Une chronique de
 Jocelyn Daneau

dimanche 19 avril 2020

Concernant la demande de pardon de François Legault

Connaissez-vous Leroy Jethro Gibbs (interprété par Mark Harmon), le célèbre détective sans filtre de la série télévisée NCIS aux 17 saisons et une 18e à l’arrêt pour cause de COVID-19? Ancien Marine qui voterait probablement Républicain, il fonctionne sur la base d’un système de valeurs assez rigide appelé Les règles de Gibbs dont la 6: Ne jamais vous excuser. C'est un signe de faiblesse.

Alors que dirait Gibbs de François Legault, lui qui s’est récemment confondu en excuses et mea-culpa pour la déplorable situation dans nos CHSLD : stratégie du fin politicien ou geste sincère de l’humaniste? Comme le dit le dicton : « Faute avouée à moitié pardonnée ». Alors, notre premier ministre ne demandait-il pas pardon en vue de poursuivre son chemin et sa tâche, l’esprit libre?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la présente pandémie est une première pour tous les dirigeants du Monde de par son ampleur, sa vitesse de propagation et selon ce que je comprends des experts entendus, uniques par sa complexité. D’ailleurs, le docteur Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue, disait récemment sur Radio-Canada que lui et ses collègues sont hebdomadairement en apprentissage, concernant les traitements reliés au COVID-19. Alors, soyons conscients sans pour autant être insensibles et se désoler de la fatalité dans certains cas, que le « Droit à l’erreur » fait malheureusement partie de l’équation dans la gestion actuelle du système de santé et de la pandémie.

Soyons aussi conscients que les ressources consenties au CHSLD depuis plusieurs années par NOS gouvernements successifs ne sont que la conséquence des choix de société que NOUS avons faits, exprimée collectivement et à majorité simple, par le résultat de différentes élections. Autrement dit, quand nous disons collectivement et systématiquement à la classe politique : « Baissez nos impôts » tout en demandant plus de services (ex. : CPE), c’est la quadrature du cercle.

D’autant plus que François Legault et son gouvernement ÉLU ont répété ad nauseam, dans l’univers pré pandémie qui était le notre, qu’il voulait « remettre de l’argent dans les poches des Québécois ». Souvenons-nous des paroles de notre premier ministre, le 13 septembre 2019 à la veille du début des négociations dans le secteur public : « Les surplus appartiennent aux Québécois; ils n'appartiennent pas aux groupes de pression; ils n'appartiennent pas aux syndicats ». Ce n’était manifestement pas de l’argent destiné aux poches des préposés aux bénéficiaires ou si peu… même si l’intention y était.

Même si nous sommes conscients qu’une bonification de la rémunération des professeurs et des préposés aux bénéficiaires est requise, ne soyons pas hypocrites, pour une majorité de Québécois, ces paroles étaient de la musique à nos oreilles. La preuve? François Legault « scorait » à ce moment et encore maintenant, assez haut en termes de taux de satisfaction.

Ne soyons donc pas surpris que les CHSLD comme l’un des derniers maillons de la chaîne des services de santé soient le parent pauvre du réseau. D’autant plus que sa clientèle se compose essentiellement des individus les plus démunis de notre société, incapables de se défendre. Au Tim Horton le matin, on aime mieux parler du temps de glace de Jonathan Drouin que celui où monsieur/madame notre aînée conserve sa couche saturée d’urine. Au salon de coiffure, on préfère se gargariser des dernières blouses hétéroclites de Céline Dion, sans se préoccuper de celles des préposés aux bénéficiaires.

Revenons à la question du début : Pourquoi François Legault demande-t-il pardon? Selon le Larousse, le pardon se définit comme le « Fait de ne pas tenir rigueur d'une faute ». Bref, on passe au suivant, eut égard au fait que 95 % des Québécois sont satisfaits de la gestion de la pandémie par le Gouvernement Legault. Si tel est le cas, où est notre responsabilité collective dans le fiasco de la gestion des CHSLD?

On pourrait débattre de la question sans fin concernant ce concept qui remonte aux origines du catholicisme. Les analystes, autres chroniqueurs et philosophes n’y manqueront pas. C’est donc à l’un de ces derniers — André Comte-Sponville — que j’ai posé la question. Dans son célèbre Dictionnaire philosophique (2002, p. 731), il écrit à propos du pardon : « Pardonner, ce n’est ni oublier ni effacer; c’est renoncer, selon le cas, à punir ou à haïr ».

Sur cette base, ce n’est pas un pardon personnel que Francois Legault a demandé publiquement le 17 avril 2020 à la face de tous les Québécois et Québécoises. C’est une demande de pardon collectif qu’il a énoncé. Si les citoyens se pardonnent, ce que nous serons enclins à faire assez rapidement pour soulager notre conscience, prisonnier nous-mêmes de notre propre confinement et de ses conséquences, alors il pourra continuer à gouverner l’esprit en paix. Dans une guerre, le bon général en vient souvent à déterminer là où il doit sacrifier une partie de ses troupes pour sauver l’essentiel de son armée et ainsi, lui donner la victoire. Je sais, il y a la question de l’utilisation des médecins spécialistes… c’était une erreur tactique… mais c’est une autre question.

En bout de piste, s’agit-il comme Gibbs l’énonce, d’un signe de faiblesse de François Legault? Chacun jugera à une époque de surmédiatisation des leaders politiques où un Justin Trudeau s’excuse continuellement pour un tout et un rien, la larme à l’œil avec à l’opposé, un Donald Trump aux comportements de psychopathe, allergique à l’idée d’humilité.

Il est fort probable qu’il s’agisse pour notre premier ministre d’un mélange d’une foule de sentiments et d’intentions, visant à nous permettre collectivement de relâcher de la pression et la sienne. Le tout à un moment où se conjugue la pression d’un confinement qui devient de plus en plus pesant dans toutes les dimensions de nos vies et l’arrivée du printemps, lequel signifie la liberté de sortir dehors sans entrave, après un hiver confiné.

En bout de piste, la question qui s’impose est de savoir dans quelle mesure nous pouvons nous pardonner nos choix collectifs comme société lorsqu’ils tournent mal.

Jocelyn Daneau, isolé, jocelyndaneau@gmail.com

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