Entrez dans l'univers du rock progressif

La filière progressive est une émission de radio (Sorel-Tracy, Québec, Canada) qui prend les ondes de CJSO 101,7 fm, à tout les samedis soirs 21 h, et qui est complètement dédiée au « Rock Progressif », ou à un Rock élargi par sa qualité et son talent. 
Le site Internet lui, rassemble la section Rock et Rock Progressif.
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Pain and Salvation • Be
InsideOut / Fusion III - Suède, 2004

Le séjour de Daniel Gildenlöw au sein de The Flower Kings a-t-il eu une influence décisive sur son évolution musicale? On peut se poser la question à l’écoute de «Be». Chose certaine les fans de longue date de Pain 0f Salvation doivent avoir de la difficulté à suivre les chemins qu’emprunte le groupe. Ils avaient déjà eu une petite surprise lorsque la figure de proue de Pain 0f Salvation s’était payé ce qui devait être à l’époque une passagère incartade progressive avec «Remedy Lane». Mais, manifestement, avec son petit dernier le groupe n’a pas encore fermé la parenthèse. Le heavy semble aujourd’hui n’être qu’une couleur parmi d’autres à la palette de Gildenlöw. Un «peintre» qui, incidemment, n’a jamais été aussi éclectique et inspiré que maintenant.

Il signe ici un ambitieux disque concept (grosso modo rien de moins que l’origine et l’évolution de l’humanité!).  Un disque qui puise tout autant aux sources du heavy, du progressif que du blues gospel, du blues soul déjanté («Dea Pecunia» que l’on peut situer quelque part entre le «I Put a Spell on You» de Screamin’ Jay Hawkins et un slow de Prince!!) que du «classique» et du folk. Dans cette veine il faut mentionner «Deus Nova» qui demeure une belle réussite dans le genre. Gildenlöw parvenant à fusionner tout naturellement musique du Moyen-Orient et folk britannique.  Une transition qui se fait sans heurt.  Présenté de cette façon, nul doute que «Be» peut donner l’impression d’être un brin chaotique.  Mais, cependant, il n’en est rien. Avec tout son talent, Gildenlöw est parvenu à insuffler à l’ensemble une cohérence certaine.  Voilà un musicien qu’il faudra surveiller de près dans les années à venir.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita)

31
Chroma Key • Graveyard Mountain Home

InsideOut / Fusion III - États-Unis, 2004

Avec la complicité notamment de son ex-collègue Mike Portnoy, de Jim Matheos (Fates Warning) et de Steve Wilson (Porcupine Tree), Kevin Moore avait frappé un grand coup l’année dernière avec «Office 0f Strategic Influence».  Un disque qui proposait un rock progressif atmosphérique (et parfois hard!) qui bénéficiait des nombreuses «expériences» de l’alchimiste sonore qu’est Moore.  On aurait pu croire que le succès de 0.S.l. allait encourager Moore à collaborer de nouveau avec la même équipe mais l’ex-claviériste de Dream Theater a plutôt poursuivi dans la veine «ambiante» en signant, sous son nom, la trame sonore du film «Ghost Book».  Décidément plus actif que jamais, Kevin Moore revient maintenant à la charge avec un nouveau disque de Chroma Key, le projet qu’il a mis sur pied lors de son départ de Dream Theater. 

À l’écoute de ce disque, en bonne partie instrumental, on ne peut qu’immédiatement songer à une trame sonore de film.  D’ailleurs, l’édition limitée de «Graveyard...» offre en prime un film (en DVD) avec la musique de ce disque en guise de trame sonore.  Moore y manipule adroitement textures sonores, atmosphères, échantillonnages (de sons ou de conversations) et évolue entre musique du monde, musique planante et électronique inspirée de «l’école allemande» des années 70.  Certains passages évoquant notamment les premiers essais de Kraftwerk.  Ce «Graveyard..» a donc très peu à voir avec 0.S.I. (et encore bien moins avec Dream Theater!) et se situe en parfaite continuité avec ce qu’il a réalisé dans le passé.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita)

30
Phil Manzanera • 6PM
Hannibal Records - Grande Bretagne 2004

En voilà un dont on était sans nouvelles depuis un bon moment. Après un long silence Phil Manzanera revient à la charge avec son sixième CD solo.  Un disque avec lequel l’ex guitariste de Roxy Music revient un peu à l’approche de son tout premier essai solo «Diamond Head».

D’ailleurs, on retrouve parmi les invités des musiciens qui ont contribué à ce disque comme Brian Eno, Bill MacCormick (il a aussi joué avec Manzanera au sein de 801 et Quiet Sun) et Robert Wyatt que l’on peut entendre à la batterie et à la trompette. On doit notamment au «souffle» de Wyatt, la pièce «Porlock», qui sert de bel intro planant à la pièce «Shoreline».  Parmi les invités on remarque aussi la présence de David Gilmour qui contribue à deux pièces.  Manzanera et Gilmour n’en sont pas à leur première collaboration.  En effet, les deux compères ont cosigné «One Slip» pour le CD «A Momentary Lapse of Reason» de Pink Floyd.

Incidemment, certaines pièces de «6PM» possèdent un petit côté «Floydien» comme «Broken Dreams», qui ouvre les festivités tout comme le bloc formé par «Cissbury Ring», «Porlock», «Shoreline», «Always You» et «Sacred Days» (un brin psychédélique dans la veine de ce que concoctait Steve Hillage à la fin des années 70).  Des pièces qui balancent entre le Floyd des années 60 et celui de «A Momentary...» et qui s’entrelacent pour former une suite de quinze minutes. Un des sommets de ce disque.  Un beau retour pour Manzanera qui signe ici un de ses meilleurs essais solo.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

29
Mar de Robles • Mar de Robles
Mylodon / Grande Bretagne 2003

Quand on se donne la peine de fouiller un peu, on découvre souvent des groupes qui semblent sortir de nulle part et dont personne ne parle.  C’est le cas, par exemple, de Mar De Robles, une nouvelle formation du Chili qui a beaucoup de caractère.  Si la première pièce de l’album, «lnvolucion» fait beaucoup songer à «2lst Century Schizoid Man» (l’utilisation des cuivres et le rythme saccadé) c’est toutefois du côté de l’excellent groupe Italien Deus Ex Machina qu’il faut surtout regarder.  Le chant très exalté et le timbre de voix du chanteur étant assez similaire. 

Pour ceux que ça pourrait rebuter, notez que les parties vocales ne sont pas abondantes et que la moitié des pièces sont totalement instrumentales.  Bien que les membres du groupe démontrent une bonne maîtrise de leur instrument respectif et que la performance est souvent au rendez-vous, les parties atmosphériques où la flûte traversière est dominante ne sont pas rares.

De plus, la basse «fretless» donne une chaleur latine à la musique qui sait parfois se faire un peu hard. On pense parfois à Ergo Sum mais en plus jazzy. «Nomadas» et «Lantic» sont ainsi de belles fusions de la flûte et des guitares électriques. Cet album est une belle découverte dont l’écoute demeure passionnante tout au long de ses 50 minutes.

- Jean-François Lamarre
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

28
Marillion • Marbles
Intact Recording / Grande Bretagne 2004

Les amateurs de rock progressif doivent beaucoup à Marillion.  Cette formation britannique a grandement contribué à tenir allumée la flamme de ce genre musical dans la décennie ingrate des années 1980 avec des albums culte tels «Script of a Jester’s Tear»,«Fugazi» ou l’incontournable «Misplaced Childhood».  Même si plusieurs établirent des comparaisons douteuses avec la période «Peter Gabriel» de Genesis, il reste néanmoins que Marillion redonna espoir en proposant un style mélangeant adroitement le «déjà vu » à des éléments appartenant bien aux années 1980, notamment en ce qui a trait aux jeux de claviers et de guitares. Le départ de l’élément moteur du groupe en 1987, le flamboyant Fish, obligea le quatuor restant à réfléchir sur son avenir et sur son orientation musicale.

L’embauche de Steve Hogarth en 1989 fût incontestablement une excellente décision. Les premiers albums post-Fish, «Season’s End» et «Holiday in Eden», permirent une transition réussie entre l’ancien et le nouveau style. C’est à partir de «Brave», en 1994, que la nouvelle personnalité de Marillion s’est vraiment affirmée. Certains opus de cette période, outre ce dernier, ont vraiment ravi les mélomanes, pensons à «Afraid of Sunlight» et «marillion.com.»  Malheureusement, «Anoraknophobia» paru en 2001 en a laissé plus d’un sur son appétit et trahissait un manque d’inspiration flagrant. Une période de repos et de ressourcement s’imposait.

Le treizième album s’est donc fait attendre trois longues années. D’entrée de jeu, il faut admettre que «Marbles» devrait rassurer tout le monde. Oeuvre d’un grand groupe qui vieillit en beauté, cet opus, fruit d’un long travail, démontre toute la maturité d’une formation qui compte plus de 20 ans d’existence. Sans être révolutionnaire, ni même très audacieux, «Marbles» propose tout de même des pièces efficaces, divertissantes et beaucoup plus inspirées que dans le dernier essai. Bien que l’on reste surtout en terrain de connaissance, certains extraits surprennent agréablement, pensons à « The Invisible Man », avec son rythme lent, son atmosphère névrosée et ses paroles sombres, à «Neverland» avec son côté underground ou à la très progressive «Ocean Cloud» qui n’est malheureusement disponible que sur l’album double. 

Autre originalité, les chansonnettes «Marbles I—II-III—IV» qui lient le tout et renforcent l’aspect concept de l’opus.  Encore une fois, il existe un bel équilibre entre les facettes rock (You’re Gone, Don’t Hurt Yourself, Drilling Hales,The Damage), atmosphériques (The Invisible Man, Neverland, Ocean Cloud) et les ballades (Fantastic Place, Angelina, The Unforgivable Thing).  Les cinq compères sont tous très en forme, particulièrement Hogarth qui maîtrise sa voix exceptionnellement bien.

Si le résultat de ces trois ans d’efforts ont porté fruit, la stratégie de marketing utilisée est à mon avis assez discutable. Il s’agit, en effet, du premier album double de Marillion et l’on a choisi vraisemblablement de ne pas en faire profiter l’amateur ordinaire en ne rendant le produit accessible que par lnternet et à fort prix (70$ à 85$ en incluant tous les frais, dépendamment de la version ordinaire double CD ou «de luxe»).  On a heureusement prévu une version simple relativement complète pour le réseau commercial et dans laquelle se retrouvent trois des quatre pièces majeures (The Invisible Man, Fantastic Place et Nerverland). Cette dernière, qui nous arrive cinq mois après la disponibilité de l’album double, devrait quand même satisfaire la majorité des admirateurs.

La double CD, qui ne compte que quatre morceaux de plus dont trois qui ne nous apprennent pas grand-chose (Genie, The Only Unfargivable Thing et The Damage), renferme cependant «Ocean Cloud», grande suite à développements de 17 minutes qui aurait dû normalement se retrouver sur la version populaire.  Malgré tout, je ne recommande la version double qu’aux fanatiques qui ne veulent vraiment rien manquer. Ils auront aussi droit, s’ils optent pour la version de luxe, à un dépliant très artistique comportant de multiples photos. Pour les autres, le disque simple vendu à prix accessible constitue un Marillion satisfaisant et rassurant qui nous livre l’essentiel de «Marbles».

- Richard GUAY
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

27
The Flower Kings • Adam & Eve

Inside Out / Fusion III / Suède 2004

Les Flower Kings continuent de faire mentir les statistiques.  En toute logique, avec dix ans d’existence, huit albums officiels dont trois double et de multiples participations de son leader à divers projets, ce groupe devrait être depuis longtemps sur le déclin et en «mode survivance», comme pratiquement tous ceux qui sont dans cette situation. Après avoir entendu «The Rainmaker» il y a deux ans, je pensais bien que c’était le cas.  Roine Stolt n’avait cependant pas dit son dernier mot et avec «Unfold the Future», l’an dernier, il relança les Flower Kings dans un nouveau cycle de créativité. «Adam & Eve» aura tôt fait de nous convaincre, lui aussi,que Stolt est l’artiste de rock progressif le plus inventif des dix dernières années.

Rigoureux, complexe et éclectique, cet opus excite nos sens tout au long de ses 79 minutes qui passent trop rapidement.  Sur toile de fond progressive s’entremêlent une multitude de genres musicaux tel le hard rock, le blues, le jazz ou le rock mélodique.  Cette musique rapide, énergique et audacieuse ne nous laisse pas une seconde de répit et nous amène de surprise en surprise, particulièrement pendant les deux longues pièces de vingt minutes, dont Love Supreme qui devrait vous laisser bouche bée... La venue d’un troisième guitariste, Daniel Guildenlöw, ajoute une nouvelle dimension à ce poste pourtant déjà bien comblé avec Stolt et Fröberg. Que Raine Stolt doit s’amuser en studio!

- Richard GUAY
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

26
Pip Pyle's Bash • Belle Illusion
Cuneiform / États-Unis 2004
 

Le nom de Pip Pyle est pour ainsi dire indissociable de la scène musicale Canterbury.  Après tout le batteur a fait partie de groupes légendaires comme Hatfield and The North et National Health.  Sans être exactement dans la même veine que ces groupes, la nouvelle formation qu’il a mise sur pied avec le guitariste Patrice Meyer (Hugh Happer, Equip’Out), le bassiste Fred Baker (ln Cahoots) et le claviériste Alex Maguire, vient à tout le moins démontrer que cette scène est toujours bien vivante. Pour le premier essai de Bash, Pip Pyle a construit les fondations de ses compositions en s’appuyant sur sa batterie et par ricochet sur la section rythmique.  Tout à fait naturel de la part d’un batteur me direz-vous mais Pyle n’a pas toujours agi de la sorte.  Ses compères se sont fort bien adaptés à ce contexte et ils privilégient une approche plutôt discrète.

On pourrait presque parler de retenue notamment dans le cas de Patrice Meyer qui limite ses envolées «à la Holdsworth».  C’est d’ailleurs le seul petit reproche que l’on peut adresser à ce disque.  On aurait aimé que les musiciens en prennent plus large.  Mais, gageons qu’avec une telle réunion de talentueux musiciens, le quatuor trouvera assurément sa vitesse de croisière avec son second essai.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

25
California Guitar Trio • Whitewater

Inside OUt / Fusion III / États-Unis 2004

Les albums du California Guitar Trio paraissent avec une régularité quasi «métronomique».  Ces anciens élèves de Robert Fripp entament leur deuxième décade avec une moyenne d’un disque par année si l’on tient compte des albums en concert et de la compilation que nous vous avons présentée dans le numéro 2 de Terra lncognita.  L’association avec Tony Levin se poursuit puisque «Whitewater» est réalisé par celui-ci. Contrairement à certains albums passés où le trio proposait plusieurs lectures très personnelles de classiques (tels que «The Good, The bad and the Ugly»), «Whitewater» est principalement composé de matériel original.

Cherchant à donner de nouvelles couleurs à ses compositions, CGT a expérimenté de nouveaux arrangements qui incluent l’utilisation d’effets électroniques. Connaissant le côté aventurier de Levin, il est fort à parier que celui-ci a dû y prendre beaucoup de plaisirs.  Mais, tout cela n’a rien de vulgaires bidouillages qui auraient pour résultat de rendre la musique artificielle.  Comme un peu de maquillage sur un beau visage, cet enrobage très discret n’est là que pour enrichir une démarche bien établie et pour varier les climats. Parce qu’il faut bien admettre que Les possibilités offertes par trois guitares acoustiques peuvent s’avérer limitées si nous n’étions pas en présence de ces virtuoses.  Ceux qui sont familiers avec leur répertoire pour les avoir vus chez nous à quelques reprises ne seront pas dépaysés.  La musique de CGT se situe toujours entre le folk romantique (The Marsh), le soft jazz (Mee-Woo), la musique classique (Prelude Circulation BWV988), le funk (Red lguana) sans oublier la reprise d’un morceau bien connu.

Ici, il s’agit d’une habile combinaison de «Riders n the sky», une pièce du répertoire country et de «Riders on the Storm» des Doors. On a intitulé ce joyeux amalgame «Ghost Riders on the Storm». Soulignons que l’album comprend une partie multimédia avec un vidéo-clip.  Pour ceux qui en voudraient plus, le groupe met sur le marché un DVD de plus de 120 minutes qui comprend des scènes en tournée dont quelques-unes ont été filmées à Québec lors du Festival d’été.

- Jean-François Lamarre
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

24
Guapo • Five suns
Cuneiform / Grande-Bretagne 2004

Le plus récent essai de ce triumvirat britannique s’adresse tout autant aux amateurs de groupes progressifs scandinaves naviguant dans le sillage de King Crimson (Anekdoten, Anglagard) qu’aux amateurs de Zheul (Magma, Univers Zero).  Un groupe donc aux confluents de deux courants un peu comme par exemple la formation française Nebelnest, Guapo propose trois pièces instrumentales (dont une de 46 minutes divisée en cinq parties!) baignant dans des atmosphères denses et tendues.

On songe parfois aux passages les plus «heavy» du King Crimson période «Lark’s Tangues n Aspic» ou aux moments les plus décapants de Magma, alors qu’à d’autres les charges de mellotron peuvent nous renvoyer à Anglagard.  Une musique aux multiples rebondissements (souvent propulsée par la basse et la batterie) et d’une belle intensité. Pas du tout le genre de disque que l’on peut saisir en quelques écoutes car il y a beaucoup «d’informations» à digérer. Fortement recommandé aux oreilles qui ont le goût de l’aventure.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

23
Univers Zéro • Implosion
Cuneiform / Belgique 2004

Depuis son retour sur disque en 1999 après une absence de 13 ans, Univers Zero peut être considéré comme la «créature» de Daniel Denis.  Seul membre d’origine du groupe avec Michel Berckmans, Denis compose et arrange maintenant tout le matériel du groupe. Le premier album de cette renaissance, le superbe «The Hard Ouest», avait séduit les inconditionnels et même élargi le public des amateurs de musique actuelle.  Si «Rhythmix», trois ans plus tard, avait un peu déçu, il n’y a aucun risque ce soit le cas avec «Implosion».

Composé de 16 pièces de 41 secondes à 10 minutes, «Implosion» ne contient pas de véritables temps faibles.  Alors que certaines compositions comme «Falling Ram Dance» et «Rapt d’Abdallah» donnent tout son sens à l’étiquette «Rock de chambre» qui a été attribuée à Univers Zero, d’autres ont une connotation beaucoup plus expérimentale qui pourrait en rebuter plusieurs. Des pièces comme «Partch’s X-Ray» et «Miroirs» explorent des sonorités pour le moins inquiétantes qui, dans certaines conditions, pourraient donner la chair de poule. Certaines sont même carrément bruitistes («Bacteria», «Ectoplasme») mais ne sont pas rebutantes pour autant.  Surtout qu’elles sont généralement courtes.

Les pièces les plus intéressantes sont tout de même celles qui profitent d’une instrumentation plus touffue.  «Temps Neufs» avec sa finale jazzy à la trompette est une petite perle et que dire de «Méandres», la plus longue pièce avec sa dizaine de minutes qui colle très bien à l’image que le groupe cultive depuis 27 ans déjà.  Malgré la franche réussite de cette nouvelle réalisation, «Implosion» est quand même à conseiller à un public averti qui s’en régalera à coup sûr.  Avec 9 musiciens et des instruments aussi inhabituels que le basson, la clarinette, le flugelhorn et le glockenspeil, la musique de Denis possède tout ce qu’il faut pour s’épanouir et éveiller la curiosité des mélomanes aventureux. Les amateurs de Thinking Plague, par exemple, devraient apprécier.

- Jean-François Lamarre
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

22
Strawbs • Déjà fou
Witchwood / Grande-Bretagne 2004

La carrière des Strawbs connaît un regain de vie significatif depuis quelques années. Nous avons vu paraître, dans les années 1990, de nombreuses compilations suivies de la réédition, avec des « bonus tracks », des meilleurs albums du groupe soit ceux compris entre 1971 (From the Witchwood) et 1975 (Ghost).  La tournée en formule trio l’an dernier aura prouvé à Dave Cousins, la figure de proue des Strawbs, que l’intérêt pour son groupe est toujours bien présent. «Déjà Fou», le premier album de matériel original en dix ans, marque le grand retour sur disque de The Strawbs, «Blue Angel» paru l’an dernier étant en fait une réédition d’un album de Cousins.

C’est avec beaucoup d’attentes que nous abordons cette nouvelle cuvée puisque c’est la formation qui symbolise le mieux la phase progressive des Strawbs qui est à l’oeuvre. Il s’agit de celle présente sur «Hero and Heroine» soit Dave Cousins (guitares), Dave Lambert (guitares), Chas Cronk (basse), Rod Coombes (batterie) et John Hawken (claviers). Dans ces conditions, on se serait attendu à un album plus purement progressif d’autant plus que sa prestation au NEARfest était consacrée à cette partie de son répertoire. En fait, «Déjà Fou» ressemble parfois à ce que Cousins a fait sur ses albums en solo. Cela ne veut pas dire qu’il est dépourvu d’intérêt. Bien au contraire !

Alors que les très jolies «Face Down in the Well», «If» et «Here Today, Gone Tomorrows» sont dans un registre folk romantique comme seul Cousins a le secret, les deux pièces créditées à Lambert seulement, «Cold Steel»> et «When the Lights Came On»,ont un tempo plus rock tel qu’attendu. Les textes que ce dernier interprète lui-même sont empreints d’un tel mal de vivre qu’on espère qu’ils ne sont pas autobiographiques.  Ces pièces sont particulièrement intéressantes. L’usage du banjo dans la première lui donne un petit air bluegrass alors que le chant parfois faux de la seconde est marqué d’une grande émotivité.  En fait, à part «Under a Cloudless Sky», les 12 compositions de ce nouveau disque des Strawbs sont assez loin des fastes de sa période progressive. En ouverture d’album, celle-ci s’avère donc trompeuse avec sa lente progression, les riffs de guitare électrique de Lambert et ses changements de tempo qui aboutissent à une finale à la guitare acoustique. «Déjà Fou» est malgré tout un retour réjouissant pour les Strawbs. Cette collection de chansons résume assez bien le chemin parcouru par le groupe et confirme la mainmise de Cousins sur la a troupe.

- Jean-François Lamarre
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

21
Riverside • Out of myself
Laser' Edge / Pologne 2004

Décidément, il faudra maintenant compter avec la Pologne.  Mine de rien de plus en plus de formations émergent de ce pays.  On connaissait déjà Abraxas, Quidam, Turquoise, Collage, Satellite, Lizard.  Il faut maintenant ajouter à cette liste de talentueuses formations le nom de Riverside.  Un groupe qui risque fort d’effectuer une belle percée avec ce «Out 0f Myself».  Un disque qui n’est pas tout à fait une nouveauté puisqu’il était disponible en Pologne depuis un bon moment.  Heureusement, la maison Lasers Edge a flairé le potentiel et «Out 0f Myself» bénéficiera d’une distribution adéquate.  

Comment circonscrire le champs d’action de Riverside?  On pourrait résumer en citant comme référence Porcupine Tree (pour les atmosphères), Collage (pour les claviers symphoniques et les superbes envolées du guitariste Piotr Grudzinski) et Opeth période «Damnation» (à quelques occasions la voix malléable de Mariusz Duda n’est pas sans évoquer celle de Mikael Akerfeldt).  Progressif et métal plus punché se côtoient donc sans problème et les musiciens parviennent même à faire cohabiter l’un et l’autre avec bonheur («Reality Dream», «Loose Heart»). Voilà un disque qui risque fort de se retrouver dans les palmarès des meilleurs albums de 2004.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

20
Dead Soul Tribe • The January Tree
Inside OUt / Fusion III / États-Unis 2004

Avec «The January Treess, le troisième essai de Dead Sou! Tribe, Devon Graves semble avoir trouvé un certain équilibre et propose un son plus personnel. Ce n’est pas que ses précédents opus étaient inintéressants (loin de là!) mais on sentait qu’il était à définir son champs d’action. Un rock que le multi-instrumentiste (doté aussi d’une bonne plume!) a baptisé du nom de «Tribal Metal» (voir entrevue dans ce numéro) et ce fort probablement à cause de cette combinaison de batterie lourde, bien sentie et de basse hypnotique.

Musicalement, l’héritage de Black Sabbath se fait sentir à plus d’une occasion, c’est le cas notamment des pièces «The Love of Hate» et «Waiting For The Answer» (qui est épicée de rythmes du Moyen-Orient), mais on retrouve aussi certains clins d’oeil à Jethro Tull avec «Toy Rockets» (on pourrait songer à la rencontre de Sabbath et Jethro!!) et «Just Like A Timepiece», une quasi ballade où Graves signe sa plus belle envolée à la flûte.  Une approche ,avouons-le, peu commune dans le monde du heavy.

- Michel BILODEAU
(Terra Incognita) 5 octobre 2004

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