Qui a peur de... dire dire les choses?
18 mars 2006 - Assis devant le clavier de mon ordinateur,
je suis bouche bée. Je ne sais comment exprimer me satisfaction
devant l’étonnant spectacle dont j’ai été témoin vendredi soir au Vieux
théâtre du marché: «Qui a peur de Virginia Woolf? » Si le
spectateur attentif à cette pièce espère pouvoir répondre à cette
question, c’est, à mon avis, peine perdue. Ici, tout est en jeu.
Dans le programme distribué avant la soirée, le metteur en scène, M.
Yvan Lamontagne, nous invite d’ailleurs «à une performance d’acteurs ».
Quelle performance!!!
Je nommerai d’abord Pierre Philipp, dont j’ignorais le nom avant cette
soirée, bien que je le connaisse depuis ma jeunesse. Je le revoyais
après plus de trente ans. Mon Dieu que ça fait plaisir de vieillir
surtout quand on découvre tout le talent qu’une personne a su faire
mûrir en elle au cours des années. Il exprime lui-même qu’il avait
découvert cette pièce il y a 36 ans et qu’il avait enfin pu réaliser son
rêve. Peut-on dire de sa performance d’acteur qu’il s’agit du rôle
de sa vie? Je suis porté à le croire. Hier, une étoile
brillait sur Sorel en ce temps d’équinoxe, elle portait le nom de
Pierre...
Je ne saurais non plus passer sous silence la performance de Ginette
Ducharme. Elle est de toutes les productions théâtrales locales..,
ou presque. C’est à se demander comment elle peut faire autre
chose tant son implication au théâtre local est colossal. En fait, comme
elle le dit si bien elle-même: «Vérité ou illusion... Qui est Martha?
Oubliez qui je suis.. » Elle joue Martha en toute vérité et cette
Martha a «du charme ». Alors?
Je glisserai rapidement sur les deux autres acteurs,
Vincent Bergeron et Rachel Caron. Disons que pour moi, ils sont de
nouveaux venus. Leur performance leur vaut la mention de
reconnaissance comme on dit lors de la cérémonie des Oscars, une
reconnaissance pour leurs rôles de meilleurs acteurs de soutien. Quant
aux dires de ce dernier qu’il s’agit pour lui d’un premier rôle, voilà
la consécration! Quant à elle dont on dit qu’elle nourrit des
grands rêves dans le domaine, voilà la porte du théâtre toute grande
ouverte.
Pour ceux qui trouvent que je beurre trop, beaucoup et
longtemps... Peut-être ne vous intéressez-vous pas au théâtre,
encore moins au théâtre local? Pour paraphraser St-Exupéry, il y a
bien plus que le jeu et le théâtre pour les grandes personnes...
Pourtant j’ajouterais que cette pièce est une traduction de Michel
Tremblay. Si un auteur de la trempe de Michel Tremblay s’amuse à
traduire une pièce, c’est qu’elle doit avoir du génie. Aussi, que
l’auteur lui-même, M. Edward Albee, prenne le temps d’écrire à la troupe
un mot d’encouragement, cela tient de la magie: «La dernière fois que
j’ai vu la pièce à Paris, ils avaient fait l’erreur de la produire avec
seulement un seul entracte... Je vous souhaite trois actes
d’enthousiasme. » Ce fut le cas M. Albee. Merci de nous
rappeler en cette période de mondialisation qu’il n’y a pas de grandes
ou de petites scènes. Il n’y a que la scène et le jeu, le feu des
acteurs.
Hier soir, dans notre région si sensible à la crue des
eaux et aux migrations d’oiseaux, dans ce pays d’hiver et de neige, dans
ce pays de nos ancêtres, nous avons oublié tout, de notre petite misère,
de notre âge et de ses maux. Nous avons cru à Sorel et à sa
noblesse. Nous avons vu qu’au vieux marché restait bien vivant le
théâtre, un théâtre digne de notre grande légende, digne du Survenant.
Mario Bellavance