|
Malgré certains atouts indéniables
L'urbaniste Gérard Beaudet trace un portrait
peu flatteur du centre-ville de Sorel-Tracy
par Hélène Goulet
- Journal La Voix - 15 janvier 2005
L'urbaniste Gérard Beaudet, directeur de la faculté de l'aménagement
de l'Université de Montréal, y est allé d'un constat assez sévère
concernant le paysage urbain du centre-ville de Sorel-Tracy qui,
selon lui, a été passablement dégradé, malmené et qui est
aujourd'hui, dans l'ensemble, "plutôt
moche".
C'est devant une centaine de membres de la Chambre de commerce et
d'industrie Sorel-Tracy métropolitain qu'il a fait cette
intervention percutante, mercredi, à l'occasion du premier dîner
conférence de l'année 2005 organisé par l'organisme.
On s'est fait parler dans la face ! a résumé le président ex-officio
de la Chambre, Jean-Pierre Letarte à la fin de l'exercice.
Il ne faut toutefois pas croire que l'assistance était contre les
affirmations de M. Beaudet, qui a présenté un exposé clair, dense et
très fouillé. M. Beaudet dit d'ailleurs connaître la région depuis
une trentaine d'années.
Au contraire, l'assistance a approuvé avec force les propos de
l'urbaniste, qui a mis différents éléments disparates en parallèle
pour permettre de mieux saisir certaines vérités parfois difficiles
à admettre.
Je vais débuter par quelques méchancetés, a-t-il lancé mi-figue, mi
raisin, pour décrire la situation actuelle, après avoir pris
quelques minutes pour expliquer les tendances modernes en terme de
développement commercial.
Tout d'abord, il a déploré la position "excentrique" de Sorel-Tracy
("on aboutit à Sorel-Tracy, on ne traverse pas la ville") et son
front fluvial complètement verrouillé. C'est comme si la rivière et
le fleuve n'existaient pas, on ne les voit pas du tout, a-t-il noté.
Il ne s'agit pas de faire disparaître l'activité portuaire, a-t-il
précisé, mais bien d'harmoniser un certain accès au public. À cet
égard, il a salué l'achat, par la Société des parcs et du port, des
quais le long de la Richelieu, pour des projets futurs en ce sens.
L'environnement bâti est également, somme toute, relativement
modeste. Votre patrimoine n'est pas si riche que les gens le
pensent, il est très fragmenté. Le centre-ville a aussi été très
malmené. Du patrimoine bâti, a-t-il fait remarquer, il ne reste que
quelques bâtiments - église anglicane, poste de police (qui pourrait
être démoli, si on tient compte de la suggestion d'un rapport déposé
au conseil municipal récemment), marché Richelieu, l'édifice du
Cabaret du Saint-Cyrille... Cela demeure très fragile, a-t-il
soutenu.
Certaines
rénovations, selon lui, se sont par ailleurs avérées "des
monstruosités". À titre d'exemple, M. Beaudet a tiré à boulets
rouges sur le Manoir Sorel (ancien théâtre Sorel). L'édifice au
départ était bien, alors pourquoi y ajouter une "tuque à pompon !
s'est-il exclamé.
Il a aussi pointé du doigt la réfection, dans les années 60, de
l'édifice avec arcades abritant aujourd'hui différents commerces,
dont les Chaussures La Barre, sur la rue George.
À l'origine, il s'agissait d'une belle maison victorienne dont on ne
voit aujourd'hui que le bout du toit - et encore faut-il lever la
tête bien haut pour apercevoir ce patrimoine architectural !
Certaines initiatives, bien que sympathiques, témoignent aussi de
l'absence de souci dans le détail. M. Beaudet a donné en exemple la
patinoire du Carré royal. La patinoire, c'est un très beau projet,
mais pourquoi fallait-il installer une vilaine roulotte de chantier
grise ?
 |
|
Autre rénovation suspecte,
aux yeux de l'urbaniste, celle de l'ancien théâtre Sorel,
reconverti en édifice d'hébergement pour personnes âgées. Un des
éléments architecturaux qui agace M. Beaudet, c'est la "tuque à
pompon" (colonne au centre) rajoutée à l'édifice. |
Même le parc Regard sur le fleuve si
tendrement chéri par la population a subi quelques critiques de la
part de l'urbaniste, qui estime que le centre-ville ne profite pas
vraiment des retombées de son affluence. Il est éloigné du
centre-ville, mal identifié, et mal entretenu, a-t-il déploré.
L'image de ville industrielle qui colle à la peau de Sorel-Tracy
n'est pas non plus un élément positif aux yeux du reste du Québec,
même si les Sorelois doivent vivre une désindustrialisation qu'il a
qualifiée "d'inéluctable". Et à l'époque où les grandes entreprises
faisaient la pluie et le beau temps, on se foutait de la laideur de
l'environnement, croit-il.
Des atouts, malgré tout !
Malgré cette sévère analyse, M. Beaudet croit que Sorel-Tracy peut
tout de même compter sur certains atouts.
En premier lieu, un mix commercial et institutionnel prometteur, et
ce, même si certains créneaux sont manquants.
 |
|
On s'est fait parler dans la face ! a résumé le
président ex-officio de la Chambre, Jean-Pierre Letarte à la fin
de l'exercice. |
Il a ajouté à cela l'émergence d'une
ambiance et d'une motivation parmi les intervenants et la
population. Le paysage est en train d'être refaçonné et ce, grâce à
des initiatives rassembleuses tels le Carré royal en musique,
l'implantation de petits commerces spécialisés comme les Saveurs du
Marché, ou la perspective de projets comme l'Éco-Monde du lac
Saint-Pierre. Il faut être fier des petites réalisations et se
mobiliser à travers des petites réussites, a-t-il soutenu, précisant
que ces réussites aideront à briser de vieux réflexes plus
conservateurs.
Il faut dorénavant considérer l'implantation de projets de
développement comme des investissements et non comme des dépenses,
a-t-il conclu.
---------------
|
|
|