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Le soleil se lève au sud

Par Robert Jasmin, tiré de la revue Quoi de neuf, fév. Mars 2006, p. 9

Vous vous souvenez de la ZLÉA, la Zone de Libre Échange des Amériques, celle qui devait voir le jour le 1e janvier 2005 et qui a avorté au fil des ans qui ont suivi la contestation citoyenne de Québec en 2001. En espagnol, le sigle était ALCA et il faisait autant, sinon plus, l’objet d’une vaste opposition en Amérique latine. Eh bien, un autre sigle, très populaire celui-là, est en train de le supplanter! Il s’agit de l’Alba, Alternatives Bolivariennes pour les Amériques. En espagnol, alba signifie aube, ce moment du jour qui voit le soleil se lever.

L’ALBA est une proposition de celui qui devient peu à peu le nouveau héros de la jeunesse latino-américaine, le président Hugo Chavez du Vénézuéla, la bête noire de Bush (donc forcément sympathique). Très démocratiquement élu, lui, et à plusieurs reprises depuis 1998, Hugo Chavez a décidé que les richesses énormes de son pays allaient servir les intérêts des plus pauvres. Rappelons que le Vénézuéla regorge de richesses pétrolières et que, malgré cela, le pays compte plus de 80% de pauvres.

Chavez pense, et avec raison selon moi, que le néolibéralisme est responsable de l’état de délabrement du monde actuel et de ses inégalités criantes et qu’il y a d’autres façons de considérer l’économie, tant à l’intérieur d’un pays que dans ses relations et ses échanges avec les autres. Il rejette donc le credo selon lequel la loi du marché peut résoudre les problèmes de tous genres. Il croit au contraire que cette loi, que certains charlatans de l’économisme prétendent immuable, a toujours favorisé les plus forts et les plus riches.

À l’instar de celui qui l’inspire, Simon Bolivar, le grand libérateur anticolonialiste de l’Amérique latine, Hugo Chavez a donc décidé de passer de la parole aux actes (fait inusité en politique!) et de combattre le néocolonialisme étasunien au grand dam des exploiteurs patentés. Pour ce faire, il a d’abord fait adopter, par sa population, une nouvelle constitution, source des grands principes qu’il entend défendre. Ainsi, à titre d’exemple, est inscrit dans la constitution le droit à un système public et participatif de santé, intégré au système de sécurité sociale et régi par les principes de la gratuité universelle, de l’intégration sociale et de la solidarité.

Le texte de la constitution a été distribué à tous les habitants du Vénézuéla et ceux-ci le brandissent à toute occasion comme le bien le plus précieux dont ils disposent. On dit que le désir de le lire a poussé des milliers de personnes à profiter des écoles d’alphabétisation gratuites payées à même les redevances du pétrole. Et des extraits de cette constitution se retrouvent maintenant inscrits sur les sacs de farine, de sucre et d’autres denrées de base accessibles aux p0lus démunis. Quand on pense aux inepties infantilisantes des publicités auxquelles nous sommes soumis ici, on en vient à se dire que là-bas, les gens sont traités avec plus de dignité!

Par ailleurs, dans ses relations avec les autres pays, Chavez fait, là aussi, preuve de plus de justice que ce à quoi on nous a habitués. Considérant la pauvreté de la population des Caraïbes, il a décidé de leur vendre son pétrole à 40% du prix du marché mondial. Propriétaire d’un réseau de distribution d’huile à chauffage aux États-Unis, le Vénézuéla offre ce produit à prix très réduit aux familles pauvres étasuniennes. Il a donné son pétrole à Cuba en échange de quelques milliers de médecins qui viennent soigner gratuitement des pauvres qui, pour la majorité d’entre eux, n’en ont jamais vu un de leur vie.

Enfin, le Vénézuéla est l’initiateur d’un nouveau réseau d’information télévisuel, Telesur, qui donnera à l’Amérique latine la possibilité de considérer l’actualité à partir d’elle-même, au lieu d’être soumise à une image déformée venue des grands monopoles d’informations du nord.

Qui a dit que le Soleil se levait à l’est? 

 

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