Une chronique de
 Jocelyn Daneau

jeudi 09 avril 2020

François Legault et la pédale à « break »

Lors de la crise du Verglas de 1998, en employant une image, Lucien Bouchard avait continuellement le pied sur la pédale à « gaz ».  A contrario, avec le COVID-19, le premier ministre Legault a le sien, uniquement sur la pédale à « break ». Cette différence due à la nature du problème est fondamentale pour la suite des choses.

La crise du Verglas était un événement limité dans le temps (début janvier 1998 avec une fin planifiable) et situé dans un espace géographique assez restreint à l’échelle planétaire (le Triangle de glace). En fait, sans minimiser l’effort collectif de tout un chacun, il fallait remonter un réseau électrique sur la base de technologies connues et maîtrisées; dans un contexte où l’industrie de la fabrication du matériel électrique avait la capacité de supporter Hydro-Québec.

De même, tout le reste de l’infrastructure industrielle et des services au Québec, au Canada et d’ailleurs était apte et disponible pour supporter le rétablissement du Triangle de glace, tout comme l’entièreté de l’industrie agroalimentaire et sa chaîne d’approvisionnement. En employant une (autre) image dont on pourrait discuter le choix : l’ennemi était connu et maîtrisable.

Ainsi, tout au long de cette période, outre sa présence rassurante, Lucien Bouchard (et André Caillé) était toujours en monde « GO-GO-GO ».  Il fallait aller de l’avant pour remettre le courant à « ON » et poursuivre notre chemin. En simplifiant, une fois tout cela fait, la vie a pu reprendre son cours.

Avec la pandémie du COVID-19, c’est plus que différent ne serait-ce que par l’ampleur du problème; nous sommes dans une autre dimension. Si l’ennemi est identifié — le virus — il est encore assez mal connu et non maîtrisé. Surtout, il est sournois tout en étant invisible, ce qui donne un faux sentiment de sécurité. En plus, nous le savons, il est planétaire et il peut réapparaître n’importe où, ici comme ailleurs, à tout moment, en plusieurs vagues. Enfin, il se transporte sur n’importe quelle surface, mais avec une prédilection pour un véhicule instable et erratique, dont les conditions de vie ne sont pas uniformes à la grandeur de la planète : l’Homme et la Femme.

De même, l’ensemble de l’industrie des biens manufacturés et des services tourne au ralenti tout en espérant que le secteur agroalimentaire et des transports soient suffisamment robustes pour « passer au travers ». Pour leur part, tous les secteurs de la recherche de type « bio » sont en effervescence tout comme l’industrie pharmaceutique, en vue de trouver le vaccin approprié dans ce qui est fondamentalement, une course contre la mort.

C’est dans ce contexte que François Legault a été obligé de mettre et de maintenir le pied sur la pédale à frein de la vie socio-économique des Québécois(e)s, comme la plupart des dirigeant(e)s du monde entier, y incluant les plus instables comme Donald Trump. C’est contre la nature profonde de ce que l’on comprend être celle de François Legault, que de freiner le développement du Québec. S’il l’a fait et si abruptement, c’est que la situation le commandait. Maintenant, comme nous tous, il voudrait relâcher de la pression. Mais l’impatience n’est pas un critère de décision.

C’est ainsi qu’autour du 18 avril 2020, en prévision du 4 mai 2020 qui est la date actuelle de fin officielle du confinement, que François Legault, probablement en collaboration avec d’autres comme Justin Trudeau, aura l’une des décisions les plus importantes de sa vie à prendre.

Pourquoi le 18 avril 2020? Parce que c’est à cette date qu’il y aura, selon le gouvernement du Québec, un renversement de tendance dans le nombre de cas confirmés de COVID-19.

Est-ce qu’au 18 avril 2020, ce meilleur scénario (du 7 avril 2020) se réalisera? Personne ne le sait avec certitude même si le bon docteur Aruda évalue sa probabilité de réalisation à 75 %.

C’est donc autour de cette période, avec les dernières prévisions en main sur l’évolution présente et prévisible du COVID-19, que François Legault devra répondre à la question cruciale : « Est-ce que nous levons le pied du frein? Si oui, de combien? » À contrario, si la situation devait se dégrader, il faudra mettre plus de pression sur le « break ».

En bon politicien, le premier ministre a déjà commencé à susciter de l’espoir lorsqu’il a dit : « On commence à voir la lumière au bout du tunnel » et à donner la couleur pour la suite des choses en mentionnant : « Le 2 mètres d’éloignement est là pour longtemps ». Mais il ne faut pas oublier que cela pourrait être tempéré par le bon docteur Aruda, qui au-delà de sa bonne humeur naturelle, nous a aussi démontré un sens aigu de la sécurité sanitaire sans faille et de l’État, comme le requiert la nature de ses responsabilités.

En bout de piste, François Legault avant de relâcher le frein, devra mettre dans la balance un ensemble de facteurs, que toutes les parties prenantes de la société québécoise voudront faire valoir : la santé de nos aînées dans les CHSLD et l’impact sur leur taux de décès, le taux de pénétration de la maladie à Montréal versus celui par exemple qui est moindre dans Pierre-De Saurel, les 10 700 maisons à terminer pour juillet 2020, le financement de l’État par le ralentissement des rentrés fiscales et le rythme de ses dépenses, le risque d’une seconde vague de contamination, la capacité de la population à endurer le confinement avec l’arrivé du printemps et son degré de résilience sociale, la viabilité de toute l’industrie agroalimentaire et du transport que nous avons tendance à prendre pour acquis… la liste est assez longue.

La décision qui sera prise d’ici une dizaine de jours aura donc une importance capitale pour la suite des choses. Si on se fie au parcours presque sans faute tant du Gouvernement du Québec que de l’ensemble de la classe politique québécoise dans la gestion de cette crise, il est raisonnable de penser que les citoyens et les citoyennes du Québec se rallieront à la décision de François Legault. Ceci étant, on ne peut pas jouer de la pédale à frein comme un ado dans un cours de conduite. Une fois la pression relâchée, elle sera difficile à remettre sans risque de perdre le contrôle.

Le COVID-19 dans Pierre-De Saurel

Au 8 avril 2020, il n’y aurait que 8 cas confirmés dans la MRC Pierre-De Saurel selon la Direction de la santé publique de la Montérégie. C’est peu en regard de ce que l’on peut observer ailleurs. Nous sommes chanceux et cette chance est en grande partie due à la nature enclavée de notre territoire. Pour une fois qu’être au bout de la 30 avec peu de routes d’accès nous donne un avantage naturel. Ceci étant, il nous faut quand même demeurer prudents et vigilants en matière de confinement. Ne baissons pas la garde.

Jocelyn Daneau, isolé, jocelyndaneau@gmail.com

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