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Mise à Jour : 
mardi 19 juillet 2005

Entrevue avec Jocelyne Cournoyer-Bibeau, l’artiste derrière le Festidanse
« Je pense que les artistes d’ici ont une identité artistique propre à eux et que nous avons, comme région, une identité propre à nous… »
par Joey Olivier - Journal L'annonceur - «collaboration spéciale»

Beaucoup d’eaux ont coulé sous les ponts depuis que Jocelyne Cournoyer-Bibeau s’est produite, pour la première fois, sur une scène. C’était en 1984 à l’Université de Montréal. À l’époque, elle était âgée dans la trentaine et peu de danseuses artistiques avaient ce culot, car les danseuses étaient relayées aux oubliettes lorsqu’ils atteignaient la trentaine. Elle a par la suite fondé la seule école de danse artistique soreloise, en 1983. Au même moment, elle a aussi fondé la Troupe Jodazz afin de permettre aux élèves de niveau élite de se produire dans la région. Parallèlement à son rôle d’enseignante, Jocelyne a présenté trois spectacles en solo, soit en 1985, 1987 et 1992. Tiraillée entre sa carrière et son amour pour la région, elle a finalement choisi de se consacrer entièrement à son école. Être une artiste, enseignante et promouvoir l’art de la danse dans une région comme le Bas-Richelieu. Ce fut son pari. Depuis 2003, elle a initié, en compagnie de certaines de ses anciennes élèves, le Festidanse. Cette année, cet événement tenu dans le cadre du Festival de la gibelotte a attiré plus de 500 participants provenant de partout en province. A-t-elle réussi son pari ? 

(JO) Premièrement, pourquoi désirez autant demeurer dans votre région et de promouvoir cet art, bien souvent méconnu, de la danse artistique?

(JC-B) J’ai eu la chance dans ma vie de rencontrer un homme du nom de Gaston Bélanger (ancien directeur du Service des loisirs et de la culture de la Ville de Sorel-Tracy).Gaston m’a révélé à ma réalité d’artiste. En région, nous n’avons pas toujours des artistes autour de nous pour nous guider. En faisant du théâtre avec lui, j’ai reçu cette influence profonde de m’accomplir en tant qu’artiste, mais aussi de m’impliquer à fond dans ma région. Je réalisais également en travaillant avec des gens de l’extérieur de la région que nous avions une richesse artistique propre à nous. Je pense que les artistes d’ici ont leur propre identité artistique, que nous avons une identité propre à nous. Le terroir, les racines et les origines ont tous de l’importance pour les créateurs.  

Le domaine des arts n’est pas reconnu pour être facile et drôle tous les jours, et encore moins lorsqu’on travaille en région. Les difficultés d’être un artiste en région, quelles sont-elles?

Je crois que la principale difficulté est que nous nous sentons, parfois, isolés. Dans une grande ville, il y a plus d’artistes et ils travaillent souvent ensemble. C’est pour cela d’ailleurs que nous avions tenté de former une corporation d’artistes afin de permettre aux artistes d’échanger. C’est important d’interagir avec les autres artistes. Quoi qu’il en soit, je crois également que les difficultés que l’on peut vivre en travaillant en région nous confrontent à nous. Cela nous permet de puiser dans nos convictions profondes, de créer et de nous installer chez nous. La danse est aussi un médium particulier. Par exemple, lorsque nous nous produisons sur scène, nous avons besoin de plus d’espace qu’un musicien. C’est certain que nous aimerions participer davantage à  des événements régionaux, comme au parc Regard-sur-le-Fleuve par exemple, mais il faut aussi avoir des offres. Je crois aussi que nous devons présenter ce type de médium aux gens afin de rendre la danse artistique plus accessible. On pourrait connaître autant de popularité que dans les années 1984 -85, années où la Troupe Jodazz était de tous les événements régionaux.  

Pourquoi avez-vous décidé d’initier le Festidanse?

Pendant plusieurs années, avec mon école de danse, nous tenions un concours chorégraphique annuel au Théâtre du Marché, au centre-ville de Sorel-Tracy. Je n’étais cependant plus capable d’assumer l’événement seulement avec l’école de danse. Mon rêve était en fait de créer un événement sous un chapiteau et qui se déroulait durant la période estivale. C’est à ce moment que l’association avec le Festival de la gibelotte a pris tout son sens. De plus, il était important pour moi que le Festidanse réunisse tous les styles de danse, du classique au Hip Hop. Les juges vont juger les styles selon les mêmes critères, sans jugement de valeur.  

Est-ce vrai de dire que le Festidanse est, en quelque sorte, l’aboutissement de votre rêve, c’est-à-dire de présenter la danse artistique dans la région?

Oui! Je suis immensément heureuse de tout ce qui arrive en ce moment. Encore plus pour la troisième édition puisqu’il y a vraiment des jeunes qui ont des styles de toutes approches. C’est très diversifié et c’est le but visé. Avec Festidanse, on souhaite développer la relève, développer le public et amener les jeunes à s’intéresser à la danse. Le comble serait que le Festidanse devienne la signature de la région de Sorel-Tracy. Que les gens de l’extérieur reconnaissent qu’ici, la danse est valorisée, appréciée et populaire. Déjà, avec cet arrimage avec le Festival de la gibelotte, on sent que les gens d’ici nous font confiance et plusieurs nous félicitent et apprécient l’événement.  

C’est important pour vous d’être reconnue localement ?

Oui, ça fait tellement de bien, pour un artiste, de se faire dire que son travail est apprécié par les gens de sa région. Je suis rendue à un stade de ma vie où j’ai besoin de sentir que ma vie aura servie à quelque chose dans la région, que j’aurais laissé une trace importante. Lorsque je regarde les filles qui sont impliquées avec moi sur le comité de Festidanse, je ressens ce sentiment que j’ai transmis une passion pour la danse. Ce sont des élèves à qui j’ai enseignées et qui, à leur tour, s’investissent.  

En terminant, avez-vous des regrets quant à votre choix de demeurer dans la région, peut-être au prix d’une carrière en solo?

Aujourd'hui ; non. Te dire que je n’ai jamais regretté certains choix serait te mentir. J’ai refusé des contrats montréalais à une certaine époque pour éviter de fermer l’école de danse. À la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, je me dis qu’il ne faut rien regretter. Mon cœur était pour ma région et il était inconcevable pour moi de tout lâcher ici pour une carrière solo. De toute façon, j’ai un retour positif de ce choix aujourd'hui !  

Joey Olivier

 

 

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