Entrevue avec le chanteur et hockeyeur Christian Sbrocca
« Je sais au fond de moi que c’est ce que je dois faire, c’est
impossible que j’arrête! »
Par Joey Olivier - Journal
L'annonceur
Diplômé en marketing à l’Université Lowell du
Massachusetts, aux États-Unis, c’est en 1998 que Christian Sbrocca a
décidé de devenir auteur-compositeur-interprète. Il jouait alors au
hockey en Italie depuis quelques mois. Au printemps 1999, sa
première composition intitulée « Don’t Forget the Grey » se hisse
parmi les dix meilleures chansons du « Emerald Coast Coutdown ».
C’est en 2000 que Christian écrit sa première chanson française.
Après trois ans d’écriture, de hockey et de spectacles, il a lancé
son album « Le Balafré » en avril dernier. Depuis ce lancement, il
est de plus en plus connu sur la scène provinciale. Son vidéo-clip
de la chanson « réapprendre à vivre », chanson thème du film « Elles
étaient cinq », est diffusé sur les ondes de Musimax à l’heure
actuelle.
Bien que passionnante, la route du succès est un
chemin qui est loin d’être facile, et ce, malgré un talent évident.
Il est également attaquant pour le Mission de Sorel-Tracy dans la
Ligue Nord américaine de hockey. En musique comme au hockey, il a
une force de caractère indiscutable. Le représentant de L’annonceur
a rencontré Christian Sbrocca afin de connaître l’artiste derrière
le sportif ou le sportif derrière l’artiste?
(JO) Christian, ta carrière de chanteur commence à
prendre de l’ampleur au Québec, appréhendes-tu le moment où il
faudra choisir entre le hockey professionnel et la musique?
(CS) Il y a longtemps que mon choix est fait. C’est
en 1998, alors que j’étais en excursion dans les Alpes en Italie,
que j’ai décidé que j’avais quelque chose à offrir en musique. Si je
joue encore au hockey, c’est pour réussir à joindre les deux bouts.
Lorsque je pourrai, je devrai arrêter de jouer puisque le risque de
blessures est trop élevé.
Pourquoi la chanson et non pas le hockey?
Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je dois
faire cela. Si j’avais mis tous mes œufs dans le même panier,
j’aurais sûrement atteint d’autres niveaux au hockey. Mais lorsque
je touche les gens avec mes chansons et que je vois que mes textes
ont un impact dans la vie de mes fans, je sais que je dois faire ce
métier.
Ne trouves-tu pas qu’il existe un paradoxe entre
l’acte de chanter des textes qui sont sensibles et très personnels
et faire une violente mise en échec au joueur adverse lors d’une
joute de hockey?
Ce sont deux parties de moi qui sont complètement
différentes. Par ailleurs, je suis privilégié de pourvoir faire ces
deux métiers. J’ai toujours fait les deux depuis que je suis très
jeune. Jouer au hockey et chanter font partie de ma vie depuis
toujours. Je crois que le sport m’a apporté l’esprit de combativité
nécessaire pour percer en chanson. J’ai longtemps désiré être un
joueur de hockey, mais à l’âge de 18 ans, j’ai été touché par cette
manière de communiquer qu’est la musique. En chantant, je peux aller
toucher le public à l’intérieur d’eux-mêmes. De plus, la musique m’a
appris à être près de ma sensibilité, de mes émotions. C’est un
paradoxe intéressant finalement !
Tu dois mettre beaucoup d’énergie, de temps et
d’argent pour te faire connaître auprès du public québécois. Comment
te sens-tu alors face à des émissions de télé-réalité qui projettent
instantanément des jeunes au sommet?
Je suis un peu mélangé face au phénomène, mais je
n’en veux pas à ceux qui percent grâce à Star Académie, par exemple.
Je crois que plus tu mets des efforts et plus tu bâtis, c’est de
cette façon que ce sera solide.
Justement, qu’est-ce qu’un artiste peut apprendre de
plus en gravissant les échelons un à un?
Selon moi, ce n’est pas seulement de « faire les
bars » qui forgent les artistes, mais de payer le prix du succès.
Bien souvent à la fin du mois, je dois trouver du financement avec
ma maison de production pour continuer. Tout ça développe une force
de caractère. Par exemple, cette année j’ai eu plusieurs « down » et
je n’aurais pas passé au travers sans cette détermination.
Peux-tu me donner des exemples de ces moments
difficiles que tu as connus cette année?
J’ai eu des mauvaises nouvelles comme le refus des
grandes stations de radio de diffuser mes chansons, je devais faire
la première partie du spectacle de Marie-Chantale Toupin au Centre
Bell et le projet a finalement échoué. J’ai aussi participé à une
reprise de la chanson Give Peace a chance avec des artistes
très connus et les producteurs ont oublié de mentionner mon nom.
J’ai quand même été à la conférence de presse pour répondre aux
questions et faire mon travail. Musique Plus et Musimax ont refusé
mon vidéo-clip la première fois que j’ai fait des démarches.
Ce n’est donc pas exagéré de dire qu’il est très
difficile de percer dans l’industrie?
Non, lorsque tu es un nouvel artiste dans le milieu,
tu deviens presqu’un problème puisque les producteurs doivent
choisir et, par le fait même, répondre « non » à certains plus qu’à
d’autres. Je suis cependant beaucoup plus positif, car les gens du
milieu me répondre plus oui que non maintenant !
Le 12 décembre dernier, tu as fait la première partie
de Marie-Chantale Toupin à Trois-Rivières et elle t’a même présenté
comme son coup de cœur de l’année. Cette expérience doit être
encourageante pour toi ?
Oui ! Il y a une complicité extraordinaire entre nous
deux et entre nos équipes de tournée. De plus, en me présentant sur
scène, elle m’a choyé !
Tu as composé la chanson « réapprendre à vivre »
spécialement pour le film « Elles étaient cinq ». Étant donné le
drame du viol qui est représenté dans ce film, comment as-tu abordé
la création de cette chanson?
Lorsque j’ai visionné le film, j’étais abasourdi,
voire assommé. J’ai dû prendre du recul, car Peter Miller, l’acteur
interprétant le tueur et le violeur, est mon ami. J’ai alors
réfléchi au message du film pour ensuite le représenter dans une
chanson. En réfléchissant au malheur extrême représenté dans le film
et celui qui frappe des milliers de victimes de viol, j’ai alors
écris la chanson.
Qu’est-ce qui t’anime et t’empêche d’abandonner?
La rage de vaincre que j’ai appris au hockey, je
crois. Je sais au fond de moi que c’est ce que je dois faire, c’est
impossible que j’arrête ! On va travailler comme des malades s’il le
faut, je me suis donné comme mandat d’aller au bout. Je ne dis pas
cela avec arrogance, mais par conviction.
En terminant, finiras-tu la saison avec Le Mission de
Sorel-Tracy?
C’est certain, j’ai la réputation d’être un joueur
qui « explose » après le temps des Fêtes et l’équipe veut la Coupe
Futura!
C’est sur
cette question que s’est terminée l’entrevue, dans la chambre des
joueurs, après le match opposant Sorel-Tracy et Trois-Rivières.
Christian Sbrocca vient tout juste de composer une chanson
s’intitulant « Le plus beau métier du monde » qui sera sur le
prochain album de Marie-Chantal Toupin. Son équipe travaille
également sur un projet d’album en France puisque des producteurs
français ont été très impressionnés par la prestance et les textes
de Christian.