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samedi 26 février 2005

Entrevue avec Michèle Lacombe-Gauthier, la seule femme siégeant sur le Conseil de ville de Sorel-Tracy
« Le plus important pour moi a été d’être appuyée par mon mari »
Par Joey Olivier - Journal L'annonceur


Née en 1949 à Montréal, Michèle Lacombe-Gauthier a été adoptée par une famille soreloise à l’âge de trois ans. Elle étudia au couvant Saint-Pierre, à l’école Saint-Jean-Bosco et au Cégep de Sorel-Tracy dans un programme de Marketing-communication. En 1967, elle prit la relève de sa mère dans un commerce de lingerie, un emploi qu’elle quitta définitivement en 1986. C’est à ce moment qu’elle commença à s’impliquer dans l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS) à Sorel-Tracy. Ce fut son premier contact dans la représentation politique, mis à part les nombreux sièges qu’elle avait déjà occupés sur les comités de parents de l’école de ses deux fils.

En 1992, un membre du parti Lerenouveau sorelois (municipal) l’a approché pour lui proposer de se lancer en politique municipale. Elle accepta sans hésiter et se présenta contre Serge Gamelin, conseiller sortant, mais elle perdit cette première élection par 60 voies. Elle devra attendre aux élections de 1996 pour être élu comme conseillère sur le Conseil de ville de Sorel.  En 2000, dans le contexte de la fusion municipale entre la ville de Sorel et de Tracy, elle se présenta pour le quartier de Sorel et remporta l’élection. Elle fait partie de la minorité de femmes politiciennes dans la région.
Dans la MRC du Bas-Richelieu, elle et Réjeane T. Salvail, mairesse de Sainte-Anne-de-Sorel, sont les deux seules femmes à occuper des fonctions politiques présentement. À l’approche du 8 mars, Journée internationale de la femme, et de la présentation du plan d’action relié à la nouvelle politique familiale de l’année –dossier sur lequel Mme Lacombe-Gauthier a participé, le représentant de L’annonceur s’est entretenu avec elle.

(J0) Étant donné que vous êtes peu dans un monde largement constitué d’hommes, sentez-vous qu’il soit plus difficile pour une femme d’être politicienne ?
(ML-G) Le plus important pour moi a été d’être appuyée par mon mari, car les nombreuses réunions qui ont lieu bien souvent le soir. Grâce à son appui, il n’a pas été plus difficile pour moi d’être en politique, mais il est vrai qu’il manque encore de femme en politique.

Lorsque vous avez commencé votre premier mandat, en 1996, avez-vous senti que cet univers masculin vivait en vase clos?
Non, j’ai toujours perçu le Conseil de ville comme un conseil d’administration. Je n’ai jamais senti que j’étais mal perçu par mes confrères, il faut dire également que nous étions deux femmes sur le Conseil à cette époque. Peut-être que l’ancienne mentalité laissait peu de place aux femmes? C’est différent aujourd’hui.

Ne croyez-vous pas que les femmes sont encore sous-représentées en politique à cause du contexte social ?
Je suis tenter dire que la femme est plus engagée face à ses enfants, mais il y a des services de garde et plusieurs autres services reliés à la famille. Je ne vois pas cependant comment une mère monoparentale avec des enfants en bas âge pourrait réussir à se présenter en politique. C’est souvent une question de finance et malgré le fait que l’on parle plus de partage des tâches dans notre société, la majorité des emplois occupés par les femmes sont à temps partiel.

Étant vous-même mère de famille, comment organisez-vous vos journées?
C’est exigeant, mais réalisable. Par exemple, après cette entrevue, je dois me présenter au Cégep pour une réunion à 16 h, mais je vais préparer le souper avant de partir et lorsque les enfants arriveront, le souper sera prêt. Il faut vraiment aimer rendre service pour faire cela. À l’heure actuelle, je suis responsable de trois enfants comme famille d’accueil. Je suis une famille d’accueil depuis 1984 alors on peut dire que j’ai réussi à concilier la famille et le travail.
Les femmes sont-elles moins combatives que les hommes en politique ?
On ne travaille pas de la même façon. Personnellement, je n’irai pas sur la place publique, mais j’agis en douce. C’est une autre façon d’être combative, à mon avis, et je préfère négocier.

Êtes-vous inspiré par une femme en particulier ?
Non, je regarde plusieurs femmes travailler en politique, mais je n’avais aucun nom de femme politicienne qui m’inspirait lorsque je me suis présenté pour la première fois. Pauline Marois est une femme dont je suis les pas et je trouve qu’elle a du charisme et beaucoup de courage.

La Ville de Sorel-Tracy présentera sous peu un plan d’action découlant de la politique familial de Sorel-Tracy, d’où vient cette idée d’élaborer une telle politique?
J’étais en contact régulier avec le CLSC et le Carrefour Naissance-famille et ils avaient besoin d’aide et créer un comité réunissant tous les organismes reliés à la famille dans la région. Il a fallu être tenace pour travailler ce dossier pendant trois ans pour finalement se rendre compte que tout ce qui touche la famille est relié de près ou de loin à la Ville.

Concrètement, quelles actions pourront découler de cette politique ?
La demande la plus importante des familles concerne le transport. Il faudra qu’on trouve un autre système de transport pour que les enfants puissent se déplacer directement de l’école à l’aréna, par exemple. Ensuite, l’entretien et la proximité des parcs sont des préoccupations qui ressortent de notre démarche. Que ce soit dans le Vieux-Sorel ou dans des endroits où il n’y a pas de parcs. Par ailleurs, la Ville a un budget supplémentaire pour le réaménagement des parcs.

Quelle réalisation vous rend fière d’avoir choisi la politique ?
D’avoir supporté les organismes que j’ai connus et de fréquenter une quinzaine d’entre elles pour me rendre compte qu’ils me font confiance et qu’ils m’apprécient. Après avoir participé à plusieurs projets, je veux continuer.

Est-ce que cela signifie que vous serez des prochaines élections, à l’automne?
(Rires) Les chances sont bonnes pour que je me représente.

Que répondez-vous aux personnes cyniques qui ne voient pas, en la politique, un instrument de changement social?
Il y a peut-être des personnes qui ne veulent pas savoir ce qui se passe autour d’eux. Je ne me considère pas comme une politicienne, mais comme une femme, également mère de famille, qui veut améliorer les choses. J’aime m’impliquer et les gens qui croient qu’on ne fait rien on le droit, mais…Des personnes négatives, il y en aura toujours.

En général, quel constat dressez-vous sur la situation des femmes ?
Premièrement, les mères sont de plus en plus jeunes et certaines jeunes mères connaissent plus de difficultés. Au niveau du travail, les postes occupées par les femmes demeurent à temps partiel. Je connais une infirmière qui a travaillé longtemps sans avoir de permanence. De nos jours, un emploi à temps partiel au salaire minimum, c’est être pauvre!

En terminant, croyez-vous qu’il y aura de plus en plus de femmes en politique?
Une chose est certaine, les femmes qui sont ou seront au pouvoir interpellent d’autres femmes et peuvent les motiver à se lancer en politique. Pour les prochaines élections, il y aura plusieurs choses de faites pour inciter les femmes à se présenter. 

Joey Olivier

 

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