LE SORELTRACY MAGAZINE     *  Dernière mise à jour : mardi 24 novembre 2015 16:35

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NÉCROLOGIE

NOUS JOINDRE


18 février 2014

Les religions – Ou de l’humain travesti en divin

Très modeste contribution à la Charte québécoise des valeurs

 

 

 

« Il n’est possible de croire qu’à ce qu’on ne comprend pas. »

Clément Rosset, Le Principe de cruauté (1988)

Or : « C’est de la négligence (negligentiae)

que de ne pas connaître ce que nous croyons. »

Anselme de Cantorbéry, Proslogion (1078)

 

 

À l’instar des hommes, qui sont, comme chacun sait, des femmes comme les autres, les religions sont des idéologies comme toutes les autres. 

Ce qui au demeurant ne constitue ni un défaut, ou une carence rédhibitoire, ni une qualité au sens second du terme.

Et chacun peut adhérer, et de bonne foi si je puis dire, à l’une ou l’autre de ces idéo­logies (il en existe d’innom­brables au sein de l’Humanité, qui se font et se défont au fil des siècles et des millé­naires, voire des modes et des saisons : il n’y a pas en icelles – tant s’en faut – seulement les trois mono­théismes de source abraha­mique : l’islam, le christia­nisme et le judaïsme).

C’est tout de même étonnant, convenons-en d’emblée. À savoir –…

Les hommes s’inventent des dieux (l’existence de ceux-ci n’aura jamais été démon­trée), ils leur mettent ensuite des mots en bouche (la bible, le coran, le tanakh, la bhagavad-gita…), pour enfin se soumettre corps et âme (et idéale­ment, de l’Inqui­sition catho­lique de jadis aux inté­grismes islamiste et/ou chrétien et/ou hin­douiste et/ou judaïque de notre temps, sou­mettre les « infidèles » aussi, voire surtout...) aux diktats émanant de ces textes.

C’est ainsi – ô Miracle ! – que le créé de toute pièce devient Créateur.

Aussi nommé, en toute rigueur, Idole. Mais appelons-la Odile, pour ne pas donner dans la ségré­gation (et ainsi ménager les sensi­bilités) parmi les non moins innom­brables noms qui lui sont assignés selon les époques, les terri­toires et les commu­nautés concernés.

Mais là où le bât blesse sérieusement (car enfin, tout un chacun peut émettre une hypothèse et s’y soumettre totale­ment, si ça lui chante), c’est que cette Hypothèse (on y croit ou on n’y croit pas, faute de la vérifier : tel un fer en bois) se méta­mor­phose rapide­ment en Absolu dans la plupart des cas, sinon tous, pour les fidèles subsumés.

Sophisme monumental.

En outre, et ce n’est pas la moindre de ses déficiences, un Absolu c’est par définition indis­cutable. C’est‑à-dire : non contes­table. Ou non réfu­table, en termes scien­tifiques.

Tout le contraire – mais radicalement le contraire – de l’esprit de la Démocratie.

Dans laquelle les hommes sont « condamnés » (une forme d’Enfer ? : Pensons au mot de Churchill), par le langage (expression, écoute, discussion, débat puis décision, provi­soire en perma­nence), à polir leurs différends (par police moins que par polis­sage en l’occasion) afin de constituer des cités viables. C’est‑à-dire dans lesquelles ces diffé­rends se révèlent, à terme, compa­tibles dans le respect par tout un chacun de tout un chacun.

Héraklésien labeur de Sisyphe.

Car il s’agit, on le sait, d’un travail perpétuel. Pénélopien. Jamais achevé. À remettre sans relâche sur le métier.

(Ah ! ce serait tellement plus simple – via un dieu, une folle idée ou un psycho­pathe, peu importe – la Dictature !)

*

Coda –. Le religieux, cela dit en tout respect sincère des croyances, n’a, de près ou de loin, rien à faire au voisi­nage de l’État. Car si l’hypothèse Dieu ne ‘voile’ rien d’imbécile ou de ridicule en soi *, la « conversion » d’une présomption mentale en Être réel – et absolu qui plus est – relève quant à elle, stricto sensu, de la psychose. Individuelle ou collective.

L’Absolu dans le Politique (de quelque idéologie qu’il puisse participer : du sang aryen à l’« homme nouveau » manière Pol Pot, en passant par la jihad ou la monarchie de droit… divin), c’est la Guerre. Entre les fidèles et les infidèles.

Tôt ou tard. Invariablement.

Aussi, je vous en prie, couvrez ce saint que je ne saurais voir.

 

Jean-Luc Gouin

Fils d’une famille vaguement catholique

LePeregrin@yahoo.ca

Capitale nationale, le 19 Février 2014

 

* De Spinoza à Einstein, de puissants esprits en témoignent. Au reste, j’incline fort à penser, pour ma part, avec Georg W.F. Hegel, que loin d’être un à‑côté de l’homme, ou même un « au‑dessus », voire un « en‑dessous », que « Dieu est seule­ment dans l’esprit, et non pas au‑delà : il est ce que l’individu a de plus propre (Gott ist nur im Geiste, nicht jenseits, sondern das Eigenste des Indivi­duums) ». Autre­ment dit : « C’est la cons­cience de soi de Dieu qui se sait dans le savoir de l’homme (Es ist Gottes Selbstbewußtsein, welches sich in dem Wissen des Mens­chen weiß) ». C’est peut‑être Jacques Brel, à la fin, qui a raison : « L’homme est Dieu, mais il ne le sait pas encore. » Mais cela entendu, telle une logo­phonie, l’osera-t‑il jamais – cet homme – cette connaissance ?

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