Accepter les
prisons en P.P.P., c’est enterrer la Sécurité Publique
(Communiqué
du
Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec)
20 janvier 2005 - Le
Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec
(SAPSCQ) et le Parti Québécois dénoncent avec force l’orientation du
gouvernement libéral qui s’apprête à doter les services
correctionnels de la province d’un mode de gestion en partenariat
public privé. Ce mode de gestion carcéral brille pourtant par ses
échecs ailleurs, sur la scène nationale et internationale. Le modèle
de partenariat public-privé (P.P.P.), dans le domaine de
l’incarcération de personnes, comporte des risques que le Québec
peut s’éviter, indiquent les deux instances.
LE FAUX PRÉTEXTE
Le manque de places au sein de certains
établissements de détention existants est un faux prétexte et ne
justifie aucunement l’appel à des entreprises privées (américaines),
considère le président national du SAPSCQ, M. Michel Hubert, qui
prône plutôt l’utilisation d’établissements de détention fédéraux
(sous utilisés au Québec) comme par le passé (1990) et/ou la
rénovation des centres existants.
«Seulement à l’établissement de détention de Sorel,
une simple rénovation des lieux, sans même avoir recours à la
construction, peut facilement permettre l’ajout d’une cinquantaine
de cellules », appuie le président de la section Sorel, M. Stéphane
Lemaire.
« Depuis des semaines, des criminologues, des
retraités de haut rang des services correctionnels, des intervenants
en réhabilitation et les agents des services correctionnels se sont
prononcés contre le projet du gouvernement. Plutôt que de crier haut
et fort qu’il a raison envers et contre tous, le ministre de la
Sécurité publique devrait tenir un débat public en commission
parlementaire avant de dépenser 100 millions de dollars de fonds
publics dans la construction d’un tel établissement et d’engager les
générations futures dans cette aventure plus que douteuse »,
renchérit le député de Borduas et porte-parole de l’opposition
officielle en matière de sécurité publique, M. Jean-Pierre
Charbonneau.
On s’insurge du même coup de constater que le
gouvernement en place refuse de mettre en application la loi 89 sur
les services correctionnels (faute de budget) votée à l’unanimité il
y a deux ans. La mise en application de cette loi permettrait un
meilleur contrôle des processus de libérations conditionnelles,
assurant par le fait même une meilleure gestion des places en
détention et un niveau de sécurité accru pour la population.
« C’est
scandaleux, déclare Jean-Pierre Charbonneau, après le décès tragique
du jeune Alexandre Livernoche, ici, dans la région, qu’on envisage
de dépenser 100 millions de dollars plutôt que d’investir les 30
millions de dollars nécessaires à la mise en œuvre de la réforme des
services correctionnels adoptée à l’unanimité. »
FERMETURE DE DEUX
PRISONS
Pour mettre en place son projet de prisons en P.P.P.,
le gouvernement libéral projette actuellement la fermeture de
certains établissements de détention, notamment ceux de Sorel et de
Valleyfield. Cette mesure viserait à permettre la construction d’un
établissement privé de quelques 300 places, au coût estimé à ce jour
à 100 millions de dollars par le gouvernement libéral.
Une telle construction ne se ferait d’ailleurs pas
sans conséquence pour l’ensemble du réseau correctionnel. Chaque
établissement du réseau correctionnel Québécois possède trois (3)
niveau de sécurité (maximum, médium, minimum) parmi lesquels sont
gardés les personnes incarcérés selon leur degré de dangerosité.
Selon les plans évoqués à ce jour à propos de la construction d’un
nouvel établissement, celui-ci ne comporterait qu’un (1) niveau de
sécurité (minimum) et on y sélectionnerait les détenus de manière à
y transférer ceux qui requièrent une surveillance minimale. C’est du
moins ce que le député libéral de Marguerite d’Youville, M. Pierre
Moreau, dit à ses contribuables pour sécuriser une population
inquiète face à l’arrivée de cette clientèle carcérale. Selon l’avis
du Syndicat des agents correctionnels, il est hautement improbable,
sinon impossible, de penser construire un établissement de détention
de type minimum pour desservir la population de la Montérégie tout
en fermant les établissements de détention de Sorel et de
Valleyfield.
Dans chaque centre de détention actuel, des endroits
ciblés existent déjà pour ce type de surveillance minimale. On a
déjà révisé les plans de chaque centre à cet effet, avec les coûts
que cet exercice a impliqué, le tout pour cadrer avec l’orientation
et la philosophie de réhabilitation qui est prônée au ministère de
la Sécurité publique du Québec.
Autant de lieux qui devront être revus et corrigés
pour l’arrivée d’une population carcérale à surveillance accrue.
Voilà des réalités concrètes qui ont un coût élevé et qui vont à
l’encontre des économies préconisées par le gouvernement. Et à quel
prix?, questionnent les opposants à ce projet.
L’ENTREPRISE PRIVÉE
ET LA JUSTICE
L’entreprise privée est redevable à ses actionnaires
ou à ses propriétaires, elle a comme premier souci celui du profit,
une motivation qui ne cadre aucunement avec le devoir qu’a un
gouvernement de protéger la sécurité publique de sa population et de
voir au bien commun de la société québécoise, considère le syndicat
des agents correctionnels.
«Privatiser ce service revient à favoriser l’argent
plutôt que les humains, alors que nous parlons ici de justice
et de la sécurité de la population», fait valoir le président
de la section Sorel, M. Stéphane Lemaire. «Nous pouvons nous
questionner sur les motivations réelles et profondes du gouvernement
actuel.»
« Le gouvernement Charest fonce tête première dans
l’aventure des PPP par acharnement idéologique plutôt que de se fier
à des études axées sur les coûts et bénéfices », estime l’opposition
officielle. Selon l’une d’entre elles, réalisée par le ministère
américain de la Justice, la moyenne des économies permises par le
secteur privé dans le domaine carcéral se situe autour de 1 %, la
plupart obtenues grâce à une réduction des coûts de la main d’œuvre.
Si les américains n’ont pas réussi à économiser grâce aux PPP, il
serait étonnant que ce gouvernement, tel qu’on le connaît, réussisse
à faire mieux », d’affirmer le député de Richelieu et critique de
l’opposition officielle en matière de réorganisation de l’État, de
la Fonction publique et du Conseil du trésor, M. Sylvain Simard.
Le Syndicat des agents correctionnels estime que le
recours à une entreprise privée pour la surveillance des détenus,
favoriserait par ailleurs les tentatives de corruption dans un
milieu où le code d’éthique fait force de loi. Les membres du
Syndicat prennent pour exemple les témoignages en provenance des
prisons américaines privées, où l’on observe ce type de situation
régulièrement.
Devant l’importance et le sérieux de tels enjeux, le
président du Syndicat des agents de la paix en services
correctionnels du Québec indique que les agents de la paix en
services correctionnels se mobiliseront pour protester haut et fort
contre l’imposition des mesures qui vont à l’encontre du devoir qui
leur incombe, celui de la sécurité publique.
Sylvain Simard
Député de
Richelieu
Parti québécois
Jean-Pierre
Charbonneau
Député de Borduas
Parti québécois
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