Isabelle : « J’ai 23 ans et je suis mécanicienne
industrielle… »
Jeune femme cherche travail pas comme les autres…
par Joey Olivier - Journal
L'annonceur - «collaboration spéciale»
Alors que les formations les plus courues par les
jeunes femmes demeurent les programmes de bureautique, coiffure et
les soins de santé, ils choisissent un métier non traditionnel.
C’est ainsi, armées d’une passion, que les jeunes femmes décident de
devenir machinistes, électriciennes, opératrices ou pratiquer
plusieurs autres métiers réservés aux hommes. Derrières les affiches
promotionnelles, l’Orientech – anciennement la Corporation des
femmes et métiers non traditionnels — aide ces femmes à être à la
même hauteur que leurs collègues, c’est-à-dire égales.
« Je suis venue à l’Orientech, explique
Isabelle St-Pierre, alors que je désirais retourner à l’école et j’ai passé
des tests d’aptitudes. Les résultats ont alors révélés, à 95 %, que
j’étais destinée à des métiers manuels. Je n’aimais pas la routine,
je ne voulais pas être secrétaire ou comptable, j’ai alors choisi
d’être une mécanicienne industrielle ». C’est la réalité d’Isabelle,
23 ans, qui a terminé sa formation de 1800 heures au Centre
Bernard-Gariépy, à Sorel-Tracy, au mois de mai dernier. Au moment de
l’entrevue -début juin —, elle venait tout juste d’apprendre qu’une
usine de Boucherville l’embauchait. Si elle franchit ses trois mois
de « mise à l’essai », elle pourra réaliser son rêve, soit celui de
« faire ce que je fais présentement, c’est-à-dire gagner ma vie dans
ce domaine là », a-t-elle confiée au représentant de L’annonceur.
Plus facile pour une femme ?
« Les femmes doivent encore faire face, dans certains
milieux, à des préjugés comme celui du mythe de la force physique »,
a expliqué Caroline Nantel (en bas), directrice générale de l’Orientech.
Selon Mme Nantel, le milieu industriel est un milieu conservateur et
l’intégration des femmes dans les milieux demande encore du temps,
de l’éducation et de l’ouverture. « Certains employeurs ont encore
peur de la charge qu’ont les femmes quant aux enfants (grossesses,
congés de maternité, retrait préventif, etc.). D’autres craignent
également la réaction des hommes à la venue d’une femme dans leur
usine, » ajoute la directrice. Dans la région de Sorel-Tracy et en
Montérégie, on hésite à embaucher des femmes pour occuper des postes
de soudeur-monteur, opératrice de machineries, en électronique
industrielle, en électricité de construction, en dessin industriel,
en technique d’Assainissement des eaux et en technique policière.
Paradoxalement, les écoles forment des jeunes femmes dans ces
secteurs, mais c’est
sur le marché du travail que ça se gâte :
« Dans certains cas, on retrouve presque 50% de femmes en formation,
mais moins d’un tiers réussissent sur le marché du travail, » a
confié Caroline Nantel. C’est donc dire, Mesdames, qu’il existe
toujours un écart entre la volonté des institutions et la dure
réalité, parfois, des milieux de travail en usine, par exemple.
Quant à Isabelle St-Pierre, elle soutient que sa relation avec ses
collègues masculins au cours de sa formation a été enrichissante :
« Sur quatre groupes totalisant 20 personnes, j’étais la seule
fille. Au début, je me sentais moins à ma place, mais certains gars
sont venus vers moins. Ensuite, ils disaient au professeur que je
travaillais bien. Cela m’a surpris puisque je m’attendais à être
repoussée et que le parcours soit difficile ».
Recherche d’emploi pas comme les autres
C’est le 6 mai dernier qu’Isabelle a terminé sa
formation. Elle s’est par la suite mise à la recherche d’un emploi
dans une usine de la région. CV par-dessus CV, elle a frappé à
plusieurs portes. Soit dit en passant, le domaine qu’elle a choisi
est visiblement difficile pour tous, et ce, pour les hommes ou les
femmes. Sur les 12 étudiants gradués en mai, seulement deux
occupaient un emploi quelques semaines plus tard. D’être une fille
peut cependant présenter des contextes particuliers : « En me
présentant dans un atelier, le propriétaire pensait que je venais
pour lui vendre des produits. Lorsqu’il a appris, quelque instant
plus tard, que je venais pour un emploi, il a été enthousiasmé par
ma démarche ! » a poursuivi Isabelle. Pour Caroline Nantel, la
présence des femmes dans les usines relève plus de la perception que
des contraintes réelles : « Dans le temps de la Deuxième Guerre
mondiale, alors que les hommes étaient partis à la guerre, ce sont
les femmes qui ont assuré la continuité dans les usines d’armement.
Une chose ne changera jamais ; les femmes auront toujours des
enfants ! »
Chance égale à compétence égale…
On ne connaît pas, pour l’instant, la suite de
l’histoire d’Isabelle qui travaillera quelques semaines ou quelques
mois avant de savoir si elle a gagné son pari de choisir ce qu’elle
voulait vraiment faire comme métier. Quant à la directrice de l’Orientech,
elle a rappelé que l’objectif n’est pas de favoriser les femmes au
détriment des hommes : « Nous ne désirons pas porter le flambeau de
l’égalité, mais de reconnaître que les femmes ont leur place dans
des secteurs non traditionnels. Ce que l’on souhaite, c’est que ces
femmes n’aient pas à porter l’odieux d’être différentes. Pour ce
faire, il faut proposer aux employeurs des femmes comme employées et
envoyer des CV dans les compagnies. Du club plus fermé que nous
étions, on est devenu une ressource privilégiée pour elles, » a
conclu Caroline Nantel, directrice générale de l’Orientech. Les
employeurs demandent aussi de trois à cinq ans d’expérience, aux
gars comme aux filles. Isabelle a donc sa chance de prouver sa
valeur, dans une usine de Boucherville, dans laquelle elle
travaillera tout en demeurant à Sorel-Tracy, près de son conjoint.
Après avoir suivi sa formation, demander un coffre à outils pour
Noël — à la grande surprise des membres de sa famille — et après
avoir été confondu avec une vendeuse de produits, Isabelle St-Pierre
fait maintenant face à son nouveau défi ; demeurer sur le marché du
travail !
Joey Olivier