L'ENVERS DE LA MÉDAILLE!
avec Daniel Lequin

mardi 11 avril 2017

Douche froide !



Impatient, je piétine sur place.

Nous attendons tous le signal du départ.

Je regarde derrière. Je n’arrive pas à réaliser. Les ruines du Colisée résistent à l’usure du temps. Rome vit parmi les ruines.

Que feriez-vous à ma place ?

Intimidant. Je caresse un rêve. Je dois me pincer. Entassés comme des saucissons, les odeurs italiennes émanent autour de nous.

Comme au soccer, ils s’agitent. Ils décident d’entamer des chants, question de créer une ambiance, j’imagine. Je dois vous dire. Les Italiens, ils ne parlent pas, ils crient.

Au loin, les nuages noirs menacent. Je confie alors à Josée, toute menue parmi cette immense masse de coureurs, que nous allons sûrement y goûter. Or, avec mon éternel optimiste, j’anticipe le contraire.

Finalement, on avance. Je n’ai jamais entendu le signal, tellement nous sommes éloignés. J’ai la tête dans les nuages. Voilà.

Quelques kilomètres plus tard, les puissances de l’empire romain résonnent. Les coups de tonnerre nous saisissent. Même la foudre s’en mêle, une première dans mon cas lors d’un marathon.

Ils tombent des clous. Rapidement, nous sommes détrempés jusqu’aux os !

Que cela ne tienne.

La chaussée devient instantanément glissante, surtout sur les 9km de pavés carrelés. Je n’imaginais pas que cette portion allait me drainer autant d’énergie. J’avais pourtant testé l’automne dernier à Berlin mais jamais sur une aussi grande distance. Je deviens attentif. Je dois éviter les marres d’eau qui ont poussé comme des champignons.

Et les virages ! Tourne à gauche, tourne à droite, ça ne finit jamais.

Le parcours provoque tout de même l’imaginaire. À un certain moment, Josée me dit : « Tu ne parles pas beaucoup Daniel ! ». En fait, je ne suis plus là. Estomaqué par les scènes qui se déroulent devant moi, je veux apprécier au maximum.

La veille, je me revois encore dans l’enceinte du Colisée, contemplant toute l’histoire. C’est trop pour mes capacités d’absorption. L’appréciation s’amplifie. Je ne dois rien oublier. Tout ce qui s’y est déroulé…. Malade ! Inimaginable !

Puis, ma visite au Vatican me démontre la démesure. L’église métamorphosée, devenue essentiellement lucrative, qui semble avoir totalement égaré sa signification, son vrai sens, son vrai visage, sa réelle valeur.

Pourtant, les gens abondent toujours. Je n’arrive pas à m’expliquer ce phénomène. On se pile sur les pieds lors des déplacements. À nouveau, mes yeux ne peuvent pas tout saisir. Je me remémore soudainement les images de mon enfance diffusées à la télé pour les messes de Noël à la basilique Saint-Pierre. L’immense autel s’impose.

La vue de la dépouille du pape Jean XXXIII me sidère. Je m’informe à un guide. Est-ce vraiment lui ? « Oui, c’est son vrai corps », réplique-t-il.

Un étroit passage me dirige vers la grotte, sous les bases de la basilique, où je défile devant les tombes de plusieurs papes et l’endroit où semble-t-il, Saint-Pierre fut inhumé ! Pénétrant dans la chapelle Sixtine, je dois m’asseoir et vivre le moment. Michel-Ange y a laissé une œuvre colossale, impensable à peindre aujourd’hui. Je contemple. Je ressens des raideurs au cou. Magnifique !

Courir dans les rues de Rome, courir l’histoire.

Mais pour l’organisation du marathon, on repassera. Disons qu’ils ont des croûtes à manger. L’apocalypse du salon démontre une culture particulière. La file d’attente interminable pour cueillir le dossard, l’entassement au fond d’un couloir dans la cohue pour obtenir le chandail, les ravitaillements désorganisés , une médaille bien ordinaire, l’interminable marche imposée après le fil d’arrivée que nous avons dû traverser sous des cordes, gelés afin de rejoindre Pasquale et Lionel s’avèrent de petits irritants à corriger.

Toutefois, on oublie rapidement ces aspects grâce aux charmes de cette ville magistrale.

Voir Rome, c’est revenir dans le temps, saisir une époque tellement lointaine que l’on peine à croire qu’il nous est permis encore de contempler les vestiges.

Le Panthéon pour sa coupole, une réalisation architecturale unique, la fontaine de Trévi, recluse dans un carrefour qui nous apparaît soudainement et qui étonne par son ampleur, ses détails, sa somptuosité, son prestige.

Ce 3e marathon en Europe m’aura permis de vivre des moments riches en émotions car après 73 marathons, il faut parfois du gras autour de l’os !

Ah oui ! Mon chrono, honnêtement, il n’a jamais meublé mes pensées, sauf peut-être à la fin, simple curiosité. Je me demande vraiment si un temps devient nécessaire dans de telles circonstances.

Vous savez, quand les pigeons s’envolent de Rome, ils apportent leurs souvenirs !

STATISTIQUES

Temps : 4h23 :52
Classement général : 9054 sur 13,374
Classement catégorie d’âge : 261 sur 493



Daniel Lequin

danielmedaille@hotmail.com

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