Réponse de Luc Malo à
Luc Morin, citoyen de VarennesMonsieur
Morin,
Dans la lettre que vous m’adressiez
récemment par l’intermédiaire du SorelTracy Magazine, vous me demandiez,
si je vous comprends bien, pourquoi le Bloc Québécois pourrait voter
contre le discours du Trône.
La réponse est fort simple : parce que ce discours pourrait ne pas
correspondre aux intérêts et aux valeurs des Québécois. Par le passé,
les députés du Bloc Québécois ont toujours voté pour ce qui était
favorable au Québec, et contre ce qui lui était nuisible. Nous entendons
bien nous en tenir à cette ligne de conduite.
Quant à l’aspect électoral du discours du Trône, c’est bien davantage au
gouvernement conservateur qu’il faudrait poser votre question. En effet,
rien n’obligeait Stephen Harper à utiliser ce moyen, qui aboutit à un
vote de confiance, pour présenter son menu législatif, et encore moins
de faire de chacun des votes qui pourraient suivre des votes de
confiance. Le premier ministre n’aurait-il pas choisi ce moyen justement
parce qu’il souhaite plus que tout provoquer des élections en présentant
un discours du Trône que toute l’opposition devrait refuser?
La mauvaise foi du premier ministre conservateur est
d’ailleurs de plus en plus manifeste. À titre d’exemple, alors que le
prix Nobel de la paix était récemment attribué à l'ancien vice-
président américain Al Gore pour son engagement en faveur de
l'environnement, on apprenait que les conservateurs pourraient inclure
le rejet du protocole de Kyoto dans le discours du Trône, et ce malgré
le fait qu’un projet de loi exigeant le respect du protocole ait été
adopté par les parlementaires en juin dernier.
Dans votre lettre, vous affirmiez également que le gouvernement
conservateur avait réglé le déséquilibre fiscal. Je me permets de vous
rappeler que le dernier budget n’a pas apporté de solution définitive à
ce problème : il s’agit simplement d’un règlement financier temporaire
qui devra être renégocié avec tous les gouvernements ultérieurs. Le
règlement définitif du déséquilibre fiscal, tel que le réclament tous
les partis présents à l’Assemblée nationale, passe par l’élimination du
pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence qui reviennent
au Québec et par le transfert de points d’impôt au Québec. Le premier
ministre conservateur n’agit pas très différemment de son prédécesseur
libéral en continuant de négocier des ententes à la pièce et en refusant
de s’attaquer directement à la racine du problème.
Vous attribuez également à Stephen Harper une certaine
ouverture à l’endroit du Québec, notamment en raison de la
reconnaissance de la nation québécoise. Pourtant, encore une fois,
c’est le Bloc Québécois qui a d’abord soulevé cette question. Cependant,
comme le premier ministre l’a déclaré aux médias canadiens, cette
reconnaissance n’a aucune valeur juridique. Dans les faits, chez nous,
rien n’a changé, si ce n’est que notre secteur manufacturier a été
délaissé au profit des pétrolières de l’Ouest canadien.
En terminant, je tiens à réaffirmer que mes collègues du Bloc Québécois
et moi-même n’oublions pas que nous devons nos sièges aux citoyens qui
nous ont élus. Or, le premier ministre conservateur se comporte de façon
arrogante
envers ces citoyens en agissant comme s’il était à la tête d’un
gouvernement
majoritaire, ce qui n’est pas le cas.
Luc Malo, député de Verchères-Les Patriotes