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lundi 14 février 2005

Raconte-moi une histoire…la nôtre!
Marcel Daneau quitte la direction du Musée des religions de Nicolet

Par Joey Olivier - Journal L'annonceur


Âgé de 77 ans, Marcel Daneau assure la direction du Musée des religions depuis trois ans et il quittera son poste à la fin du mois de mars prochain. Il a enseigné l’économie à l’Université Laval durant 35 ans, il a été sous-ministre de l’industrie et du commerce de 1977 à 1980 sous le gouvernement de René Lévesque et il a également été vice-recteur exécutif à l’Université Laval. Natif de Pierrevile, il a résidé à Québec durant près de 40 ans pour ensuite s’installer à Nicolet, en 1997. Il avait accepté de diriger le Musée des religions pour « dépanner », mais il a eu la surprise de découvrir durant son mandat les univers religieux sous un autre jour.

Marcel Daneau est un homme ouvert, moderne et vif d’esprit. Avant de le voir quitter définitivement, il a accordé au représentant de L’annonceur une entrevue afin de faire le point sur son départ du musée, mais aussi sur l’évolution de la société québécoise depuis 40 ans.

(JO) Pourquoi sentez-vous que le temps soit venu de quitter la direction du musée?
(MD) Rires… Je devais occuper ce poste par intérim, mais cet intérim aura duré trois ans. De plus, je suis déjà à la retraite de l’enseignement de l’économie et il est temps de laisser la place à un plus jeune qui connaîtra encore mieux la muséologie.

Étant plus familier avec l’univers économique que religieux, qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ce mandat à la direction du musée?
C’est les connaissances du monde religieux que j’ai acquises. J’étais familier avec le christianisme, mais dans un musée comme celui-ci, il faut rencontrer des gens du milieu et se familiariser avec cinq religions, soit le christianisme, le judaïsme, l’Hindouisme, le bouddhisme et l’islam. Ce fut alors une rencontre culturelle incroyable pour moi.

En plus d’avoir approfondi vos connaissances sur l’univers religieux, vous avez connu les transformations de la société québécoise. À la lumière de vos connaissances, quel constat pouvez-vous faire?
Il est intéressant de voir la rapidité à laquelle la déchristianisation s’est faite rapidement dans notre société. C’est une révolution qui n’a pas été tranquille du tout, car les valeurs traditionnelles, religieuses, familiales et politiques ont complètement changé. Il y a peu de sociétés qui ont changé aussi rapidement! Je me souviens qu’auparavant, on était envahi par la religion avec les messes, les fêtes catholiques et les autres rites. Après Vatican deux, c’est-à-dire en 1965-1966, tout à changer. Nos enfants n’ont pas connu ces transformations tellement ils ont été rapides.

Parlant de transformations, que reste-t-il de l’Église catholique au Québec?
Au niveau patrimonial, il est clair qu’elle fait partie de notre culture et de notre histoire. Rien n’est plus impressionnant lorsqu’on visite un village de voir les églises. Il y a une église dans chaque village et ces bâtiments sont magnifiques, et relève une richesse historique unique. À mon avis, ce patrimoine devrait être conservé. Jusqu’où, comment et qui payera pour cela? C’est un autre débat! Quant à l’église d’aujourd’hui, on voit que le recrutement des prêtres catholiques est très difficile.

Est-ce seulement au Québec que la chute de la religion dominante a été si drastique?
La France a également connu cette transformation sensiblement de la même façon que nous. Quant aux États-Unis, vus de l’extérieur, les croyants semblent plus pratiquants. Par ailleurs, Goerges Bush utilise Dieu, à tord ou à raison, dans plusieurs de ces discours. Il est très messianique dans sa façon de gouverner. Est-ce que les Américains croient profondément ou superficiellement? Il est difficile de répondre à cette question. Quant au Japon et à la Chine, certaines religions demeurent encore présentes malgré les régimes politiques. La mondialisation des esprits a également un effet sur les cultures. Je suis allé à plusieurs occasions en Afrique et je voyais souvent des émissions comme Dallas à la télévision. Je me demandais alors qu’est-ce qu’une émission aussi déformante des États-Unis pouvait avoir comme impact sur les Africains. Quelles aspirations pourraient-ils développer si la seule vision des États-Unis est cette émission?

Déplorez-vous le fait que certains dirigeants politiques utilisent les extrémistes religieux pour justifier des guerres et manipuler des peuples?
C’est facile de récupérer des cas extrêmes à son compte. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Il y a plusieurs préjugés face aux autres religions.

Est-ce le cas de l’Islam?
Oui, on connaît mal cette religion. Il y a cependant des extrémistes qui font des choses inacceptables et qui modifient la perception des autres sur leur religion. Par ailleurs, ce n’est pas seulement l’Islam, car il y a plusieurs intégristes catholiques américains qui ont été et sont dangereux lorsqu’il véhicule des idées.

Êtes-vous de ceux qui croient que les jeunes d’aujourd’hui sont plus désavantagés par l’absence d’une pratique religieuse et que les jeunes sont pires que dans le passée?
Non, je ne suis pas fataliste. Les jeunes feront comme nous et ils s’en sortiront. Il va y avoir de nouvelles valeurs qui vont se mettre en place.

Combien de personnes par année visitent le Musée des religions de Nicolet?
Entre 6000 et 7000 personnes. Je suis déçu un peu de l’achalandage. Les écoles se déplacent de moins en moins dans les musées. Je pense que l’une des raisons expliquant cette situation est le manque de curiosité face aux religions dans notre société.

Selon vous, est-il possible de susciter davantage l’intérêt du public?
S’il y avait un retour de l’enseignement des religions dans les écoles, le musée pourrait devenir un outil majeur au Québec. Nicolet pourrait alors devenir une porte intéressante pour en apprendre plus sur les religions.

Vous avez bien dit enseignement des religions, vous ne fait alors pas allusion au cours de catéchisme qu’on a connue dans le passée?
Non, dans les petites villes, il y a peu ou pas de diversité religieuse comparativement aux grandes villes.

En terminant, vous avez personnellement vécu cette transition religieuse et sociale rapide depuis 40 ans au Québec. Avez-vous eu de la difficulté à vous adapter?
Non, je n’ai pas trouvé que la transition a été difficile. Bien qu’elle fût rapide, la transition religieuse et culturelle au Québec s’est faite graduellement. Je ne suis pas malheureux pour cela et je demeure positif lorsque je pense à l’avenir.

Le Musée des religions de Nicolet est un musée d'histoire, d'ethnographie et d'art religieux qui présente des expositions temporaires axées sur les grandes traditions religieuses mettant en évidence le caractère communautaire et populaire de l'expérience religieuse. Il y a trois salles d’expositions comptant entre 10 000 et 11 000 objets de culte et près de 110 000 images d’autrefois sont présentés sous différentes thématiques. Pour obtenir de l’information, les gens peuvent composer le (819) 293-6148 ou visiter le http://museedesreligions.qc.ca/
 

Joey Olivier

 

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