Entrevue avec Françoise Veillette, la responsable
du comité d’accompagnement aux mourants à la Résidence Sorel-Tracy
Pour qu’ils puissent quitter ce monde en paix…
Par Joey Olivier - Journal L'Annonceur
En 1967,
Françoise Veillette rencontre une femme en phase terminale d’un
cancer alors qu’elle est elle-même hospitalisée. C’est à ce moment
que pour la première fois, elle assiste une personne vers la mort. À
l’époque, elle avait téléphoné au frère de cette femme. Il était
revenu d’Afrique pour venir visiter sa sœur à Sorel et rétablir le
lien brisé. Résultat? La femme réussit à reparler à son frère et
elle quitta ce monde en paix. C’est l’essentiel du bien que fait
cette bénévole qui, depuis 15 ans, assiste les personnes mourantes
avec plusieurs autres bénévoles.
À l’heure actuelle, Françoise est responsable du comité
d’accompagnement aux mourants –comité qu’elle a fondé en 1998- à la
Résidence Sorel-Tracy. Le représentant de L’annonceur a rencontré
cette bénévole afin de mieux comprendre les motivations de ces gens
qui offrent gratuitement de leur temps…et de leur humanité!
(JO)
Comment avez-vous été amené à aider d’autres
personnes, en particulier des personnes mourantes?
(F.V) Lorsque mon
père est décédé, j’ai eu de la difficulté à l’accepter et j’ai
cherché des ressources pour finalement comprendre que la mort
n’était pas une fin en soi. Après mon deuil, j’ai toujours été très
sensible aux autres. Je trouve tellement important que les gens ne
meurent pas seuls et qu’ils meurent dans la dignité et en paix avec
leur famille. J’ai déjà vu des mourants partir sans avoir réglé des
choses avec la parenté et…C’est dommage!
Quel est votre
rôle lorsqu’une personne en phase terminale arrive ici avec la
famille?
On va rencontrer
les familles afin de discuter avec eux. Mais il y a peu à dire
lorsqu’un proche est sur le point de mourir, mais on peut les
écouter. Souvent, les proches peuvent crier, pleurer et être en
colère, ce qui est très normal. Notre rôle est de les suivre dans
leur défoulement et de les écouter. Lorsque la famille part de la
résidence, on accompagne la personne en l’écoutant, en lui offrant
de petits cadeaux et en étant le plus disponible possible pour elle.
Par exemple, nous avons distribué des petits bouquets de fleurs
dernièrement et les yeux pétillaient à notre arrivée !
Mais est-ce
que votre attitude change face à la personne malade?
Non, notre
approche est d’être naturel avec eux. Lorsque j’accompagne
quelqu’un, je me demande qu’est-ce que j’aimerais si j’étais à leur
place. C’est certain que par moment, c’est très « poignant » et
difficile, mais il faut demeurer naturel pour bien assister une
personne vers la mort. Tout ce qui compte, c’est le mourant! On doit
s’oublier complètement et penser à l’autre.
Avez-vous déjà
assisté des jeunes?
Oui, un jeune de
12 ans et un de 17 ans.
Est-ce plus
difficile?
C’est certain,
mais les jeunes sont plus ouverts à te dire comment ils se sentent.
Ils n’ont pas de préjugés. Au moment où j’ai assisté ces deux
jeunes, je trouvais cela injuste au début, mais les jeunes me
répondaient sans s’en rendre compte. Par exemple, un des jeunes m’a
confié qu’il partait pour quelque chose de plus beau et que ce
n’était pas une punition de mourir. De plus, il ne regrettait rien,
même qu’il était fier parce qu’il avait longuement discuté avec son
père et il lui a fait comprendre qu’il pouvait faire autre chose de
sa vie. Pour lui, c’était un cadeau d’avoir laissé cela à son père.
Il avait 17 ans ce jeune homme…
Après 15 ans
d’accompagnement, que trouvez-vous encore difficile à supporter?
De voir des
personnes âgées partir seules ! J’ai assisté une dame récemment qui
est décédée et un des membres importants de sa famille ne s’est
jamais présenté. C’est tellement important d’assister un proche
lorsqu’il est mourant! On a besoin d’une présence lorsqu’on est sur
le point de mourir. C’est pour cette raison que nous devons être là
et nous assurer que la personne parte en paix.
Vous qui êtes
dévouée pour les malades, êtes-vous révoltée face aux mauvais
traitements dans certains centres d’hébergement rapportés dans les
médias?
C’est révoltant
de voir que certains intervenants font mal leur travail, mais ce
n’est pas partout pareil soyez-en sûr! Selon moi, les médias ne
présentent pas ce qu’il y a de beau et de bon dans le système. C’est
dommage, car il y a une multitude de belles choses qui se fait ici.
Est-ce qu’il y
a des expériences d’accompagnement qui vous marque plus que les
autres?
Hum.. À chaque
fois, je sors grandi de ces expériences et c’est pour cette raison
que j’ai toujours envie de continuer. La plus grande satisfaction,
c’est de voir une personne partir en paix avec elle-même! Après,
j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien. Même qu’à
l’occasion, même après une nuit sans dormir avec un mourant,
j’arrive chez moi et je ne me couche pas, car je me sens reposée et
ressourcée!
Les bénévoles
ont-ils une formation?
Oui, une
formation de deux jours durant laquelle on discute du don de soi, du
partage et de la spiritualité sans barrière religieuse. Il faut,
après cette formation, que les bénévoles puissent se sentir bien
avec eux-mêmes. Évidemment, ils doivent apprivoiser la mort et être
à l’aise avec cela. On rencontre également les médecins pour mieux
comprendre l’utilisation des médicaments chez les personnes
mourantes. D’autre part, on enseigne les règles à respecter dans les
murs de la résidence. Par exemple, il va de soi qu’à titre de
bénévole, on doit assurer la confidentialité de nos rapports avec
les personnes.
Qu’est-ce qui
fait le plus de bien aux personnes que vous accompagnez?
Être écouté, je
crois. Ils sont à un stade où ils font des rétrospections, ils
repensent souvent à ce qu’ils ont fait. Je leur demande également
s’ils ont envie de se faire toucher. J’ai suivi un cours de toucher
thérapeutique et c’est évident que les personnes mourantes ont
besoin d’être touchées et sécurisées.
En terminant,
étant régulièrement en contact avec la mort, comment voyez-vous la
vie?
La vie est une
confiance! Si tu fais confiance à la vie, tout va bien aller, c’est
certain!
À l’heure
actuelle, il y a sept bénévoles qui assistent le personnel infirmier
aux soins palliatifs à la résidence. Cependant, Françoise Veillette
ne cache pas qu’il faudrait une vingtaine de bénévoles pour répondre
aux besoins. Les gens intéressés à donner de leur temps peuvent
appeler Mme Veillette au 742-9427.