Peu
de temps après la séparation du groupe BOFF, Jean Doyon et Claude Traversy
s'étaient mis d'accord de former un groupe un peu plus compétitif que ce
qu'ils avaient connu auparavant. Il était temps pour eux de faire le
grand saut, c'est-à-dire un groupe
plus sérieux et surtout d'essayer de jouer un peu plus souvent. Ce qui n'était pas
nécessairement évident à court terme, puisque les deux musiciens n'étaient
pas des plus connus sur la scène de la musique Pop-Rock.
Pendant cette
période de transition, Doyon et Traversy avaient expérimenté la musique
cosmique, ou électronique, ou encore nouvel âge, car ce terme n'existait pas
encore. Ce fut des moments très enrichissants, puisque deux pièces originales
sont ressorties de cette expérience, que le duo a mis en banque pour un album
«Age», ... un jour !
Jean Doyon
mentionnait que « personnellement, j'ai toujours été fasciné
par ce type de musique, j'avais besoin de ce calme, puisqu'avec un groupe Rock
il faut se reposer les oreilles de temps en temps, mais aussi pour la
complexité de création d'une certaine ambiance qui s'associe avec cette
musique »
« Bien sûr, il y a le côté facile du
NouvelÂge, ça ne m'intéressait
pas du tout, mais il y a surtout la recherche des sons et le mystère que peut
entourer cette nouvelle musique, trop souvent associé à, l'horreur. J'avais un
peu initié Claude à ce style de musique et il embarquait dans le bateau à
chaque fois que nous avions une occasion, à titre d'expérience. Mais le temps
nous a manqué et nous avons délaissé ce voyage »
Au printemps 82, James Hatch,
qui était sonorisateur à cette époque, avait parlé d'un concours-concert organisé par le Cégep de Sorel, par l'entremise
de Robert Salvail et Pierre Éthier, dont le principal critère était
de
créer des pièces originales. Doyon avais
en banque plusieurs compositions, c'était donc le moment idéal pour évaluer
ces pièces avec un groupe de musiciens. Et durant ce mois de production, d'autres pièces se sont ajouté. Pendant le montage de ce spectacle,
Claude et Jean rencontrent un jeune claviériste plein de talent du nom de Mark
Busic, qui
n'avait jamais joué avec un groupe, mais qui semblait très intéressé par
notre offre et accepta immédiatement de joindre ses énergies pour former
un groupe.
Puis, répondant à
une annonce dans le journal local, un ancien bassiste de blues nommé André (Galou)
Guévremont était le meilleur candidat disponible, puisqu’après plusieurs
auditions avec un bon nombre de bassiste, en plus de son talent, André était
facile d'approche et voulait devenir musicien et jouer régulièrement.
Puis, Mark connaissait un guitariste de
St-Cyrille,
«près de Drummondville», Sylvain Dumas, qui venait à peine de s'installer
dans la région et qui lui aussi, désirait embarquer
dans
un groupe Rock. Sylvain était très sympathique et
avait beaucoup d'humour, ça fittait parfait avec notre gangue de joyeux lurons.
C'est à partir de ce moment qu'a pris naissance le groupe Gibraltar dont le but premier était de faire du Cabaret, en ayant une approche plus progressive
dans notre musique, pour acquérir l'expérience nécessaire afin de réaliser
un album.
Les débuts furent
pénibles. Il faut dire qu'une soirée à entendre que du progressif et des
compositions "pas connues", jouées par un groupe plus ou moins
amateur et "pas connus " était déjà un peu difficile à vendre.
Notre «setup» de chansons était beaucoup trop mou, et la mode "Rock
progressif", était un peu derrière nous.
Alors, un changement
de cap fut nécessaire et cela a commencé par la décision de jouer de la
musique "les fins de semaines" dans les bars et les clubs de nuits. Le
groupe sélectionna ses premières pièces dans le répertoire "New-Wave
des années 80", puis "l'alternatif des années 80", et
finalement le "Pop-Rock et le Hit-Parade". Le groupe pratiquait sans
cesse et ne cessa de s'améliorer. Et sans vraiment sans rendre compte, plus le
Gibraltar jouait et plus le groupe devenait populaire. Au point où ils avaient
réinséré dans leur programme, des vieilles pièces du groupe "Genesis"
et plusieurs autres pièces de Rock-progressif. «
C'était plus fort que nous, il fallait jouer ces pièces »,
mentionnait Claude Traversy.
Pendant
ce temps, Daniel «Tonio» Cournoyer, le photographe, avait offert ses services
comme gérant du groupe, mais la vie trépidante de Cournoyer et son style
particulier faisait hésiter les membres du groupe. Mais Gibraltar avait
besoin de d'avancer et Tonio avait beaucoup de contacts et c'est ce que nous
avions besoin pour
venir à bout de faire, un jour ...un album ... qui était toujours notre principal
objectif.
« Nous avions bien rigolé en sa compagnie et c'est un peu à partir de
cette époque que nous avons commencé à voir du pays. Après 7 ou 8 mois, nos
attentes avec Daniel n'avaient pas été rencontrées et nous avons cessé notre
association, mais Tonio venait quand même nous voir jouer à chaque fois que
nous étions dans la région. Pour ma part j'ai toujours gardé une bonne
relation avec Daniel et j'ai utilisé ses talents de photographe à plusieurs reprises par la
suite, puisque dans ce domaine il est excellent »,
disait Jean.
Environ un an plus tard, Sylvain Dumas, ne se
sentant plus à l'aise au sein du groupe, quitte la formation et après un temps
de réflexion, devint l'éclairagiste du groupe. Dans ses nouvelles fonctions,
Dumas fit avancer le groupe de façon significative, en aidant le groupe à monter un spectacle
visuel avec des effets de lumières, de la pyrotechnie, un
budget limité et une imagination fertile. L'objectif était de pouvoir
atteindre le
circuit des spectacles de la catégorie intermédiaire, ce qui apporterait au
groupe une bonne visibilité et du travail presque à toutes les semaines.
Puis,
Pierre Plante se joignit au groupe comme technicien de son, Pierre voulait
devenir « preneur de son », et il a tenu à faire ses débuts avec Gibraltar,
pour la simple raison que le groupe était sérieux. Fort de deux excellents techniciens, le groupe entreprit
une tournée à travers le Québec.
De la petite soirée de salle
communautaire du village jusqu'aux grandes scènes de festival, les bars, les
Clubs de nuit, Le club Soda de Montréal pour " l'Empire des futures Stars
", et le concours de Chom-FM l'Esprit de Montréal, Gibraltar a été le
premier groupe Rock de la région à avoir été en vedette, dans le parc sur la
grande scène du festival de la Gibelotte en 1984 et en 1re partie nous avions
André-Phillippe Gagnon qui à cette époque n'était presque pas connu. En
y repensant, on aurait dû se mètrent ben chum avec lui !!!
Ce
soir-là, il y eut plus de 10,000 personnes à ce concert et comme de raison, ce
fut notre concert d'adieu
Mais, comme toute
bonne chose a une fin, il fallait mettre un terme au groupe.
Toutes ces
activités ont permis au groupe d'acquérir beaucoup d'expérience et
de faire de nombreuses relations avec des gens intéressants du milieu. Le
groupe était connu pour la musique qu'ils interprétaient, mais aussi pour
quelques compositions de leurs crus. Entre autres SuperGuy & Liberté, que
Doyon a par la suite enregistré avec le groupe Sudartik, plusieurs années plus
tard.
Après trois belles
années ensemble, Claude et Mark décidèrent de retourner à l'école, mais en
musique, à Joliette. Ce fut la fin d'une des plus belles époques musicales, de
chacune des vies des membres du groupe. Mais quel choc ce fut pour Jean Doyon,
d'apprendre la séparation du groupe. Il en fallut au moins de 6 à 8 mois à
s'en remettre. « J'avais
laissé planer mon désir d'aller vers Montréal, sans trop de conviction, pour
vraiment attaquer le marché et me redonner un nouveau challenge, mais
franchement, sans vraiment l'avoir dit, c'était avec Gibraltar que j'aurais
voulu y aller »
« Mais la vie avait
décidé de nous faire vivre autre choses, et ce qui était particulier à
Gibraltar, c'est que même aujourd'hui dans les années 2000, j'entends encore
parler de Gibraltar et de certains concerts que nous avions fait. Beaucoup de
gens de milieu différents, ou tout simplement, différents, me croisent dans la
rue et me font part de ce qu'ils faisaient le soir de tel ou tel spectacle, les
rencontrent qu'ils ont fait, certains même ont rencontré leurs futurs époux
et épouses. Il y en a même un, qui est très respecté dans la région, qui
m'a dit 20 ans plus tard, qu'il n'avait manqué aucun concert du GIB, «à
domicile». Et tout ça au son d'une musique qui nous rassemblait, tous. Ça, il
n'y a pas d'argent pour remplacer toutes ces histoires et ces bons souvenirs,
c'est ça vivre le moment présent »
Je
peux dire avec un certain recul, que Gibraltar a marqué une époque pour bien
des jeunes, et pour nous également.
... Jean Doyon

