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lundi 04 avril 2005

L'eau, l'or bleu du XX1e siècle !
Hélène Goulet - Journal La Voix - «Collaboration Spéciale»

Sur notre planète aujourd'hui, un milliard et demi de personnes n'ont toujours pas accès à l'eau potable. Cela signifie que dans le monde, tous les jours, 30 000 personnes en meurent : c'est l'équivalent d'un tsunami par semaine.

Tels sont les propos percutants lancés mercredi par le politologue de renommée internationale Riccardo Petrella, qui était de passage à Sorel-Tracy pour prononcer deux conférences sur les enjeux mondiaux reliés à l'accàs à l'eau potable.

Sur l'heure du dîner, il s'est adressé à des gens d'affaires réunis à l'invitation de la Chambre de commerce et d'industrie Sorel-Tracy métropolitain, et, en soirée, il s'est adressé à environ 200 personnes, étudiants et adultes réunis au Cégep de Sorel-Tracy.

L'accès à l'eau potable est directement relié à la richesse et à la pauvreté, a-t-il rappelé devant les invités de la Chambre de commerce.

Alors que les gens les plus pauvres du globe n'y ont à peu près pas accès, il y a des gens dans les pays occidentaux qui consomment l'eau de façon inconsidérée, a fait remarquer M. Petrella : en Californie seulement, chaque personne, en moyenne, consomme 4 100 litres d'eau potable par jour !!!

Les New-Yorkais consomment 1000 litres par jour, a-t-il poursuivi, alors que la moyenne américaine est de 800 litres/jour.

À Montréal, cette moyenne est de 600 litres par jour, et la moyenne canadienne est de 400 litres par jour. Les Suédois font partie des gens des pays occidentaux qui consomment le moins d'eau, avec une moyenne de 119 litres par jour.

L'eau est la vie. Comme l'air, elle est essentielle à la vie. La question est donc : tout le monde a-t-il droit à la vie ? Ces un milliard et demi de personnes font-ils partie de notre humanité ? Font-ils partie de notre pensée quotidienne ? À qui appartient l'eau ? a-t-il questionné, estimant que le lien entre la pauvreté et l'absence d'eau était très évident : Dans le désert le plus profond, les riches ont quand même accès à l'eau, a-t-il fait remarquer.

Malgré ses sombres propos, voire même alarmistes, Riccardo Petrella, avec son accent italien et sa verve sympathique, ne prêche pas de façon culpabilisante. Qualifié de révolutionnaire pédagogue au ton tranquille et doux, l'ardent défenseur de l'eau comme bien patrimonial commun de l'humanité véhicule inlassablement son message et milite pour que l'eau potable soit inscrite comme un nouveau droit social fondamental dans toutes les constitutions nationales, et dans toutes les chartes de droit civil.

À l'heure actuelle, a-t-il constaté, nous avons accepté que l'eau appartienne à l'État.

Les États-Unis, qui n'ont pas beaucoup d'eau, ont un voisin, le Canada, qui en possède beaucoup. Avec l'ALÉNA, ils veulent transformer l'eau en marchandise, croit-il. C'est curieux, on paye des fortunes pour assainir l'eau (du robinet) qui, finalement, n'est pas utilisée pour boire... L'eau pour boire, on l'achète !!! Nous assistons à une véritable marchandisation de l'eau potable. L'eau, c'est l'or bleu, c'est le pétrole du XXIe siècle, constate-t-il.

Les USA, a-t-il soutenu, ont un projet d'implanter un pipeline, aménageant un grand bassin pour avoir accès à l'eau du Canada. Si l'eau devient une rareté, elle coûtera plus cher, a-t-il fait remarquer. Si on imagine une fiction "rigolote", dans une centaine d'années, les États-Unis vont-ils bombarder le Canada pour avoir de l'eau ?

Bref, Riccardo Petrella estime qu'il faut élaborer une économie mondiale et publique de l'eau, comportant une fiscalité de solidarité. Sommes-nous prêts à prendre une partie de notre richesse collective pour que tous les humains aient le droit à l'eau potable sur l'ensemble de la planète ? a-t-il posé comme question.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, a-t-il expliqué, le minimum d'eau potable indispensable par personne est 50 litres par jour, ce qui devrait être considéré comme une dépense collective.

Incidemment, Riccardo Petrella, qui prononçait une autre conférence en soirée au Cégep de Sorel-Tracy, dans le cadre de la Semaine de la citoyenneté initiée par l'enseignante Anne Cazé, a été nommé parrain du programme de Sciences humaines du Cégep de Sorel-Tracy.

Selon Mme Cazé, M. Petrella peut, sans être un utopiste, être un modèle d'espoir pour les jeunes qui sont sensibles aux problèmes causés par la mondialisation.

 

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