La source d'information de Sorel-Tracy, et de la grande région du Bas-Richelieu

Mise à Jour : 
samedi 11 décembre 2004

Accueil  Actualités  Arts & Spectacles  Sports Littérature  Nécrologie  Nous Joindre  Divers

Entrevue avec Françoise Veillette, la responsable du comité d’accompagnement aux mourants à la Résidence Sorel-Tracy
Pour qu’ils puissent quitter ce monde en paix…
Par Joey Olivier - Journal L'Annonceur 

En 1967, Françoise Veillette rencontre une femme en phase terminale d’un cancer alors qu’elle est elle-même hospitalisée. C’est à ce moment que pour la première fois, elle assiste une personne vers la mort. À l’époque, elle avait téléphoné au frère de cette femme. Il était revenu d’Afrique pour venir visiter sa sœur à Sorel et rétablir le lien brisé. Résultat? La femme réussit à reparler à son frère et elle quitta ce monde en paix. C’est l’essentiel du bien que fait cette bénévole qui, depuis 15 ans, assiste les personnes mourantes avec plusieurs autres bénévoles. À l’heure actuelle, Françoise est responsable du comité d’accompagnement aux mourants –comité qu’elle a fondé en 1998- à la Résidence Sorel-Tracy. Le représentant de L’annonceur a rencontré cette bénévole afin de mieux comprendre les motivations de ces gens qui offrent gratuitement de leur temps…et de leur humanité! 

(JO) Comment avez-vous été amené à aider d’autres personnes, en particulier des personnes mourantes?

(F.V) Lorsque mon père est décédé, j’ai eu de la difficulté à l’accepter et j’ai cherché des ressources pour finalement comprendre que la mort n’était pas une fin en soi. Après mon deuil, j’ai toujours été très sensible aux autres. Je trouve tellement important que les gens ne meurent pas seuls et qu’ils meurent dans la dignité et en paix avec leur famille. J’ai déjà vu des mourants partir sans avoir réglé des choses avec la parenté et…C’est dommage! 

Quel est votre rôle lorsqu’une personne en phase terminale arrive ici avec la famille?

On va rencontrer les familles afin de discuter avec eux. Mais il y a peu à dire lorsqu’un proche est sur le point de mourir, mais on peut les écouter. Souvent, les proches peuvent crier, pleurer et être en colère, ce qui est très normal. Notre rôle est de les suivre dans leur défoulement et de les écouter. Lorsque la famille part de la résidence, on accompagne la personne en l’écoutant, en lui offrant de petits cadeaux et en étant le plus disponible possible pour elle. Par exemple, nous avons distribué des petits bouquets de fleurs dernièrement et les yeux pétillaient à notre arrivée ! 

Mais est-ce que votre attitude change face à la personne malade?

Non, notre approche est d’être naturel avec eux. Lorsque j’accompagne quelqu’un, je me demande qu’est-ce que j’aimerais si j’étais à leur place. C’est certain que par moment, c’est très « poignant » et difficile, mais il faut demeurer naturel pour bien assister une personne vers la mort. Tout ce qui compte, c’est le mourant! On doit s’oublier complètement et penser à l’autre. 

Avez-vous déjà assisté des jeunes?

Oui, un jeune de 12 ans et un de 17 ans. 

Est-ce plus difficile?

C’est certain, mais les jeunes sont plus ouverts à te dire comment ils se sentent. Ils n’ont pas de préjugés. Au moment où j’ai assisté ces deux jeunes, je trouvais cela injuste au début, mais les jeunes me répondaient sans s’en rendre compte. Par exemple, un des jeunes m’a confié qu’il partait pour quelque chose de plus beau et que ce n’était pas une punition de mourir. De plus, il ne regrettait rien, même qu’il était fier parce qu’il avait longuement discuté avec son père et il lui a fait comprendre qu’il pouvait faire autre chose de sa vie. Pour lui, c’était un cadeau d’avoir laissé cela à son père. Il avait 17 ans ce jeune homme… 

Après 15 ans d’accompagnement, que trouvez-vous encore difficile à supporter?

De voir des personnes âgées partir seules ! J’ai assisté une dame récemment qui est décédée et un des membres importants de sa famille ne s’est jamais présenté. C’est tellement important d’assister un proche lorsqu’il est mourant! On a besoin d’une présence lorsqu’on est sur le point de mourir. C’est pour cette raison que nous devons être là et nous assurer que la personne parte en paix. 

Vous qui êtes dévouée pour les malades, êtes-vous révoltée face aux mauvais traitements dans certains centres d’hébergement rapportés dans les médias?

C’est révoltant de voir que certains intervenants font mal leur travail, mais ce n’est pas partout pareil soyez-en sûr! Selon moi, les médias ne présentent pas ce qu’il y a de beau et de bon dans le système. C’est dommage, car il y a une multitude de belles choses qui se fait ici. 

Est-ce qu’il y a des expériences d’accompagnement qui vous marque plus que les autres?

Hum.. À chaque fois, je sors grandi de ces expériences et c’est pour cette raison que j’ai toujours envie de continuer. La plus grande satisfaction, c’est de voir une personne partir en paix avec elle-même! Après, j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien. Même qu’à l’occasion, même après une nuit sans dormir avec un mourant, j’arrive chez moi et je ne me couche pas, car je me sens reposée et ressourcée! 

Les bénévoles ont-ils une formation?

Oui, une formation de deux jours durant laquelle on discute du don de soi, du partage et de la spiritualité sans barrière religieuse. Il faut, après cette formation, que les bénévoles puissent se sentir bien avec eux-mêmes. Évidemment, ils doivent apprivoiser la mort et être à l’aise avec cela. On rencontre également les médecins pour mieux comprendre l’utilisation des médicaments chez les personnes mourantes. D’autre part, on enseigne les règles à respecter dans les murs de la résidence. Par exemple, il va de soi qu’à titre de bénévole, on doit assurer la confidentialité de nos rapports avec les personnes. 

Qu’est-ce qui fait le plus de bien aux personnes que vous accompagnez?

Être écouté, je crois. Ils sont à un stade où ils font des rétrospections, ils repensent souvent à ce qu’ils ont fait. Je leur demande également s’ils ont envie de se faire toucher. J’ai suivi un cours de toucher thérapeutique et c’est évident que les personnes mourantes ont besoin d’être touchées et sécurisées. 

En terminant, étant régulièrement en contact avec la mort, comment voyez-vous la vie?

La vie est une confiance! Si tu fais confiance à la vie, tout va bien aller, c’est certain! 

À l’heure actuelle, il y a sept bénévoles qui assistent le personnel infirmier aux soins palliatifs à la résidence. Cependant, Françoise Veillette ne cache pas qu’il faudrait une vingtaine de bénévoles pour répondre aux besoins. Les gens intéressés à donner de leur temps peuvent appeler Mme Veillette au 742-9427.

Collaboration


Journal L'Annonceur

Copyright © 2000-2004 SorelTracy Magazine - Tous droits réservés.