait remarquer, il ne reste que quelques bâtiments - église anglicane, poste de police (qui pourrait être démoli, si on tient compte de la suggestion d'un rapport déposé au conseil municipal récemment), marché Richelieu, l'édifice du Cabaret du Saint-Cyrille... Cela demeure très fragile, a-t-il soutenu.

Certaines rénovations, selon lui, se sont par ailleurs avérées "des monstruosités". À titre d'exemple, M. Beaudet a tiré à boulets rouges sur le Manoir Sorel (ancien théâtre Sorel). L'édifice au départ était bien, alors pourquoi y ajouter une "tuque à pompon ! s'est-il exclamé.

Il a aussi pointé du doigt la réfection, dans les années 60, de l'édifice avec arcades abritant aujourd'hui différents commerces, dont les Chaussures La Barre, sur la rue George.

À l'origine, il s'agissait d'une belle maison victorienne dont on ne voit aujourd'hui que le bout du toit - et encore faut-il lever la tête bien haut pour apercevoir ce patrimoine architectural !

Certaines initiatives, bien que sympathiques, témoignent aussi de l'absence de souci dans le détail. M. Beaudet a donné en exemple la patinoire du Carré royal. La patinoire, c'est un très beau projet, mais pourquoi fallait-il installer une vilaine roulotte de chantier grise ?

Autre rénovation suspecte, aux yeux de l'urbaniste, celle de l'ancien théâtre Sorel, reconverti en édifice d'hébergement pour personnes âgées. Un des éléments architecturaux qui agace M. Beaudet, c'est la "tuque à pompon" (colonne au centre) rajoutée à l'édifice.

Même le parc Regard sur le fleuve si tendrement chéri par la population a subi quelques critiques de la part de l'urbaniste, qui estime que le centre-ville ne profite pas vraiment des retombées de son affluence. Il est éloigné du centre-ville, mal identifié, et mal entretenu, a-t-il déploré.

L'image de ville industrielle qui colle à la peau de Sorel-Tracy n'est pas non plus un élément positif aux yeux du reste du Québec, même si les Sorelois doivent vivre une désindustrialisation qu'il a qualifiée "d'inéluctable". Et à l'époque où les grandes entreprises faisaient la pluie et le beau temps, on se foutait de la laideur de l'environnement, croit-il.

Des atouts, malgré tout !
Malgré cette sévère analyse, M. Beaudet croit que Sorel-Tracy peut tout de même compter sur certains atouts.

En premier lieu, un mix commercial et institutionnel prometteur, et ce, même si certains créneaux sont manquants.

On s'est fait parler dans la face ! a résumé le président ex-officio de la Chambre, Jean-Pierre Letarte à la fin de l'exercice.

Il a ajouté à cela l'émergence d'une ambiance et d'une motivation parmi les intervenants et la population. Le paysage est en train d'être refaçonné et ce, grâce à des initiatives rassembleuses tels le Carré royal en musique, l'implantation de petits commerces spécialisés comme les Saveurs du Marché, ou la perspective de projets comme l'Éco-Monde du lac Saint-Pierre. Il faut être fier des petites réalisations et se mobiliser à travers des petites réussites, a-t-il soutenu, précisant que ces réussites aideront à briser de vieux réflexes plus conservateurs.

Il faut dorénavant considérer l'implantation de projets de développement comme des investissements et non comme des dépenses, a-t-il conclu.
 

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