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Funérailles
de Georges Codling
Un dernier adieu au Maître
par Jean Doyon
26
juin 2004 - Des funérailles grandioses pour un dernier salut au Maître,
Georges Codling, décédé dans la nuit de samedi dernier à l'âge
de 89 ans. Une église
St-Pierre bondée, beaucoup
de musiciens, plusieurs personnalités, tous ces gens venus rendent
un dernier hommage à ce pionnier de la musique, qui a forgé une
ligne de conduite importante dans le Bas-Richelieu.
De nombreux témoignages de la part de plusieurs membres de
sa famille et surtout beaucoup de musique, de la grande musique
durant toute cette procession qui s'est déroulé mercredi dernier
à l'église St-Pierre. Si
bien, que l'on ne sentait pas de tristesse ni de grandes douleurs,
mais plutôt la célébration d'une légende, d'une vie toute en
musique, bien soulignée par l'Harmonie Calixa-Lavallée, installée
dans le jubé, près du célèbre et gigantesque
« orgue à tuyau » de l'église St-Pierre, dont monsieur
Codling a fait vibrer pendant de nombreuses années.
Deux
artistes furent invités pour l'occasion, le ténor Marc Hervieux et
l'organiste Régis Rousseau, qui a terminé la cérémonie avec une
interprétation intense de la pièce « Toccata & Fugue » de
J.S.Bach, qui était la pièce que jouait Georges Codling lors de
grandes occasions.
Cette oeuvre grandiose, et en même temps dramatique, était
parfaitement choisie.
Nous avons recueilli plusieurs commentaires de
gens qui l'ont entouré durant de nombreuses années :
Le
clarinettiste, Gilles Valois, qui, un peu plus tard, avait
prit le rôle d'animateur des concerts de l'Harmonie, serait selon
toute vraisemblance celui qui a côtoyé Georges Codling le plus
longtemps. «
Il fut mon directeur musical pendant 57 ans, en fait je suis avec
lui depuis que j'ai 9 ans. »
Le
percussionniste, Jean-Marie Boilly, a fait ses débuts avec
l'Harmonie Ste-Cécille, qui était l'Harmonie de l'École Sacré-Coeur,
il y a 52 ans. L'Harmonie
Ste-Cécille fut fondée par monsieur Codling, et Jean-Marie Boilly
se souvient qu'il arrivait parfois que le Maestro demande à un
musicien de changer d'instrument.
« Il m'avait fait changer du cor français,
à la trompette, puis aux percussions.
Je pense que sa grande satisfaction était de voir des jeunes
comme nous à l'époque, monter quelque chose en équipe et de réussir.
Ce qu'il voulait surtout, c'était d'amener les jeunes à
s'intéresser à la musique. Nous
avons participé au concours des harmonies durant vingt-cinq ans et
nous avons le record de l'avoir gagné pendant 17 années d'affilée.
On l'a perdu deux fois, et ce fut par des dixièmes de
points. Monsieur
Codling nous a inculqué la musique. »
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| Jean
« Pépé » Grimard et Pierre Millette |
Le
saxophoniste bien connu, Jean « Pépé » Grimard racontait
« J'avais 17 ans, et je lui demandais quand
viendrait mon tour de faire partie de l'harmonie et il me disait en
me regardant que j'étais trop petit. Ça va prendre encore deux ans
avant d'en faire partie, racontait Grimard en se remémorant ce
souvenir. C'était un
chic type, toujours gentil, jamais de méchants mots pour personne.
Je ne l'ai jamais vue choqué.
Il avait une patience d'ange, et il était très travaillant.
On vient de perdre quelqu'un de grand et l'Harmonie c'est
encore aujourd'hui une grande famille »
Jean Grimard, aujourd'hui à la retraite, fêtait d'ailleurs
le 24 juin dernier, ses 70 ans.
Le
pianiste bien connu, Pierre Millette était présent à la cérémonie,
et il racontait que lorsqu'il faisait partie de l'Harmonie -- il était
alors trompettiste --, Codling ne pointait jamais quelqu'un en lui
disant qu'il était faux, ou qu'il avait manqué son coup.
« Il disait plutôt - faites attention
dans le coin des clarinettes ou des trompettes là, ça ne marche
pas, ça sonne faux dans ce coin-là! -- il savait très bien qui c'était,
mais ne le pointait jamais personnellement devant les autres.
Ce qui m'impressionnait le plus de Georges Codling était ses
arrangements. Il allait
toujours chercher quelque chose d'étonnant et qui allait dans le même
sens de la pièce que nous avions à jouer »
Il faut savoir que par la suite, Pierre Millette fut reconnu
aussi, pour ses talents d'arrangeur.
Toujours au Casino de
Montréal, Millette, qui demeure maintenant à Varennes, est également
le chef pour une revue musicale qui s'appelle « Sous les ponts de Paris
», ou l'on dénombre quatre chanteurs et cinq musiciens et qui sont
présentement en tournée au Québec et même sur un bateau de croisière à
Miami.
Le
tubiste ( joueur de tuba ) Denis Champagne, a relevé
plusieurs anecdotes, mais il a, dès le départ, mentionné que «
J'ai commencé dans l'Harmonie en 1970.
Un peu plus tard, je l'ai quitté pendant cinq ans, mais je
suis revenu par la suite pour en faire encore partie.
Si il y a une chose dont je suis sûr, c'est qu'avec
l'Harmonie c'est " Tatoué un jour, tatoué toujours".
Pour ma part, l'héritage de monsieur Codling est simple,
" bien beau faire beaucoup de notes, mais on va apprendre à
donner de l'émotion aux notes".
À un concours d'Harmonies, lorsqu'il sentait la soupe chaude
un peu, et qu'un autre groupe lui soufflait dans le cou, il montait
sur la balustrade et frappait un peu plus fort sur son plancher.
Ça, c'était le signal qu'il demandait de jouer la pièce un
peu plus vite, et si jamais il levait le poing en d ébut
de pièce, c'était qu'il exigeait presque la perfection, racontait
Denis Champagne. À un
certain moment donné, on ne pouvait plus compétitionner avec des
musiciens professionnels qui pratiquaient 4 heures par jour, puisque
nous étions amateur et nous avions un emploi ailleurs, mais on
arrivait à battre les autres parce qu'il nous avait appris ce que
c'était une phrase musicale, mettre du sentiment dans notre
musique. Il avait de
l'admiration pour les gens, notre façon de vivre à l'extérieur de
l'harmonie le fascinait. Dans
mes meilleurs souvenirs, je me souviens d'une parade en bateau avec
de la musique de Noël, en plein mois d'août, dans les îles de
Sorel. Ce fut un
plaisir de jouer sous sa direction.
Il a tout simplement marqué nos vies »
L'actuelle
directrice musicale de l'Harmonie Calixa-Lavallée, la flûtiste Josée
Laforest et petite fille de Georges Codling, a bien voulu nous
accorder une petite entrevue. Visiblement encore ébranlée par les derniers événements
elle nous avouait : « Avec mon grand-père,
je communiquais en silence. Je
n'ai pas de mots pour décrire le genre de communication que nous
avions ensemble. C'était très intense. C'est
quand j'entends sa musique que je l'entends
parler. Son compositeur
favori était J.S.Bach et lorsque l'on jouait du Bach avec lui, c'était
une prière. Cette
inspiration qu'il donnait aux musiciens, ne se répétera plus
jamais. Lorsqu'il
mettait le pédalier au fond, lors des messes du dimanche à
St-Pierre, c'était des moments très très intenses pour moi, c'était
tellement fort comme message. J'aurais
aimé enregistrer des improvisations extraordinaires qu'il faisait
ces jours-là, pour les réécouter aujourd'hui.
Lorsque j'ai pris la relève pour diriger l'Harmonie, c'était
de très gros souliers à chausser, mais j'avais choisi d'interpréter
sa mélodie préférée, Irish Tune et nous avions gagné cette année-là,
et je l'avais choisi pour lui.
Il y avait beaucoup d'émotions »
«
Il se sentait de plus en plus fragile ces dernières années, et
disait tout le temps, -- C'est mon dernier Noël, mon dernier Pâques
-- et cette année, on a eu le plus beau Noël.
Il était en forme, il a joué du piano durant trois heures
de temps, il a passé le répertoire de Noël au complet.
Il était aussi en amour depuis trois ans, avec une amie
d'enfance, une dame qui chantait dans la chorale, Margo Mandeville,
et il avait avec elle, des yeux d'adolescents.
L'homme est parti mais son héritage est encore là ! »
concluait une Josée Laforest ébranlée, mais heureuse de nous
faire partager ses souvenirs avec nous.Jean
Doyon

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