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Mise à Jour : 
dimanche 24 avril 2005

Éric et Marc se marieront en août prochain
Ensemble pour le meilleur et pour le pire…
par Joey Olivier - Journal L'annonceur - «collaboration spéciale»

C’est le 13 août prochain, à Saint-François-du-lac, que le maire Jacques Gills célébrera le premier mariage civil entre deux personnes de même sexe, soit Marc Gagnon et Éric Deschenaux, qui se fréquentent depuis près de cinq ans. Ils désirent ainsi concrétiser leur union et, par le fait même, bénéficier des avantages prévus par la loi sur le mariage civil.

Cette démarche se veut également une occasion de démystifier l’homosexualité, mais aussi une assurance pour les deux hommes de leur protection civile : « C’est symbolique pour nous deux. À long terme, nous souhaitons nous assurer du confort de l’autre, en cas de décès, par exemple. La transmission de l’héritage et le processus de succession seront les mêmes qu’un couple hétérosexuel, » a déclaré Éric au représentant de L’annonceur.

Une loi anti-discrimination
Rappelons que la Charte canadienne des Droits et libertés prévoit dans la loi que le mariage civil s’applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination. Le Parlement du Canada s’est engagé à appuyer la Charte et la Constitution. Selon le gouvernement, les conjoints de même sexe doivent avoir un droit égal d’accès au mariage, faute de quoi ils seraient victimes de discrimination. Le gouvernement ne peut pas et ne doit pas choisir les droits qu’il faut défendre et ceux qui peuvent être mis de côté. Quant à Jacques Gills, il célébrera ce mariage de la même façon dont il célébré les mariages entre un homme et une femme : « Comme n’importe quel mariage, je vais prononcer quelques mots avant d’officialiser le mariage. C’est aussi l’occasion de dire que l’amour n’a pas de sexe ».

Pour démystifier l’homosexualité
Au-delà des avantages sociaux, Éric et Marc souhaitent également faire tomber des préjugés, voire démystifier l’homosexualité : « La société a beaucoup évolué et il y a plusieurs ressources pour nous. Il y a encore de l’homophobie, mais il y a aussi plus de recours en cas de harcèlement. Pour notre cérémonie, on a invité 220 personnes, mais on laisse le choix aux membres de notre famille de venir ou pas. On ne les force pas et si certains préfèrent ne pas venir, nous ne serons pas offusqués du tout. On ne veut pas changer le monde, on espère seulement poser un geste concret pour faire tomber certains préjugés », a expliqué Éric Descheneaux.

Soulignons par ailleurs qu’Éric est natif du Bas-St-François et il a fait son « coming out » à l’âge de 30 ans. À cette époque, ce fut un choc pour plusieurs puisqu’Éric a été très impliqué et reconnu dans la communauté : « Plusieurs membres de ma famille faisaient des « jokes » avant que je leur annonce. Ensuite, je crois qu’ils ont pris conscience qu’il s’agissait d’une personne près d’eux qui était gaie », a fait savoir Éric. Quant à Marc, il a annoncé à ses parents son orientation sexuelle à l’âge de 21 ans, après qu’il ait déménagé à Montréal : « Je dois vous avouer que ce ne fut pas une grande surprise pour ma mère. Bien souvent, les gens très près de nous le savent bien… ».

Un mariage à leur image…
Du côté de la soirée suivant la cérémonie, elle sera à l’image du couple, c’est-à-dire masculine et simple : « On veut faire un cocktail de bienvenue, suivie d’un bon repas. Il n’y aura pas de table désignée pour que les gens apprennent à se connaître entre eux. On ne veut pas de table d’honneur ou le rite de la cuillère qui frappe sur la table. On ne veut pas choquer ou créer un inconfort. On n’impose rien! Ce sera un mariage propre à nous, selon notre image, masculin et sobre à la fois. » ont-ils expliqués.

La prochaine étape : l’adoption
Marc vient tout juste de se trouver un nouvel emploi dans la région de Montréal et Éric est sur le point de retourner dans son secteur professionnel. C’est que le couple revient tout juste d’un long séjour à Key West, en Floride. Outre se marier et poursuivre leur carrière respective, ils souhaitent un jour adopter un enfant, mais ils soutiennent qu’il est très difficile, voire impossible, d’adopter un enfant pour eux au Québec : « Lorsque j’ai fait des démarches, la femme au gouvernement m’as dit de ne pas perdre mon temps, ce qui signifiait que nous n’avions aucune chance de pouvoir adopter ici! En Ontario, il recherche des couples gais pour adopter, car c’est plus facile d’accès.

Au Québec, on peut avoir le statut de famille d’accueil, mais ce statut implique qu’on pourrait nous enlever notre enfant à tout moment. Je ne serais pas capable de vivre cela! » a exprimé Marc. Quant au débat sur la capacité parentale des couples de même sexe, les deux hommes ont fait référence aux études démontrant que les personnes de même sexe peuvent offrir l’encadrement social et affectif des enfants convenablement.

Sur le site Internet de l’organisme Gai Écoute, on peut retrouver les extraits d’un mémoire déposé à la Chambre des communes, révisé en 2003, stipulant que « La capacité parentale des couples de même sexe est reconnue. Il est démontré que les enfants éduqués par des couples de même sexe se développent de manière comparable aux enfants éduqués par des couples de sexe différent. Après des années de compilation, l’American Pediatric Association arrive à la conclusion que les enfants élevés par des couples de même sexe ont un développement comparable à celui des couples de sexe différent. De même, les travaux de madame Danielle Julien, professeure à l’Université du Québec à Montréal, confirment que l’orientation sexuelle des parents n’a pas d’incidence sur le développement des enfants ».

Joey Olivier

 

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