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Raconte-moi une histoire…la nôtre!
Marcel Daneau quitte la direction du Musée des religions de Nicolet
Par Joey Olivier - Journal L'annonceur
Âgé de 77 ans, Marcel Daneau assure la direction du Musée des
religions depuis trois ans et il quittera son poste à la fin du mois
de mars prochain. Il a enseigné l’économie à l’Université Laval
durant 35 ans, il a été sous-ministre de l’industrie et du commerce
de 1977 à 1980 sous le gouvernement de René Lévesque et il a
également été vice-recteur exécutif à l’Université Laval. Natif
de Pierrevile, il a résidé à Québec durant près de 40 ans pour ensuite
s’installer à Nicolet, en 1997. Il avait accepté de diriger le Musée
des religions pour « dépanner », mais il a eu la surprise de
découvrir durant son mandat les univers religieux sous un autre
jour.
Marcel Daneau est un homme ouvert, moderne et vif d’esprit. Avant de
le voir quitter définitivement, il a accordé au représentant de
L’annonceur une entrevue afin de faire le point sur son départ du
musée, mais aussi sur l’évolution de la société québécoise depuis 40
ans.
(JO) Pourquoi sentez-vous que le temps soit venu de quitter la
direction du musée?
(MD) Rires… Je devais occuper ce poste par intérim, mais cet intérim
aura duré trois ans. De plus, je suis déjà à la retraite de
l’enseignement de l’économie et il est temps de laisser la place à
un plus jeune qui connaîtra encore mieux la muséologie.
Étant plus familier avec l’univers économique que religieux,
qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ce mandat à la direction
du musée?
C’est les connaissances du monde religieux que j’ai acquises.
J’étais familier avec le christianisme, mais dans un musée comme
celui-ci, il faut rencontrer des gens du milieu et se familiariser
avec cinq religions, soit le christianisme, le judaïsme,
l’Hindouisme, le bouddhisme et l’islam. Ce fut alors une rencontre
culturelle incroyable pour moi.
En plus d’avoir approfondi vos connaissances sur l’univers
religieux, vous avez connu les transformations de la société
québécoise. À la lumière de vos connaissances, quel constat
pouvez-vous faire?
Il est intéressant de voir la rapidité à laquelle la
déchristianisation s’est faite rapidement dans notre société. C’est
une révolution qui n’a pas été tranquille du tout, car les valeurs
traditionnelles, religieuses, familiales et politiques ont
complètement changé. Il y a peu de sociétés qui ont changé aussi
rapidement! Je me souviens qu’auparavant, on était envahi par la
religion avec les messes, les fêtes catholiques et les autres rites.
Après Vatican deux, c’est-à-dire en 1965-1966, tout à changer. Nos
enfants n’ont pas connu ces transformations tellement ils ont été
rapides.
Parlant de transformations, que reste-t-il de l’Église catholique
au Québec?
Au niveau patrimonial, il est clair qu’elle fait partie de notre
culture et de notre histoire. Rien n’est plus impressionnant
lorsqu’on visite un village de voir les églises. Il y a une église
dans chaque village et ces bâtiments sont magnifiques, et relève une
richesse historique unique. À mon avis, ce patrimoine devrait être
conservé. Jusqu’où, comment et qui payera pour cela? C’est un autre
débat! Quant à l’église d’aujourd’hui, on voit que le recrutement
des prêtres catholiques est très difficile.
Est-ce seulement au Québec que la chute de la religion dominante
a été si drastique?
La France a également connu cette transformation sensiblement de la
même façon que nous. Quant aux États-Unis, vus de l’extérieur, les
croyants semblent plus pratiquants. Par ailleurs, Goerges Bush
utilise Dieu, à tord ou à raison, dans plusieurs de ces discours. Il
est très messianique dans sa façon de gouverner. Est-ce que les
Américains croient profondément ou superficiellement? Il est
difficile de répondre à cette question. Quant au Japon et à la
Chine, certaines religions demeurent encore présentes malgré les
régimes politiques. La mondialisation des esprits a également un
effet sur les cultures. Je suis allé à plusieurs occasions en
Afrique et je voyais souvent des émissions comme Dallas à la
télévision. Je me demandais alors qu’est-ce qu’une émission aussi
déformante des États-Unis pouvait avoir comme impact sur les
Africains. Quelles aspirations pourraient-ils développer si la seule
vision des États-Unis est cette émission?
Déplorez-vous le fait que certains dirigeants politiques
utilisent les extrémistes religieux pour justifier des guerres et
manipuler des peuples?
C’est facile de récupérer des cas extrêmes à son compte. C’est
malheureux, mais c’est comme ça. Il y a plusieurs préjugés face aux
autres religions.
Est-ce le cas de l’Islam?
Oui, on connaît mal cette religion. Il y a cependant des extrémistes
qui font des choses inacceptables et qui modifient la perception des
autres sur leur religion. Par ailleurs, ce n’est pas seulement
l’Islam, car il y a plusieurs intégristes catholiques américains qui
ont été et sont dangereux lorsqu’il véhicule des idées.
Êtes-vous de ceux qui croient que les jeunes d’aujourd’hui sont plus
désavantagés par l’absence d’une pratique religieuse et que les
jeunes sont pires que dans le passée?
Non, je ne suis pas fataliste. Les jeunes feront comme nous et ils
s’en sortiront. Il va y avoir de nouvelles valeurs qui vont se
mettre en place.
Combien de personnes par année visitent le Musée des religions de
Nicolet?
Entre 6000 et 7000 personnes. Je suis déçu un peu de l’achalandage.
Les écoles se déplacent de moins en moins dans les musées. Je pense
que l’une des raisons expliquant cette situation est le manque de
curiosité face aux religions dans notre société.
Selon vous, est-il possible de susciter davantage l’intérêt du
public?
S’il y avait un retour de l’enseignement des religions dans les
écoles, le musée pourrait devenir un outil majeur au Québec. Nicolet
pourrait alors devenir une porte intéressante pour en apprendre plus
sur les religions.
Vous avez bien dit enseignement des religions, vous ne fait alors
pas allusion au cours de catéchisme qu’on a connue dans le passée?
Non, dans les petites villes, il y a peu ou pas de diversité
religieuse comparativement aux grandes villes.
En terminant, vous avez personnellement vécu cette transition
religieuse et sociale rapide depuis 40 ans au Québec. Avez-vous eu
de la difficulté à vous adapter?
Non, je n’ai pas trouvé que la transition a été difficile. Bien
qu’elle fût rapide, la transition religieuse et culturelle au Québec
s’est faite graduellement. Je ne suis pas malheureux pour cela et je
demeure positif lorsque je pense à l’avenir.
Le Musée des religions de Nicolet est un musée d'histoire,
d'ethnographie et d'art religieux qui présente des expositions
temporaires axées sur les grandes traditions religieuses mettant en
évidence le caractère communautaire et populaire de l'expérience
religieuse. Il y a trois salles d’expositions comptant entre 10 000
et 11 000 objets de culte et près de 110 000 images d’autrefois sont
présentés sous différentes thématiques. Pour obtenir de
l’information, les gens peuvent composer le (819) 293-6148 ou
visiter le
http://museedesreligions.qc.ca/
Joey Olivier
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