Accommodements
raisonnables : Je me souviens !27
février 2007 - Voici un texte, édité par
plusieurs sites Internet et qui circulent présentement un peu partout à
travers le Québec. (Sous toutes réserves)
J'aurais voulu aller rencontrer ces femmes musulmanes
à Hérouxville pour partager leur culture et leurs recettes, mais surtout
pour profiter de l'occasion de leur expliquer notre devise je me
souviens.
Je me souviens que, dans mon jeune
âge, nous ne pouvions pas entrer à l'église sans avoir un voile ou un
chapeau sur la tête. À cette époque, je me souviens aussi que c'était
aussi un péché mortel de manger de la viande le vendredi.
Dans la même décennie, je me souviens que ma mère a été
chassée de l'Église parce qu'après avoir mis au monde quatre enfants,
elle ne voulait plus en avoir d'autres. Je me souviens que pour cette
raison, le pardon de ses fautes lui était refusé par l'Église à moins
qu'elle ne laisse son corps à son mari, avec ou sans plaisir, au risque
d'atteindre la douzaine.
Je me souviens qu'elle
a refusé et qu'elle a quitté l'Église comme beaucoup d'autres femmes de
sa génération. Je me souviens que ma mère s'est ensuite séparée de mon
père et que nous sommes devenus la cible des regards et des commentaires
désobligeants de notre paroisse. Cependant je me souviens qu'à la suite
de sa séparation, nous avons vu le collet romain sur la table de nuit.
Le prêtre voulait-il tester les moyens de contraception de l'heure ?
Dans la même décennie, je me souviens que la cousine de
ma mère a obtenu le divorce et qu'elle a reçu du même coup son
excommunication de Rome. Je me souviens que quelques années à peine
avant ma naissance, les femmes ont obtenu le droit de vote et en même
temps le droit d'être considérées comme des citoyennes à part entière
dans la société.
Je me souviens que lorsque
j'étais jeune, nous devions nous aussi, comme pour les religions
musulmane et autres, prier sept à huit fois par jour. La messe à tous
les matins, une prière avant le déjeuner, une prière en entrant en
classe, une au dîner sous le coup de l'Angélus, une autre avant la
classe de l'après-midi, les grâces au souper, le chapelet en famille
avec le Cardinal Léger et une dernière prière avant d'aller au lit. Il y
avait le mois de Marie, les Vêpres, etc.. Nous avions aussi de longues
périodes de jeûne avant Noël (l'Avant), avant Pâques (le Carême). Je
n'ai pas dit non plus que nous devions porter le deuil durant un an et
moins selon le degré de parenté de la personne décédée.
Je me souviens que, tour à tour, ma mère et ma belle-mère
ont vu une opération urgente retardée en attendant que leur mari
respectif, de qui elles étaient séparées de fait et non légalement,
apposent leur signature pour autoriser leur intervention chirurgicale.
Devenue adulte, je me souviens que grâce aux
pressions de la génération précédente, j'ai eu accès aux premiers moyens
de contraception qui m'ont permis de restreindre le nombre de mes
propres rejetons. Je me souviens aussi qu'il n'était plus un péché de
manger de la viande le vendredi. Je ne sais pas ce qui est arrivé à ceux
qui sont allés en enfer. J'espère qu'on les a rapatriés.
Devenue adulte, je me souviens avoir travaillé dans des
environnements traditionnellement réservés aux hommes. je me souviens
des frustrations de ne pas avoir été traitées au même titre que les
hommes dans les entreprises et surtout dans la vie en général. Je me
souviens qu'après avoir eu un fils, je ne voulais plus d'autres enfants
de peur que ce ne soit des filles, par solidarité et parce que le
travail qui restait encore à faire pour atteindre l'égalité était
énorme.
Je me souviens des efforts que beaucoup
de femmes ont dû déployer pour se faire reconnaître et pour obtenir des
postes administratifs de haut niveau. je me souviens du militantisme de
beaucoup de femmes qui ont travaillé d'arrache-pied pour obtenir
l'équité dans notre pays comme politicienne, au sein des chambres de
commerce, des syndicats, du Conseil du statut de la femme, etc.
Je me souviens qu'il a fallu plus de cinquante ans
d'efforts collectifs pour nous libérer de l'emprise de l'Église et de la
religion sur nos vies. je me souviens qu'il a fallu plus de soixante ans
(1940 à 2006) pour obtenir l'équité salariale et que ce n'est pas encore
fini. Mes soixante ans font que je sais que rien n'est acquis dans la
vie et qu'il faut maintenir voire redoubler nos efforts pour ne pas
perdre le résultat de tous ces labeurs.
Je ne
suis pas raciste, cependant, lorsque je vois d'autres ethnies,
imprégnées par leur religion contrôlante, vouloir s'imposer dans notre
société, j'ai peur. J'ai peur parce que ces hommes et ces femmes ne
savent pas quel chemin nous avons parcouru. De plus, les jeunes
québécoises qui embrassent cette religion qui voile les femmes ne se
souviennent pas. C'est donc par ignorance qu'on explique leur choix.
Aucun animal dans la nature à part l'homme, n'abrille sa femelle par
dessus la tête.
Je suis maintenant une
grand-mère de quatre merveilleuses petites filles et j'ai peur. J'ai
peur lorsque je vois une femme voilée travailler dans un CPE ou dans nos
écoles ou encore lorsqu'on y laisse un enfant porter le Kirpan. Nous
nous sommes débarrassés de tous ces symboles religieux et voilà qu'ils
reviennent à l'endroit même où l'éducation de notre nouvelle génération
est cruciale et à la période à laquelle on doit inculquer les principes
fondamentaux de vie en société à nos enfants. La tolérance envers ces
symboles religieux que sont le voile, le Kirpan, le turban dans les CPE,
dans nos écoles et dans nos institutions en général est un manque de
respect pour les générations précédentes qui ont travaillé si fort pour
se retirer de l'emprise de la religion sur nos vies. Vous ne vous
souvenez pas !
Moi, je me souviens et à cet
égard, je n'ai aucune tolérance et je ne veux aucun accommodement par
respect pour ma mère, ma tante et pour mes petites filles. Je me
souviens que la charte des droits et libertés permet à chacun de
pratiquer la religion de son choix, mais de grâce que cette religion
demeure dans la famille.
Le port du voile dans
la religion musulmane est pour nous la démonstration la plus importante
de la soumission de la femme et c'est cela qui nous fait peur et qui
nous choque parce qu'on se souvient. On se souvient que ce symbole
existait il y a cinquante ans et on ne veut pas revenir en arrière. Je
me souviens surtout que lors de la Révolution tranquille, les
communautés religieuses ont suivi tout naturellement l'évolution de
notre société en se laïcisant. Elles ont troqué, sans qu'on le leur
impose, leurs grandes robes noires et leurs voiles dans le cas des
femmes pour des habits civils sans pour autant renier leur foi et sans
cesser de prier. Plusieurs de ces personnes sont encore vivantes
aujourd'hui. Doit-on leur dire qu'elles ont évolué à tort et qu'elles
ont fait tous ces efforts pour tomber dans l'oubli ?
Que l'on prie Jésus, Mahomet ou Bouddha m'importe peu,
mais nous nous sommes battus, québécois et québécoises, pour que notre
société soit laïque. Nous nous sommes battues, québécoises, pour obtenir
l'égalité du droit de parole entre les hommes et les femmes autant que
pour l'égalité des chances au travail.
Souvenez-vous que si vous avez immigré au Canada et surtout au Québec,
c'est pour faire partie d'une société ouverte qui vous donne sur un
plateau d'argent tous les acquis que les générations précédentes ont
obtenus particulièrement au chapitre des droits des femmes. Je veux
croire aussi que c'est par ignorance de nos traditions et de nos
coutumes et non par manque de respect que les femmes musulmanes veulent
montrer au grand jour voire imposer ce symbole de leur croyance qu'est
le voile.
Peut-être que notre société va trop
loin avec ses libertés. Mais, le balancier doit s'arrêter au milieu et
non régresser jusqu'au point de départ. Il faut se souvenir.
L'intégration à une société commence par le respect de ses traditions et
de ses coutumes ainsi que par le respect envers ses citoyens et
citoyennes qui ont participé à l'exercice.
Peut-être que nos livres d'histoire ne se souviennent pas ou bien qu'ils
n'ont simplement pas été mis à jour. C'est donc la responsabilité du
gouvernement d'appliquer notre devise « je me souviens » à notre
Histoire et d'intégrer à cette Histoire les efforts de nos générations
précédentes pour atteindre la société d'aujourd'hui et surtout de
s'assurer que la génération montante s'en souvienne. C'est aussi la
responsabilité des organismes d'accueil aux immigrants de leur faire
connaître cette devise du Québec «» afin que ces nouveaux arrivants ne
pensent pas que nous sommes racistes simplement parce que l'on s'en
souvient et qu'on ne veut pas imposer à notre progéniture d'avoir à
reprendre les mêmes débats qu'il y a cinquante ans.
En terminant, pour commenter le sondage du journal La
Presse d'hier sur les musulmans heureux de vivre chez nous, je dis que
même et surtout si les femmes voilées que l'on retrouve dans les CPE
ainsi qu'ailleurs dans nos institutions font partie de cette majorité
heureuse de vivre en notre terre, alors cette majorité m'incommode pour
tous les arguments que j'ai soulevés précédemment.
Grand-mère Johanne Chayer
Montréal (Québec)