Elle a rencontré plus de 450
élèves à l'ESBG
Nathalie Simard brise le silence à Sorel-Tracy
par Joey Olivier - Journal La Voix - 25 mars 2006
C'est jeudi que Nathalie Simard était de passage à Sorel-Tracy dans
le cadre de sa tournée de sensibilisation et de lutte contre la
pédophilie, en compagnie de Sylvain Bessette, sergent-conseil aux
enquêtes criminelles pour la Sûreté du Québec et de Sylvie Tardif,
du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels(CAVAC).

Nathalie a rencontré les intervenants jeunesses pour un dîner, pour
ensuite s'adresser à plus de 450 élèves à l'auditorium de l'école
secondaire Bernard-Gariépy. Cette journée s'est terminée au centre
communautaire à 19 heures. La rencontre avec les élèves de 4 et 5
années du primaire ainsi que du premier et deuxième cycles du
secondaire a été particulièrement marquante pour Nathalie : "J'ai
été surprise et fébrile à la fois, puisque malgré que le sujet
n'était pas facile à aborder, j'ai constaté que les jeunes sont bien
renseignés et ils n'étaient pas gênés de poser des questions", a
déclaré Nathalie Simard en point de presse.
Elle s'est également dite heureuse de
voir que le projet qu'elle chérissait depuis le printemps 2004 se
réalise : "Je vois tout ça et on sent que nous avons notre raison
d'être avec la tournée", a-t-elle ajouté. Certains enfants ont
pleuré, d'autres ont posé une multitude de questions et l'attitude
de la jeune femme qui a brisé le silence témoigne qu'elle a beaucoup
cheminé depuis la dénonciation de son agresseur, Guy Cloutier. "Les
questions des jeunes n'ont pas de barrière. Il n'y a pas de
questions indiscrètes, seules les réponses le sont. Je ne suis pas
mal à l'aise, car je suis bien avec ma vie et j'ai envie de partager
et d'aider les jeunes", a-t-elle ajouté. C'est là l'essentiel de son
message puisque malgré sa terrible expérience, elle a réussi à se
retrouver en tant que femme et à transmettre de belles valeurs à sa
fille.
"Il est possible de s'en sortir"

Pour elle, son témoignage a un but primordial, celui de prouver aux
victimes qu'il est possible de s'en sortir après une dénonciation.
"Lorsque j'ai dénoncé, ce qui m'a marquée, c'est de voir qu'il y a
de l'aide et j'ai ensuite fait le pas vers la justice. C'est
d'ailleurs notre but, c'est-à-dire rendre accessible la justice
auprès des victimes, car elles ne connaissent pas le processus. Ce
sont des gens qui sont humains et gentils", a-t-elle décrit.
Elle a ensuite admis, en toute humilité, qu'elle n'était pas une
psychologue, une procureure ou une intervenante et c'est pour cette
raison qu'elle tenait à être entourée d'experts. Sylvain Bessette
(à droite) a profité de l'occasion pour lancer un message clair
au sujet de la pédophilie : "Les agressions sexuelles sont
socialement inacceptables, a-t-il dénoncé, et c'est criminel! Nous
avons vécu une journée touchante et énergisante. On rêve d'une
génération d'enfants où il n'y aurait pas victimes."
Quant à Sylvie Tardif, elle a rappelé qu'un bureau du CAVAC
était désormais ouvert au palais de justice de Sorel-Tracy et qu'il
n'est pas seulement là pour donner de l'information, mais pour
soutenir de A à Z les victimes qui dénoncent les pédophiles ainsi
que toutes les victimes. "Lorsque nous
rencontrons une victime, explique Mme Tardif, nous lui donnons de
l'information pour ensuite leur faire comprendre que nous serons là
tout au long du processus judiciaire."
Des intervenants concertés
Lors de la rencontre avec les différents intervenants du milieu
scolaire et communautaire, l'équipe de la fondation de Nathalie a
constaté l'importance pour les victimes que les organismes agissent
et respectent leur rôle : "Chacun doit faire les choses dans le
respect de son rôle et de son mandat", a indiqué M. Bessette.
L'équipe a également décidé de rencontrer plusieurs groupes d'âge
puisque la pédophilie et les agressions sexuelles concernent tout le
monde. "Toutes les couches de la société sont touchées et
concernées. Les parents, enfants, grands-parents et l'entourage des
victimes", a fait savoir Nathalie. L'importance de l'entourage est
encore plus importante lorsque les victimes sont en bas âge
puisqu'ils n'iront pas généralement se confier aux policiers, mais à
des gens près d'eux.

Nathalie : le chaînon manquant
Ce n'est pas d'hier que la police traite des dénonciations ou que le
système judiciaire est confronté à cette réalité, mais Nathalie
Simard est, semble-t-il, le chaînon manquant pour inciter d'autres
victimes à dénoncer : "Elle nous offre l'opportunité de parler avec
les victimes et elle projette des résultats positifs", a conclu
Sylvain Bessette, sergent-conseil aux enquêtes criminelles pour la
Sûreté du Québec. "C'est plus difficile de se sentir concerné
lorsqu'on ne connaît pas la personne alors qu'avec Nathalie, il est
plus facile pour les victimes de s'identifier", a conclu Sylvie
Tardif. Quant à Nathalie, elle a tenu à souligner l'importance de
continuer à briser le silence : "L'important, c'est de parler et d'y
croire", a-t-elle conclu.
La tournée de la Fondation Nathalie devrait se terminer le 6 juin et
20 villes à travers le Québec seront visitées.